· Certains s'interrogent sur une éventuelle candidature hors du parti.

Plus rien ne la retient. Depuis longtemps, Ségolène Royal a fait une croix sur le Parti socialiste. Abandonnée par la plupart des cadres et des grands élus qui la soutenaient, l'ex-candidate n'a plus grand monde pour lui conseiller la modération vis-à-vis de sa famille politique. Sur le fond, elle cultive toujours sa différence par rapport à la ligne majoritaire. Quand elle est en désaccord, elle le dit. Dimanche encore, sur France 5, elle déplorait «l'étiolement idéologique» du PS. «C'est dire à quel point le PS a besoin de se dépasser pour devenir attractif.» Lundi, le porte-parole du parti, Benoît Hamon, soupirait en demandant «une trêve du commentaire sur le commentaire du commentaire». On attend de voir.
Au PS, comme ailleurs, une question commence à tarauder les esprits : Ségolène Royal pourrait-elle choisir de se présenter à la présidentielle coûte que coûte, et pourquoi pas en dehors du parti ? «La question n'est pas celle d'une rupture avec le PS, mais ce que moi et d'autres pouvons apporter au parti» pour le faire changer, a-t-elle répondu dimanche. Ni oui ni non, donc, même si elle reconnaît que le PS «structure la vie politique française».
Ce qui est sûr, en revanche, c'est sa détermination. «Pour être candidat, il faut avoir la niaque, explique un proche. Je ne doute pas que Ségolène l'ait. J'ai un peu plus de doutes sur celle de Dominique Strauss-Kahn.» Pour l'instant, la présidente de Poitou-Charentes, tout à sa réélection, prend garde de ne plus évoquer son ambition. «Il ne faut pas instrumentaliser une élection pour une autre», dit-elle souvent, pour se concentrer exclusivement sur les régionales.
En 2012, aura-t-elle envie de franchir la ligne jaune ? Risqué, a priori. D'autant que les primaires de désignation du prochain candidat sont censées lui garantir une chance, disent ses anciens amis. Mais Royal n'en est pas certaine, apparemment, puisqu'elle a déjà posé des mises en garde. Elle s'est inquiétée des modalités d'organisation et de la transparence du scrutin. Ses plus proches craignent de voir la machine anti-Royal se remettre à l'œuvre pour lui faire barrage.
Son objectif, c'est le «dépassement» du parti. C'est-à-dire son ouverture aux autres familles politiques. Bref, la condition sine qua non de la victoire de la gauche en 2012 passe par la transformation du PS. Et si ce n'est pas le cas ?
Évidemment, dans son entourage, on rejette l'hypothèse d'une candidature externe. «Candidate hors des primaires ? Je ne me place pas dans cette hypothèse-là, explique le député maire de Laval, Guillaume Garot. Les primaires doivent être un processus de rassemblement.» Le problème est bien là… «Pour l'instant, on ne sait pas quelle sera la forme de la primaire, explique Delphine Batho. Tout le monde a intérêt à ce que le dispositif choisi soit incontestable.» C'est-à-dire des primaires ouvertes le plus largement possible, alors que les royalistes dénoncent la «base étriquée» du PS.
La députée des Deux-Sèvres ne croit pas non plus que Ségolène Royal puisse s'affranchir du PS : «Il ne faut pas confondre les socialistes avec la direction.» La base et l'appareil. Au sein des militants «ségolénistes», la colère contre le PS ne faiblit pas. Sur leur forum Internet, les interrogations vont bon train. Dans le flot des messages, quelques-unes s'interrogent sur la pertinence de voter socialiste ou pas aux régionales. D'autres estiment que Ségolène Royal s'est «libérée» depuis que ses anciens soutiens se sont éloignés d'elle.
Au sein du PS, on ne veut pas croire au scénario catastrophe qui verrait Ségolène Royal s'opposer à sa famille politique. Mais on a aussi échafaudé une théorie sur la déconnexion du PS avec l'ancienne candidate. «Elle a tellement expliqué qu'il y avait elle et nous, que les gens font désormais la distinction», observe un proche de Martine Aubry. Comme si tout le monde avait désormais intégré que Ségolène Royal pouvait vivre sa vie hors du parti…
· Débattant samedi avec Manuel Valls, Marielle de Sarnez a plaidé pour «un dépassement des frontières».

Un pas en avant ? À la fin de son débat face à Martine Aubry, jeudi soir sur France 2, Marielle de Sarnez n'en revenait pas. «Elle n'est jamais allée aussi loin», se félicite la numéro deux du MoDem. À l'entendre, la première secrétaire aurait franchi une étape importante dans le rapprochement entre le PS et les centristes. Jusqu‘à présent, Aubry avait paru réservée quant à des accords au niveau national. «Nous avons des choses en commun», a-t-elle notamment déclaré plusieurs fois sur le plateau d'«À vous de juger». Pour Sarnez, le message était évident. Qu'importe que la numéro un du PS ait soufflé le chaud et le froid en accusant aussi les centristes d'avoir voté au Parlement européen avec la droite en faveur de la libéralisation des services publics… De «l'accessoire», dit Sarnez qui dément par ailleurs.
Officiellement, la stratégie électorale du PS n'a pas changé : rassemblement de la gauche ouvert ensuite aux «démocrates». Mais, au PS, on a perçu une nuance dans l'intervention d'Aubry. La première secrétaire prend les devants. Elle sait que dans plusieurs régions les socialistes noueront des alliances avec les centristes au second tour des régionales, la mettant devant le fait accompli…
Dans le rôle d'éclaireur de François Bayrou, Marielle de Sarnez est de toutes les discussions pour ouvrir la voie à un rapprochement avec les socialistes. Elle était invitée du rassemblement de Vincent Peillon il y a deux semaines à Dijon. Samedi, elle participait à la 3e université des Gracques, à Paris. Ce groupe, lancé pendant la présidentielle par des hauts fonctionnaires de gauche, plaide pour une alliance du PS avec les centristes. Là, elle a débattu avec le député maire d'Évry, Manuel Valls, des rapports entre l'État et le marché. Mais c'est surtout de politique et de l'alternance en 2012 qu'il a été question. Elle a «milité pour un dépassement des frontières» partisanes : «Il faut créer des rassemblements qui n'existaient pas auparavant.» À côté d'elle, le responsable socialiste acquiesce : «Ça fera mal mais c'est indispensable», explique-t-il, en annonçant déjà «la postgauche». Marielle de Sarnez enfonce le clou. «Nous appartenons à des familles politiques qui n'auraient pas toujours dû être opposées. Je n'ai pas beaucoup de différences avec certains sociaux-démocrates du Parlement européen.»
Mise en garde
Assise au premier rang, la première adjointe au maire de Paris, Anne Hidalgo, qui intervient dans la table ronde suivante, n'en peut plus. «Il y a des différences entre nous», coupe-t-elle. Réponse de l'eurodéputée : «Si nous pensons que ce qui se passe pour le pays n'est pas bon, nous avons le devoir de travailler ensemble. On peut appeler cela un rassemblement réformiste ou démocrate, je n'en sais rien.» Puis l'ancienne giscardienne ajoute : «Je sais d'où je viens, j'ai fait du chemin. Peut-être que d'autres peuvent le faire.»
L‘alliance avec le centre continue de diviser le PS. Certains sont prêts à avancer vite. Par exemple, Ségolène Royal s'est récemment entretenue avec François Bayrou. Ensemble, ils ont parlé du «Parlement de l'alternance» que le président du MoDem voudrait mettre en place. L'aile gauche du PS poursuit au contraire sa mise en garde. Pour des raisons de fond, mais aussi stratégiques. «L'objectif de Bayrou est de prendre la place du PS !», prévient-on inlassablement. Au MoDem, on ne dit pas le contraire.