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14.03.2007

recul

ne "patinoire". La métaphore de Gérard Le Gall, le "M. Sondages" du Parti socialiste, à propos de la situation politique dessinée par les enquêtes sur les intentions de vote des Français à l'élection présidentielle, a fait florès. Elle décrit bien un paysage flottant où "tout le monde peut chuter". Le resserrement des écarts entre les trois principaux candidats - Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou -, que révèlent tous les instituts de sondage, résulte d'abord d'une forte indécision de l'électorat, beaucoup plus élevée qu'à la même période de 2002, où près d'un électeur sur deux n'a pas fait son choix. Dans cette "phase de tentation", comme disent les sondeurs, qui précède la "phase de décision", de plus en plus tardive, tout est possible, y compris une remontée de Jean-Marie Le Pen.


De cette confusion sondagière - qui rend encore plus aléatoires les enquêtes sur les intentions de vote au second tour qui n'ont de sens qu'au soir du premier -, il ressort deux tendances fortes pour le 22 avril de la gauche : Mme Royal est à un niveau élevé, et l'ensemble gauche-extrême gauche se situe dans de très basses eaux. Suivant les six principaux instituts de sondage, la candidate socialiste oscille entre 23 % et 27 % et semble se stabiliser autour de 25 %. Un score que le renfort de Jean-Pierre Chevènement et de Christiane Taubira a rendu possible. Tous deux candidats en 2002, ils avaient contribué à l'élimination de Lionel Jospin. En additionnant leurs trois résultats, on arrivait à 23,83 %, soit légèrement plus que les 23,3 % de M. Jospin en 1995.
Ainsi Mme Royal se rapproche du niveau de François Mitterrand en 1981, qui avait recueilli 25,9 %. Mis à part les scrutins de 1965 et de 1974 où François Mitterrand défendait les couleurs socialistes et communistes - avec 31,7 % au premier tour de 1965 et 43,2 % en 1974, dans la foulée du programme commun -, le candidat socialiste n'a été au-dessus de ce socle qu'en 1988. François Mitterrand avait atteint 34,1 % au premier tour, bénéficiant d'une prime de président sortant et de l'effondrement d'un Parti communiste ramené à 6,8 %. En 1969, les 5 % de Gaston Defferre résultaient de la mise hors jeu de la gauche en mai 68.
Cette année, la gauche, encore traumatisée par son élimination du 21 avril 2002 et par ses divisions lors du référendum de 2005 sur l'Europe, est, d'après les sondages, à un niveau historiquement bas. Toutes les enquêtes dégagent une rare constante, c'est celle des très faibles scores attribués aux petits candidats de gauche et d'extrême gauche - Marie-George Buffet, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller, José Bové, Dominique Voynet, Gérard Schivardi - qui, tous ensemble, oscillent entre 7 % et 10 %. La seule extrême gauche, qui avait recueilli en 2002 10,44 %, peine à dépasser 5 %. Le total de la gauche et de l'extrême gauche fluctue donc entre 32 % et 35 %, très en deçà de tous les scrutins présidentiels depuis 1969 (31 %) : 47,2 % en 1974, 46,8 % en 1981, 45,4 % en 1988, 40,5 % en 1995 et 37,15 % en 2002. Mme Buffet a eu raison de s'alarmer, le 8 mars, en soulignant : "La gauche est faible, c'est même complètement inquiétant."
Mais cet état de faiblesse est moins dû à la candidate socialiste qu'aux autres partis de gauche. L'effondrement du PC, qui faisait encore 15,3 % en 1981, avec Georges Marchais, et 8,6 % en 1995, s'est accéléré. Mme Buffet, qui se présente en candidate antilibérale et gomme son identité communiste, a la moitié de son appareil contre elle et les sondages la situent en deçà des 3,37 % de Robert Hue en 2002. Très loin des 5,25 % de Noël Mamère en 2002, les Verts souffrent d'un affaiblissement persistant et n'ont même pas profité de la non-candidature de Nicolas Hulot. Quant à la gauche radicale, incapable de s'unir sur un candidat commun, et reléguée dans l'arrière-cour par des grands candidats qui se sont tous présentés, à un moment, en "rupture" avec le système, elle aligne, sous réserve d'avoir les parrainages, quatre candidats.
DEUX FERS AU FEU FACE À M. BAYROU
Cette faiblesse de la gauche peut être un handicap rédhibitoire pour Mme Royal si elle se qualifie pour le second tour. Derrière l'apparente sérénité du PS et de sa candidate se cache une vraie fébrilité. Au premier tour des élections régionales de 2004 - il y a seulement trois ans ! -, la gauche regroupait 40,2 % des suffrages, auxquels s'ajoutaient les 4,5 % de l'extrême gauche. Où est donc passé l'électorat de gauche ? A entendre François Hollande, il reste globalement à 40 % mais une partie - de 5 % à 7 % - est tentée par le vote Bayrou. Des "déserteurs" du vote socialiste qui sont allergiques au "ségolénisme", déçus par la candidate ou convaincus que le vote utile pour battre M. Sarkozy est désormais à rechercher du côté de l'UDF.
A ce qui n'est encore qu'une tentation chez un électorat qui n'est pas "fixé", le PS réplique en dénonçant les chimères d'un tel calcul. Aux indicateurs mouvants des sondages, il oppose le baromètre en hausse continue de l'affluence aux meetings. Il veut se convaincre qu'au final il y aura un vote utile pour Ségolène Royal d'une gauche encore culpabilisée par le remords du 21 avril. Cela lui impose une stratégie "subtile", selon la formule de Mme Royal. Pour être élue, elle devra à la fois récupérer une majorité d'électeurs de M. Bayrou - si le candidat de l'"extrême centre" ne se hisse pas au second tour - et de la gauche radicale.
A quarante jours du premier tour, le PS a deux fers au feu. Dominique Strauss-Kahn, héraut de la social-démocratie, tente de contourner M. Bayrou, en dénonçant "l'illusion" de l'union nationale, mais il ménage l'ancien ministre de l'éducation nationale d'Alain Juppé et son électorat. Laurent Fabius, fidèle à son ancrage à la gauche du PS et censeur vigilant de toute velléité de rapprochement avec les centristes, choisit l'affrontement avec le candidat de l'UDF et prône une "opposition frontale". "DSK s'adresse aux électeurs de Bayrou et Fabius aux électeurs de gauche", note un proche du premier secrétaire. Mais en jouant ces deux cartes, comme si elles étaient complémentaires, le jeu risque d'être à somme nulle.
C'est un sacré défi pour Ségolène Royal de faire revenir dans le giron socialiste les sympathisants égarés et de priver le président de l'UDF de toute crédibilité, sans le discréditer au point de ruiner ses propres chances le 6 mai. Mais dans cette "patinoire", où M. Hollande ne veut "occulter aucune hypothèse" et où tous les risques existent virtuellement, les socialistes réfléchissent au scénario où ce ne serait pas in fine leur candidate qui serait la victime de la montée sondagière de M. Bayrou mais... celui de l'UMP. Avec un second tour où le candidat centriste devrait rassembler droite et extrême droite pour prétendre battre la candidate socialiste...