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27.07.2007

villepint

omplicité de dénonciation calomnieuse", "complicité d'usage de faux", "recel d'abus de confiance" et "recel de vol" : ces quatre chefs de mise en examen dans le dossier Clearstream ont été signifiés, vendredi 27 juillet, à l'ancien premier ministre, Dominique de Villepin, qui a été convoqué à 10 heures par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons.


Selon des sources proches du dossier citées par l'AFP, Dominique de Villepin a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de rencontrer Jacques Chirac ainsi que les principales personnes mises en cause dans ce dossier, comme c'est le cas pour tous les autres prévenus. L'ancien premier ministre aurait fait appel de son contrôle judiciaire, qui prévoit notamment le versement d'une caution de 200 000 euros.

M. de Villepin répondra aux questions après avoir pris connaissance du dossier
A sa sortie du pôle financier de Paris, où il a été entendu vendredi matin, pendant près de 50 minutes, l'ancien premier ministre Dominique de Villepin a affirmé qu'il répondrait "naturellement à l'ensemble des questions qui [lui] seront posées". "J'ai été reçu ce matin par messieurs d'Huy et Pons qui m'ont confirmé leur décision. Cette décision me permettra comme je l'ai souhaité de prendre connaissance de l'intégralité du dossier", a-t-il notamment déclaré. "Ces mises en cause sont douloureuses pour moi et pour ma famille mais je me battrai pour que, dans le cadre de l'instruction, la vérité puisse enfin apparaître", a ajouté M. de Villepin, qui a nié avoir"demandé d'enquêter sur des personnalités politiques" ou "participé à une quelconque manoeuvre politique". "J'ai agi pour faire face à des menaces internationales, à des menaces concernant nos intérêts économiques. C'est strictement dans ce cadre que j'ai agi, c'était mon devoir comme ministre". (-AFP, Reuters)






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Alain Minc, "Le Monde" et Nicolas Sarkozy
Cité parmi les personnalités figurant sur les faux listings de Clearstream, Alain Minc a évoqué, au mois de mars, devant les policiers, son "mécontentement de ne pas avoir été prévenu par Dominique de Villepin", "auquel j'étais très lié, que je voyais très souvent et avec lequel les relations se sont refroidies de mon fait, à cause de cela".

Interrogé sur les raisons pour lesquelles son nom figurait sur les listes, M. Minc a rappelé : "Pendant la campagne électorale de 1995, l'équipe chiraquienne avait beaucoup accrédité l'idée de l'existence d'un lien entre M. Balladur et le journal Le Monde, à travers moi, proche du premier et président de conseil de surveillance du second. Je peux imaginer qu'il s'agissait d'accréditer un lien entre le journal Le Monde et Nicolas Sarkozy pour des raisons évidentes."

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Tout juste rentré de Polynésie, où il a passé quelques jours de vacances, l'ancien premier ministre avait l'intention de faire valoir ses droits à la défense en demandant aux juges un délai pour examiner le dossier avant de répondre à la cinquantaine de questions précises que ceux-ci souhaitent lui poser. "Dominique de Villepin est déterminé à fournir les explications qu'on lui demande, mais il a besoin, comme n'importe quel justiciable, de connaître précisément ce qui lui est reproché", a déclaré au Monde l'un de ses avocats, Me Olivier d'Antin.

Les conseils de M. de Villepin semblent avoir provisoirement renoncé à contester la compétence des juges, alors qu'ils avaient, dans un premier temps, estimé que les fonctions ministérielles exercées par leur client justifiaient la saisine de la Cour de justice de la République. Mais ce motif étant d'ordre public, il peut être soulevé à tout moment de la procédure.

Parmi les procès-verbaux qui ont retenu, en priorité, l'attention de Mes Olivier d'Antin et Luc Brossolet figurent les dernières déclarations de Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS. Entendu à deux reprises, mercredi 18 juillet et vendredi 20 juillet, il a en effet mis en cause M. de Villepin, affirmant qu'il avait agi sur ses ordres. Il a notamment confirmé la note du général Rondot selon laquelle l'ancien premier ministre avait lui-même suggéré à M. Gergorin de prendre l'initiative de "balancer Nicolas Sarkozy" en rencontrant, puis en lui adressant des courriers anonymes, le juge Renaud Van Ruymbeke. "Cette note est en substance exacte", a-t-il observé.

"LES CONS, ILS N'ONT PAS REGARDÉ OÙ IL FALLAIT ! "


Devant les juges, l'ancien dirigeant d'EADS a également répété qu'à l'appui de sa demande "d'informer ou de saisir un juge", M. de Villepin avait précisé que c'était une "instruction du président de la République", Jacques Chirac. "La référence à cette instruction était accompagnée de la part de Dominique de Villepin d'une demande de secret le plus absolu par rapport à tout tiers, y compris le général Rondot", a ajouté M. Gergorin.

"Pourquoi MM. Chirac et de Villepin n'ont-ils pas officiellement dénoncé ces faits à l'autorité judiciaire (…) et vous ont-ils, au contraire, donné pour instruction d'entreprendre une démarche secrète auprès d'un juge ?", ont demandé MM. d'Huy et Pons à Jean-Louis Gergorin. "Ma perception était que Dominique de Villepin – et sans doute le président de la République, car j'étais et je reste convaincu qu'[il] ne faisait rien sans en référer au président – avaient une conviction : d'une part, de la réalité de l'implication d'un certain nombre de personnalités politiques, y compris Nicolas Sarkozy (…), d'autre part, de la capacité de ces mêmes personnalités d'être informées immédiatement par leurs amis au sein des services de renseignement de toute investigation les concernant et donc de réagir en criant à la manipulation politique", a répondu M. Gergorin.

Les conseils de M. de Villepin ne sont pas les seuls à s'intéresser de près à ces propos. Ils ont aussi fait l'objet d'un examen attentif à l'Elysée. "Très offensif", selon ses proches, M. Sarkozy reste convaincu de l'implication de son prédécesseur dans cette affaire. "Il est persuadé que Gergorin dit la vérité sur les instructions de Chirac", confie l'un de ses interlocuteurs, d'autant que, à la liste des personnalités déjà connues figurant sur les faux listings de Clearstream vient s'ajouter son fidèle lieutenant, Brice Hortefeux. Le nom du ministre de l'immigration et de l'identité nationale est en effet apparu, le 18 juillet, sur des fichiers appartenant à M. Gergorin et remis par ses soins aux juges avec sa clé USB. "J'ai été informé vendredi que mon nom apparaissait avec un numéro de compte richement doté et créditeur et j'ai immédiatement décidé de me constituer partie civile", déclare M. Hortefeux.

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy s'était agacé des hasards du calendrier judiciaire qui ont fait coïncider l'audition de Jacques Chirac par le juge Alain Philibeaux dans le cadre du dossier des emplois contestés du RPR, et celle de M. Gergorin. Car la première a fait passer au second plan la seconde. "Les cons, ils n'ont pas regardé où il fallait ! ", a t-il lancé devant l'un de ses interlocuteurs à propos de la presse, qui rendait compte trop largement, à son goût, des propos de M. Chirac, alors que, selon M. Sarkozy, "la seule information importante est dans la déposition de Gergorin". Celle-ci devait figurer au cœur des questions que les juges d'Huy et Pons entendaient poser à M. de Villepin.

L'enjeu pour lui était de connaître, au-delà de sa mise en examen annoncée, les conditions du contrôle judiciaire que les juges peuvent lui imposer – et notamment celle de sa liberté d'aller et venir hors du territoire national – dont dépend sa reconversion professionnelle.


Gérard Davet et Pascale Robert-Diard