« efficacité redoutable ... | Page d'accueil | otages sud coréens »

31.07.2007

chomage

Les chiffres du gouvernement
contestés
NOUVELOBS.COM | 31.07.2007 | 14:13
37 réactions

Le ministère de l'Emploi a annoncé lundi soir une baisse de 0,1 point du nombre de chômeurs, à 8%.


(c) Reuters
Le nombre de chômeurs en France a baissé de 1,2% (-24.500 personnes) en juin, ramenant le taux de chômage au sens du BIT à 8% de la population active (-0,1 point sur un mois), selon un chiffre provisoire publié lundi 30 juillet par le gouvernement.
Fin juin, la France comptait 1.962.700 demandeurs d'emploi de catégorie 1, qui sert de baromètre officiel en France depuis 1995, mais ne concerne que les personnes immédiatement disponibles, à la recherche d'un CDI à temps plein et ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois.
En un mois, la baisse est de 1,2% par rapport au mois de mai. Sur un an, elle atteint 10,6%.

Sous la barre symbolique des 2 millions

Le nombre de chômeurs était déjà tombé à la fin du mois de mai sous la barre symbolique des 2 millions, un chiffre qui n'inclut pas les demandeurs d'emploi de catégorie 1 des DOM-TOM (plus de 144.000 personnes).
Le taux de chômage au sens du Bureau international du Travail (BIT), calculé différemment et seule norme permettant des comparaisons internationales, a lui aussi diminué à 8% de la population active, après 8,1% en mai. Il a baissé d'un point en un an.

Des statistiques contestées

Ces résultats sont publiés sur fond de polémique récurrente sur les chiffres du chômage.
En effet, l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis) avait adressé un courrier, le 5 juin, à l'ancien ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, pour réclamer que deux des catégories de demandeurs d'emploi qui sont encore absentes des statistiques mensuelles du chômage y soient désormais intégrées. A savoir les catégories 4 et 5 qui représentent des chômeurs non disponibles sur le champ et qui ne sont pas tenus d'accomplir des "actes positifs de recherche d'emploi".
Ces deux catégories regrouperaient 320.000 personnes.
Le gouvernement a également confié une mission à l'Inspection générale des finances et à l'Inspection générale des affaires sociales "pour faire le point sur les modalités de calcul" et "faire toute la transparence" sur ces chiffres.

Triplement des sanctions contre les chômeurs

Dans un tout autre registre, l'Unedic (Assurance-chômage) a publié, le 26 juillet, par le biais du quotidien Les Echos, un bilan révélant que les sanctions prononcées contre les chômeurs à la suite d'un signalement des Assedic a plus que triplé entre 2005 et 2006.
Ainsi, le nombre de peines prononcées est passé de 7.200 à 24.800 pour un taux de sanction sur les dossiers suspects atteignant désormais 57% contre 18% précédemment.
Il semblerait que ces sanctions fassent principalement suite à des absences aux entretiens, à des refus d'emploi ou de contrats d'apprentissage, ou encore à des déclarations mensongères.


Ce 'thermomètre' relève
du mensonge organisé"
NOUVELOBS.COM | 31.07.2007 | 13:18
1 réaction

Le ministère de l'Emploi a publié lundi le taux de chômage pour le mois de juin, évalué à 8%, soit 1 point de moins qu'il y a un an. Que vous inspire cette annonce ?

- Par cette annonce symbolique, le gouvernement suit la même logique que son prédécesseur, celle du chiffre fatidique. Ces statistiques ne révèlent pas à quel point notre société va mal et est au bord de la rupture, et vouloir afficher ce "thermomètre" relève du mensonge organisé.
On constate effectivement une augmentation des emplois créés, mais il faut regarder la nature des emplois proposés.
Le modèle français évolue vers un modèle plutôt anglo-saxon, avec une modification de la nature des emplois, plus précaires. Le marché du travail britannique utilise d'ailleurs lui aussi des statistiques qui ne révèlent pas son état actuel, du fait de sa flexibilité ou du classement de nombreux travailleurs dans la catégorie des travailleurs handicapés. Cela conduit à une "évaporation" de la réalité du chômage en Grande-Bretagne.
Aujourd'hui, ACDC demande à ce qu'il y ait une réflexion sur les différents indicateurs, sinon le taux de chômage annoncé continuera à diminuer chaque mois, et l'on progressera forcément vers les 5% fixés comme objectif de plein-emploi par Nicolas Sarkozy.

Quels indicateurs proposez-vous pour évaluer plus fidèlement le marché de l'emploi français ?

- Il faudrait associer l'ensemble des catégories de chômeurs, dont notamment les catégories 2 et 3 [qui regroupent respectivement les personnes à la recherche, non d'un CDI à temps plein, mais d'un emploi à temps partiel et d'un contrat temporaire ou à durée déterminée, ndlr], pour parvenir à un chiffrage plus juste, une vision plus fine.
Certaines constituent en effet des "niches", comme la catégorie 4, celle qui regroupe les gens en formation ou en contrats aidés.
Quand on ajoute à ces catégories les Rmistes, les jeunes qui quittent le système scolaire et ne s'inscrivent pas aux Assedic car ils ne seront pas indemnisés, les personnes non indemnisées (50% des chômeurs) qui ne répondent pas aux convocations et sont radiées… cela fait beaucoup de gens qui ne sont pas rattrapés par les mailles du filet. Personne ne sait combien ils sont, mais ils sont de plus en plus nombreux.
De plus, nous pensons également que le spectre du chômage doit être revisité pour que des nouveaux indicateurs mesurent la précarité et surtout les emplois inadéquats, c'est-à-dire le fait pour des gens d'accepter un emploi qui n'est pas lié à leurs compétences et à un niveau de salaire inférieur à leur qualification.

Qu'attendez-vous, à l'automne, du rapport de l'Inspection générale des Finances et de l'Inspection générale des affaires sociales, chargées par le gouvernement de "faire toute la transparence" sur les chiffres du chômage, et de l'enquête emploi de l'Insee ?

- Le but d'ACDC, qui s'est créé en janvier 2007, juste avant la période électorale, est de donner à l'ensemble de la population des éléments de réflexion et d'analyse sur le chômage aujourd'hui, mais aussi sur les travailleurs pauvres et le travail inadéquat.
Aujourd'hui, une mission a effectivement été lancée pour affiner les indicateurs. Notre objectif a donc été pris en compte, mais cela n'ira sans doute pas au-delà d'un effet de correction minimal pour faire taire la polémique.
En ce qui concerne l'enquête emploi, on sait vraisemblablement que l'Insee annoncera plutôt un taux de 8,5% ou 8,6%, et que ce que nous supputions était donc vrai. Il suffit également de regarder les statistiques d'Eurostat [qui calcule le taux de chômage au sens de l'Organisation internationale du Travail, évalué à 8,6% en France, ndlr] pour s'en rendre compte.

Propos recueillis par Jean-Marie Pottier
(le mardi 31 juillet 2007)