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22.08.2007
les gracques
UN SONDAGE EXCLUSIF SOFRES-"NOUVEL OBSERVATEUR"-LES GRACQUES
Gauche : les électeurs face aux doutes du PS
NOUVELOBS.COM | 22.08.2007 | 18:24
59 réactions
Très durs les électeurs de gauche avec le PS. C'est l'un des enseignements d'un sondage Sofres-Nouvel Obs-Les Gracques.
Ségolène Royal, le 23 juin 2007 à Angles-sur-l'Anglin (AFP)
Les électeurs de gauche sont plus iconoclastes que le PS : c’est un des principaux enseignements du sondage exclusif SOFRES-Le Nouvel Observateur- Les Gracques, publié cette semaine dans le Nouvel Obs. C’est ainsi que 51 % des sympathisants de gauche jugent le programme socialiste "pas réaliste", 63 % "pas vraiment innovant" et 49 % "en décalage avec les aspirations des Français". Telles sont quelques unes des révélations de ce sondage qui revient sur les vraies raisons de la défaite de l’opposition à l’élection présidentielle, tout en montrant comment les Français entrevoient l’avenir de la gauche au moment où s’engage la rentrée politique.
Gauche : la tentation centriste
par Claude Askolovitch
L'AVANTAGE du désastre, c’est qu’il ne laisse pas de place au doute. Le PS doit changer, profondément, ou bien se résigner à végéter, cadenassé par un corpus idéologique lesté des évidences des années 70. Devenir moderne, recoller à la réalité et à l’opinion, ou bien péricliter, loin de son époque et d’un pays qui a bien changé… Le sondage SOFRES exclusif que nous publions, préparé par le Nouvel Observateur avec le groupe des Gracques, ces contestataires modernistes de la gauche révélés pendant la présidentielle, envoie aux dirigeants socialistes un message cruel : ils avaient faux, et sur toute la ligne. Le programme du PS, fruit de tant de patients compromis entre chapelles socialistes? Un projet ringard, impraticable et tue-l’amour ! Les chiffres sont accablants: 68% des sondés jugent le programme socialiste "pas réaliste", 74 % "pas vraiment innovant", 62% "en décalage avec les aspirations des français"! Les sympathisants de gauche eux-mêmes n’arrivent pas à donner quitus à leurs favoris: ils sont ainsi 63% à acter le manque d’innovation, 51% à constater le manque de réalisme, et 49% à admettre le décalage avec l’opinion. Les électeurs socialistes sont bons enfants, qui ont voté pour leurs champions en dépit de ce qu’ils proposaient! Ce jugement seul suffirait à justifier une révolution interne. Mais quand on entre dans les détails, le tableau se durcit. Méthodiquement, des totems de la gauche sont renversés par les Français. L’axe stratégique majeur, l’incontournable union de la gauche, tabou du PS depuis le congrès d’Epinay de 1971? Une vieille lune, répondent les sondés, qui lui préfèrent une alliance socialo-écolo-centriste! La recherche d’un pacte PS-Verts-Modem a les faveurs de 44% des Français et surtout, réponse saisisante, de 43% des sympathisants de gauche… En face, 29% seulement des sympathisants de gauche prônent un «renforcement des liens" du PS avec le PC et l’extrême-gauche! La diminution de la durée du travail, mesure emblématique de la gauche depuis les années 70 ? Une incongruité, rejetée par 68% des sondés et 58% des sympathisants de gauche! Pire encore ? Des mesures engagées par le gouvernement Sarkozy, combattues par la gauche sur le mode de l’anathème, sont largement approuvées. Ainsi, l’alourdisement des peines contre les mineurs récidivistes, ou le service minimum dans les transports publics… Quant à la régularisation des sans-papiers, elle est rejetée par 56% des sondés. De quoi sabrer le moral des patrons du PS, au moment où s’engage la rentrée politique? Ou au contraire, de quoi -en fin- réveiller les éléphants. Car le sondage éclaire la claque électorale du printemps. L’inadéquation de la pensée et du discours de gauche n’était pas affaire de circonstances. Si la gauche veut revenir au pouvoir, il devient absurde, face à une opinion ouverte à des solutions innovantes, de s’accrocher à des fondamentaux obsolètes. Les Français préfèrent la flexibilité du travail à la protection des salariés (49% contre 39%) pour combattre le chômage. Ils ne croient plus à la relance économique par les déficits ou les ristournes fiscales (le sarkozysme, ici, est jugé aussi daté que le socialisme) et préfèrent réduire la dette pour protéger les générations futures. Les voici raisonnables et adaptés. Epinay est enterré, Keynes est fatigué. Quant à Marx, qui est-ce? L’économie de marché, acceptée non sans mal par un PS perclus de mauvaise conscience antilibérale, est acceptée comme étant le «moins mauvais système", par 65% des sondés et 63% des sympathisants de gauche! En même temps, tout n’est pas si simple. Les sondés, excédés par le PS tel qu’il est, ne définissent pas nettement le PS tel qu’il devrait être. Leurs réponses sont contradictoires. Ainsi, les mêmes qui fustigent l’inanité du programme socialiste expliquent que ce programme n’a pas joué de rôle majeur dans la défaite (27% des sondés, 23% des sympathisants de gauche) bien moins en tous cas que «les rivalités internes au PS" (46% des sondés, 57% des sympathisants de gauche)! On pouvait donc l’emporter avec un mauvais programme, à condition de soigner les apparences ? Etrange conception de l’action politique, réduite aux ententes au sommet, fussent-elles factices… Autres contradictions: les sondés, qui fustigent l’absence d’innovation du PS, sont parfois très «traditionnalistes" dans leurs apprécations. Ils continuent de trouver «adaptée" l’augmentation du SMIC à 1500 euros (52% des sondés, 67% des sympathisants de gauche) que même Ségolène Royal portait sans y croire. Ils plébiscitent la retraite à 60 ans (65% des sondés, 69% des sympathisants de gauche) que les socialistes n’oseront jamais rétablir. Et ils rejettent la diminution du nombre de fonctionnaires (55% des sondés, 75% des sympathisants de gauche)! Tout en adoubant l’économie de marché, les sondés persistent à rejeter la mondialisation: 74% la jugent négative pour les salariés, 48% pour les entreprises. L’exception française est une sérieuse contingence pour les modernistes: les tabous du SMIC, de la retraite et des fonctionnaires, sont revendiqués à droite comme à gauche. En revanche, d’autres sujets sont clivants et montrent, encore, une opinion de gauche campée sur ses bases traditionnelles. Le renforcement de la sélection à l’université, admis par l’ensemble des sondés (43% pour, 43 contre), est nettement rejeté à gauche (55% contre, 35 pour). De même, la flexibilité du marché du travail, admise par 49% des sondés (50% au centre et 64% à droite) est rejetée (51% contre 39%) par l’opinion de gauche. La demande de réalisme, parfois, reste théorique. Et les pistes scandinaves (la flex-sécurité) ou anglo-saxonnes restent malaisées à explorer. “Le sondage montre que l’opinion est fluide et qu’il y a de la place pour un travail de conviction”, estime Bernard Spitz, un des animateurs des Gracques Le choix de l’alliance au centre mérite donc d’être considéré attentivement. Il peut montrer une véritable aspiration au changement et à l’innovation ou n’être qu’un simple accomodement tactique avec la réalité électorale. En 2002, les 10% obtenus par les candidats trotskistes et les 5% de Noel Mamère, écologiste gaucho-libertaire, avaient traumatisé un PS réduit aux 16% de Lionel Jospin... L’anti-libéralisme était maître de l’heure, et la social-démocratie sous surveillance. Le référendum européen aura marqué l’apogée et la fin de cette période. En 2007, l’extrême-gauche a reflué. Le PS a encore perdu, mais c’est la tentation centriste qui l’a ébranlé, et les 17% de Bayrou, qui, désormais, inquiètent et séduisent l’opinion socialiste. Mais, dans les détails, la belle construction intellectuelle d’un pacte PS-Verts-Modem détonne. Dans leurs réponses, les -rares- électeurs verts sont plus gauchistes que centristes. Et les sympathisants de Bayrou, sur les fonctionnaires, la flexibilité ou la sélection à l’université, sont plus proches des sondés de droite, que de leurs supposés futurs alliés socialistes. “ La situation du PS rappelle celle des travaillistes anglais avant les réformes d’Anthony Giddens, de Blair et de la troisième voie, analyse Bernard Spitz. Son incapacité à changer a dégagé un espace au centre, et le Modem concurrence le vieux PS comme les libéraux-démocrates menaçaient le vieux Labour. Un rapprochement peut hâter l’évolution. Mais si les socialistes se réforment, et proposent un projet moderne, cohérent et audacieux, ils reprendront leur espace naturel.” Nouvelle gauche, année zéro? CA
Ségolène épargnée
NOUVELOBS.COM | 22.08.2007 | 15:57
3 réactions
SEGOLENE Royal a de la chance. Le rejet du Parti socialiste a plus marqué l’opinion que son propre échec. Notre sondage lui sera une bonne nouvelle, à la veille de sa rentrée politique à Melle. Point par point, les sondés valident sa lecture de la défaite -alors qu’elle-même amorce une -légère- autocritique que l’opinion ne lui réclame pas!
La défaite ne lui est pas imputée: seuls 23% des sondés l’attribuent à sa personnalité, contre 27% au projet socialiste, et 46% aux “rivalités internes” du PS. A gauche, les chiffres sont encore plus nets: Royal n’est à blâmer que pour 16% des sondés, qui sont 57% à fustiger la division au sommet! Douce musique pour celle qui n’a cessé de se plaindre des méchancetés des éléphants. De même, la demande d’un rapprochement avec le centre vient valider sa main tendue à François Bayrou. Quelles qu’aient été les faux-semblants de ce pas de deux, il était plus en phase avec l’opinion que les fatwas anti-centristes d’une direction socialiste unie contre l’hérétique Royal! Enfin, l’ex-candidate reste la plus désirée des socialistes: 41% des sympathisants de gauche lui font “le plus confiance” pour “conduire la rénovation”, contre 20% à Dominique Strauss-Kahn, qui se prépare à lui laisser le champs libre en partant au FMI. Bertrand Delanoe ne séduit que 10% de l’opinion de gauche, Hollande 6 et Fabius 3!
En même temps, Ségolène Royal a payé pour savoir qu’un bon sondage ne garantit rien. Dominante à gauche, elle est devancée dans l’opinion globale par DSK (29% contre 26%): la crédibilité de l’ex-candidate reste problématique. Et sa domination à gauche tient aussi de la prime à la sortante, comme de sa situation particulière dans l’opinion. Bien qu’ayant porté les couleurs du PS, Royal reste perçue comme une opposante à son propre parti. Ce fut -et reste- la clé de son succès: être pour Ségolène, donc contre un PS devenu exaspérant! Rien ne change, malgré une élection présidentielle perdue. Comme il y a un an, Ségolène Royal existe d’abord parce que son parti n’existe plus vraiment. Le défi de la construction, lui, reste tragiquement entier
18:55 Publié dans parti socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

