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31.08.2007

avant la Rochelle

L eur discours est vieillot, leur propositions sont vieillottes, ils n’ont pas changé depuis plusieurs années sur un petit peu tous les sujets.» Le diagnostic de cet étudiant de 18 ans sur l’état du Parti socialiste est sévère. Mais à peine plus que celui de ce cadre de 35 ans : «Il faut que la gauche se modernise. On dirait qu’on est encore dans les années 70, dans les idées du XXe siècle.» Et une ouvrière de 20 ans de trancher : «Personne n’incarne la gauche.» Alors que les socialistes se retrouvent à partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche à La Rochelle pour leur université d’été, Libération et l’institut LH2 ont «sondé», via des entretiens qualitatifs, les états d’âme de personnes se disant proches de la gauche (1).
Après trois raclées électorales, ceux que les leaders de gauche appellent «les personnalité anonymes» ou les «héros de la vie quotidienne» ne font pas dans la langue de bois, mais prennent aussi au mot le PS qui promet de faire de son week-end la première étape de la rénovation.
Le diagnostic est sévère, mais les arguments sont là. Les sympathisants dénoncent le flou du discours : «Ségolène, elle avait beaucoup de bonnes intuitions, mais souvent on ne voyait pas exactement ce qu’elle voulait», constate le cadre de 35 ans du panel LH2. «Manque de coordination de la gauche, idées fluctuantes», assène le retraité de 64 ans. La plupart concèdent de bonnes intentions, mais l’absence de propositions concrètes et réalistes : «Il faut convaincre les gens que le PS va améliorer leur vie. Sarkozy a apporté des réponses», juge un ouvrier de 42 ans.
Exemple le plus symptômatique : le pouvoir d’achat : «L’histoire des 1 500 euros, les gens savaient que c’était pas faisable», commente l’ouvrier de 36 ans. Le retraité de 66 ans abonde : «Faut pas rêver, les 1 500, qui les paye ?» En juillet, Ségolène Royal elle-même a reconnu ne pas y avoir cru non plus. Un peu tard. «Désenchanté», le peuple de gauche attend qu’on lui propose de nouvelles raisons d’espérer.
L’impératif social et le rôle de l’Etat
Le constat est quasi unanime : la gauche s’est embourgeoisée, jusqu’à devenir «peu consciente des différences sociales», selon un membre du panel qui partage avec les autres les mêmes priorités : le pouvoir d’achat et le chômage. Résultat : elle a abandonné sa mission fondatrice d’aide aux plus démunis.
Pour une étudiante de 20 ans, «la gauche c’est la solidarité, l’aide aux personnes», un idéal délaissé par ses leaders, selon certains sondés. Trois ouvriers de 20, 36 et 59 ans se sentent oubliés : «La gauche, aujourd’hui, elle pense d’abord aux fonctionnaires, et puis après aux cadres, et puis après aux ouvriers.» Mais la gauche ne trouve pas plus d’écho chez les classes moyennes et les seniors, dont les votes ont manqué à Royal : «Pour les retraités, ils ne font pas grand chose», regrette un sondé.
Quant au rôle dévolu à l’Etat, le bureau des réclamations est ouvert : «Il faudrait que l’Etat soit plus présent [...] ou nationaliser les entreprises» (étudiante, 20 ans), «garder les services publics» (ouvrier, 42 ans). Un état régulateur n’étant pas à leur yeux synonyme d’assistanat social : la solidarité, oui, mais contrôlée : «Il faut trier, car il ya des gens qui abusent des allocations, j’en vois beaucoup», lâche une jeune ouvrière. Preuve que l’argumentaire antiassistanat et le clientélisme de Sarkozy séduit les couches populaires : «On a beaucoup diabolisé Sarkozy, mais, quelque part, il est presque social.»
Plus de fermeté sur l’insécurité et sur l’immigration
Si la droite chasse sur les terres sociales, la gauche peut regagner du terrain sur la sécurité. Pour les ouvriers et les retraités, elle doit prendre position, sans angélisme, sur ce thème : «Quand la gauche parle de l’insécurité, elle est moins crédible parce qu’elle est toujours humaniste, note un cadre quadra. On répugne à parler de repression, on n’arrive pas à en parler». L’ouvrier agricole de 30 ans acquiesce : «Si le PS prend des mesures plus sévères, il aura plus de soutien.» La réponse par l’éduction et la prévention ne convainc plus qu’une minorité : «La gauche, son rôle, c’est de faire évoluer les gens dans le bon sens. Il faut réprimer quand il faut, mais c’est pas sa priorité», recadre un ouvrier de 42 ans.
Même diagnostic sur l’immigration. Ouvriers et retraités sont en attente de plus de fermeté : «La France ne peut pas accepter toute la misère du monde», explique un retraité de 66 ans. A la fin des années 80, cette phrase de Michel Rocard, alors Premier ministre, avait choqué. Elle est désormais assortie d’une demande de régulation : «Pour l’immigration, la gauche n’a pas voulu faire comme il fallait, il faut oser mieux les contrôler. La droite le fait bien, ça gueule, c’est vrai, mais au final ça passe. Sinon c’est l’anarchie», explique un ouvrier de 59 ans. Sur l’immigration, comme sur le social, la réclamation est identique : pas d’aide sans contrôle. Un vrai casse-tête en perspective pour la refondation du PS. De quoi, en tout cas, alimenter le forum «Défi du vivre ensemble», que lancera le PS à l’automne.
Une gauche plombée par les bisbilles et le manque de leadership
Sans surprise, les sympathisants de gauche se disent exapérés par les rivalités de personnes au PS. «A gauche, à part se bouffer le nez, ils n’ont plus grand-chose à faire», balance un employé de 24 ans. «Ils se tirent dans les pattes, donc il n’y a pas de cohérence», dénonce un quinqua. D’où un crédit au ras des pâquerettes : «Il y a des querelles, mais pas de programme solide. On va faire confiance à qui, nous ?» se demande un ouvrier de 59 ans.
Au petit jeu des tâcles et des bouderies, Royal s’en sort mieux que ses camarades. «Elle n’a pas été soutenue par certains éléphants, comme DSK», affirme un ouvrier de 36 ans. Voilà l’ex-candidate plus exonérée que stygmatisée. Et l’improvisation de sa campagne présidentielle mise en premier lieu sur le dos du PS et de son programme : «Dans son projet, il n’y avait rien de concret», regrette une chômeuse de 55 ans. L’icône Royal ne fait pas l’unanimité pour autant : «trop superficielle», «manque de carrure», lâchent les sondés. «Elle parlait beaucoup d’elle-même, mais pas des autres», reproche l’ouvrière de 20 ans.
Mais quid de la relève ? S’ils déplorent les batailles d’ego, les sondés divergent sur le leadership. Premier au hit-parade : DSK, qualifié de «rassurant», de tenant de la «gauche moderne», mais aussi de «trop techno». Certains reconnaissent les qualités «d’homme d’Etat» de Fabius, pour concéder qu’il doit «laisser la place». La jeune garde séduit chez les sympathisants : «Il faut mettre des têtes un peu plus jeunes, Montebourg, Valls», plaide l’ouvrier de 36 ans. «Mais il faut aussi garder les plus vieux», ajoute un retraité de 66 ans. Chez les sympathisants aussi, chacun cherche son chef.
Entretiens individuels réalisés au téléphone ou en face-à-face entre le 9 juillet et le 10 août auprès d’une vingtaine de personnes recrutées dans le cadre d’un sondage de 1000 personnes représentatives de la population française, réalisé les 6 et 7 juillet.

Août 2007. L’université d’été du parti s’ouvre aujourd’hui, jusqu’à dimanche, à La Rochelle (Charente-Maritime), et lance la «phase de diagnostic» prévue dans le calendrier de la rénovation.
Fin 2007. Trois forums sont prévus : «Individualisation, vieillissement de la population, fragmentation de l’emploi», «Mondialisation, délocalisation et financiarisation» ainsi que «Défi du vivre ensemble».
2008. Le prochain premier secrétaire, successeur de François Hollande, doit être désigné lors du congrès ordinaire du parti, maintenu «au lendemain» des municipales par François Hollande.
2010. Un congrès devrait être convoqué en vue de choisir le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Ségolène Royal avait souhaité que cette échéance soit anticipée
Large choix d’alliances
QUOTIDIEN : vendredi 31 août 2007
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«Il ne devrait plus y avoir les Verts, le PRG, l’extrême gauche. Ils devraient faire un grand parti, en changeant de nom […] qui puisse aller jusqu’au centre avec Bayrou.» Sur la question stratégique des alliances, tous les sondés LH2- Libération ne partagent pas l’avis de cet ouvrier de 36 ans. Mais ils sont globalement enclins à penser, comme cet étudiant de 18 ans, que «le PS devrait aller plus vers le centre». Ou encore comme ce retraité de 66 ans, qui balaie une alliance avec l’extrême gauche : «Elle est trop sectaire, ne tient pas ses promesses.» «Les socialistes ne doivent pas se recentrer sur les valeurs traditionnelles de gauche. Il faut une évolution, plutôt en s’alliant avec le centre», considère ce sondé de 49 ans, profession intermédiaire. Cette ouvrière de 20 ans est d’un avis contraire : «Il faut faire alliance avec des partis de gauche.» Tout comme cette demandeuse d’emploi de 55 ans : «Les socialistes veulent s’ouvrir à la droite. Ils en seront exclus.»
Le diagnostic demeure flou. Dépression ? Crise de nerfs ? Ou plus grave encore ? A l’heure de l’ouverture de son université d’été à La Rochelle, le PS est loin d’avoir cerné les voies de la guérison. Et peine à émerger d’un brouillard politique des plus déconcertants. «Entre les rentrées individuelles et fracassantes des uns et des autres et les prochaines conventions thématiques du parti, quel est l’objet de l’université d’été ? On l’ignore», s’interroge un socialiste, qui résume : «La Rochelle, cette année, c’est le Prozac, et l’iode.»
«Bosser». L’an passé, primaire oblige, le défilé des ténors avait focalisé l’attention. Cette fois, ce sont les absents qui font du bruit, de Lionel Jospin à DSK, en campagne en Amérique latine pour le FMI, de Laurent Fabius, «en colloque à l’étranger» selon un proche, à Jack Lang et Martine Aubry. Des absents qui auraient presque raison : «Pour une fois, on va pouvoir bosser», estime un cadre. Car l’affluence des cadres et militants, elle, ne varie pas.
Plus de 3 000 socialistes assisteront aux ateliers sur «socialisme et marché», la «droitisation de la société française» ou «l’offre idéologique de Sarkozy». Avec nombre d’intervenants extérieurs. «Ce ne sont pas des socialistes, mais des universitaires qui feront les rapports introductifs, rappelle Jean-Christophe Cambadélis, président de l’université. C’est un gage d’objectivité», assure ce proche de DSK.
«S’ils viennent, c’est le parti des éléphants. Et, s’ils ne viennent pas, le parti des déserteurs. Quoi qu’on fasse, il y a un a priori négatif», se désole Benoît Hamon, porte-parole du PS, qui en convient : «C’est aussi notre faute, eu égard à la crise morale qui se traduit dans les comportements.»
Car les poussées d’agressivité demeurent, principalement contre François Hollande. Des «rénovateurs» qui, comme Gaëtan Gorce, l’accusent de «s’installer dans un rôle de syndic, alors qu’il ne s’agit pas d’attendre patiemment un éventuel repreneur». Aux historiques, comme Claude Allègre (lire Libération d’hier). A tel point que Stéphane Le Foll, son directeur de cabinet, planche sur une «charte de respect pour les socialistes». Cela suffira-t-il à affermir la position de son patron ? Celle-ci, même un de ses partisans en convient, s’avère «hyperinconfortable. Il ne peut échapper à un examen personnel de ses responsabilités».
Leadership. Le premier secrétaire, pourtant, est bien là. Tout comme Bertrand Delanoë, dont «la montée, estime un cadre, attire pas mal l’attention.» Et, bien sûr, Ségolène Royal, qui a tiré la première contre le discours de Nicolas Sarkozy, hier, dénonçant le «contraste entre l’illusion de mouvement» et «le flou, l’inertie, l’inaction» du gouvernement. La question du leadership, donc, demeure. Même si, officiellement, les idées seraient prioritaires. Régler la première ou s’attaquer aux secondes, le parti peine à trancher. Un député résume : «Tout le monde reste dans le jeu plutôt que sur les enjeux. Chaque sous-courant cherche tactiquement à se maintenir, mais ne sait même plus pourquoi.»

3 erreurs

Les trois erreurs de Nicolas Sarkozy, les trois questions des socialistes
Depuis son élection, le Président de la République est omniprésent. Cette occupation de l’espace médiatique n’a d’autre but que de détourner les esprits pour masquer ses insuffisances sur le front de la croissance et du pouvoir d’achat, ainsi que la dégradation des comptes publics.

Le candidat Sarkozy avait promis que le retour de la confiance engendrerait celui de la croissance. Son échec est aujourd’hui programmé – ni confiance, ni croissance - car il a commis trois erreurs majeures au cours de ses 100 premiers jours.

La première erreur, c’est l’adoption du « paquet cadeau fiscal ». La note est élevée : plus de 15 milliards d’euros par an, alors même que la croissance est molle (1,8 %) et que les perspectives budgétaires sont particulièrement alarmantes, et les faits le prouvent, sans effets positifs sur notre économie.

La deuxième erreur, c’est la dérive de la dette. En hausse de 35 milliards d’euros au cours des trois derniers mois, elle atteint désormais 1175 milliards d’euros (65% du PIB). En la laissant filer, la majorité transfère une charge inacceptable sur les générations à venir. De plus, l’actuelle remontée des taux d’intérêt à long terme risque d’accroître sa charge de 4 à 5% par an, la faisant passer de 39 milliards en 2007 (deuxième poste du budget) à 46 milliards d’euros à 2010, soit 7 milliards d’euros de plus chaque année, réduisant ainsi encore en peu plus la maigre marge de manœuvre budgétaire de l’Etat. La désinvolture de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de cette question de la dette est la marque d’une irresponsabilité fautive.

La troisième erreur, c’est l’inaction sur le terrain de la compétitivité profonde : rien pour la recherche, l’innovation, l’investissement, la formation ou l’éducation, si ce ne sont des mots vides et des coupes claires. En conséquence, la progression de l’investissement est nulle, tout comme celle de l’emploi marchand au deuxième trimestre (-16.500 postes dans l’industrie, ralentissement de la progression dans les services,…). Quant à la balance commerciale, elle accuse déjà un déficit de 15 milliards (alors que l’Allemagne réalise un excédent de 73 milliards d’euros).

Ces échecs amènent les socialistes à poser trois questions au Président de la République :
• Qui paiera la facture ? En effet, la croissance étant aujourd’hui inférieure quasiment de moitié (1,8%) à celle nécessaire à la réduction des déficits et au paiement du paquet fiscal (3%), le gouvernement va devoir recourir à une hausse des prélèvements, comme le laisse déjà entrevoir ses déclarations sur l’expérimentation de la TVA sociale, le financement du plan Alzheimer ou bien le Grenelle de l’environnement. Les Français doivent savoir qui paiera le prix des choix catastrophiques et des préférences fiscales de la majorité ;
• Quand cessera le déni de réalité sur la croissance ? L’ensemble des données disponibles converge pour la situer aux alentours de 1,8%, c’est-à-dire bien loin de 2,25% à 2,5% avancés par le gouvernement pour bâtir son budget. Si le gouvernement maintenait ses prévisions, la confiance des français vis-à-vis de ses élus en pâtirait, tout comme celle de nos partenaires européens ;
• Quand les PME seront-elles enfin la priorité du gouvernement ? En choisissant l’université d’été du MEDEF pour prononcer son premier grand discours de politique économique, le Président de la République entérine sa préférence pour les grands groupes. Ce choix, qui s’opère au détriment des TPE et des PME, est à contresens de ce qu’il faudrait faire, c’est-à-dire orienter les aides et la commande publique en direction des PME, en mettant en place des mesures ciblées et adaptées.

Communiqué de Michel Sapin, Secrétaire national à l’Économie et à la Fiscalité

Rentrée

Royal "très déçue" par les annonces de Sarkozy devant le MEDEF
AP | 30.08.2007 | 18:32
L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal s'est dite "très déçue" jeudi par les annonces économiques de Nicolas Sarkozy devant l'université d'été du MEDEF, invitant le chef de l'Etat à "sortir de l'inaction et de ce mouvement apparent".

"Nous sommes très déçus" et "très inquiets", a-t-elle déploré au terme de la réunion des présidents de régions socialistes qui se tient chaque année à l'hôtel de ville de La Rochelle (Charente-Maritime). "Nous pensions qu'au bout de cent jours, le gouvernement avait la capacité d'annoncer des réformes précises, des engagements financiers tangibles".

"Nous attendions avec beaucoup d'impatience le discours du président de la République" et "nous attendions des réponses extrêmement précises destinées à améliorer la vie de nos concitoyens", a souligné celle qui n'est plus que présidente de la région Poitou-Charentes.

"Ce que nous attendions du chef de l'Etat, c'est des annonces concrètes sur des sujets extrêmement urgents en cette rentrée", a-t-elle développé, citant les aides économiques aux petites et moyennes entreprises (PME), et "dans ce domaine nous n'avons rien entendu". Elle a également évoqué la relance de l'innovation et de la recherche, mais "le compte n'y est pas". Enfin, elle espérait "des annonces financières concrètes pour l'université" suite à la loi sur l'autonomie votée cet été.

Ségolène Royal a donc déploré "le flou", "l'inertie" et "l'inaction" de son ex-rival pour l'Elysée Nicolas Sarkozy, brocardant "l'illusion de mouvement, l'illusion de l'accumulation des discours et des commissions". Elle l'a pressé d'assumer ses "responsabilités" et de "sortir de l'inaction et de ce mouvement apparent".

L'ex-candidate a par ailleurs montré du doigt la proposition de la présidente du MEDEF Laurence Parisot de relever de 60 à 62 ans l'âge de la retraite. "Le principal problème, c'est le taux de chômage très élevé des salariés de plus de 50 ans. Ce type d'annonce idéologique n'est pas sérieuse", a-t-elle tempêté.

La réunion des présidents de régions socialistes se tenait comme de coutume à La Rochelle à la veille de l'ouverture de l'Université d'été du PS, dont Ségolène Royal doit prononcer le discours inaugural vendredi après-midi. Selon son entourage, elle n'assistera pas dimanche au discours de clôture du Premier secrétaire François Hollande, son ex-compagnon à la ville. AP

27.08.2007

Yvette Roudy

Message a mes amis de Fouras.



Chers amis,



Je ne serai pas des vôtres cette année cela pour des raisons familiales et je le regrette profondément.



Plus que jamais il est important, je sais, de nous retrouver, d’échanger, de réfléchir ensemble.



Rarement avons-nous eu à traverser passage aussi difficile Il faut avoir au coeur des convictions solides pour ne pas céder au découragement devant les paroles, les jugements, les comportements de certains d’entre nous dont les situations doivent tout à notre parti et qui sont les premiers à participer à sa destruction



Parce qu’enfin, si on veut à tout prix trouver un bouc émissaire à notre échec à la Présidentielle - le 3ème que nous ayons - n’est ce pas un peu facile de charger essentiellement la candidate. Au-delà de quelques erreurs mineures, elle restera celle qui a rendu l’espoir, ouvert les portes, amorcé la rénovation, rassemblé 17 millions d’électeurs.

Nul n’ignore aujourd’hui que la responsabilité première de notre échec réside dans l’hostilité, l’aigreur, la vanité, la misogynie que ceux qui n’ont jamais accepté sa désignation par plus de 60 % de nos militants, mais qui, hélas détenaient et détiennent toujours les commandes d’un appareil qui ne manque ni de bras, ni de moyens financiers mais qui manque d’une seule qualité politique si rare aujourd’hui : le courage.



Je voudrais remercier Arnaud pour les remarquables services qu’il a rendu pendant la campagne. Pour ceux aussi qu’il se prépare à rendre encore, à l’Assemblée Nationale, où il a enfin trouvé la place qu’il mérite sans oublier le Parti où il doit faire entendre sa voix davantage. Pour cela, il a besoin de nous tous autour de lui parce qu’il incarne - tout comme Ségolène - le renouveau du socialisme que nous attendons. Je le répète : ces deux là sont faits pour s’entendre.



Vous tous représentez non seulement les nouvelles générations, le jeunisme n’étant pas une valeur, mais vous représentez surtout le courage politique, l’esprit de conquête, d’entreprise, indispensables à la reconstruction d’un socialisme moderne dont l’esprit premier, la lutte contre les inégalités, reste une des plus grandes idées de notre époque. Une grande idée qui a encore beaucoup de beaux jours devant elle.



Tous mes voeux vous accompagnent.



Yvette Roudy

Ancienne Ministre, Parlementaire honoraire.

26.08.2007

melle

Merci pour ces retrouvailles, pour votre confiance, votre fidélité, votre engagement intact.

Certains se demandent pourquoi je prends la parole aujourd’hui à quelques jours de l’université d’été du parti socialiste. J’ai lu certains commentaires : lorsque que les socialistes se taisent, ils n’ont rien à dire, lorsqu’ils parlent, ils sont en compétition. Je vais vous faire une confidence : j’ai quelque chose à vous dire et je ne suis en compétition avec personne et ne recherche rien d’autre que d’assumer mes responsabilités dans le débat d’idées. De toute façon, c’est un travail collectif de longue haleine qui commence. Et, même, ce que je vais vous dire aujourd’hui est le fruit d’un travail collectif, c’est le début d’un processus au long cours.Comme je m’y étais engagée et forte ce que j’ai compris durant cette campagne, je commence aujourd’hui, comme viennent de le faire tous les amis qui se sont exprimés, à mettre ce que j’ai appris au service de tous les socialistes, simplement et sérieusement et, au-delà, de l’action au service de la France. Je souhaite aussi faire monter les nouvelles générations, renouveler celles et ceux qui participent au débat.

Je ne vais pas vous faire un grand discours grandiloquent, un discours de campagne, mais vous présenter quelques idées fortes en complément de ce qui a été dit tout à l’heure. J’ai retrouvé ici une ambiance de travail propice à la réflexion.

Cette réflexion devra déboucher sur une rénovation profonde de nos méthodes et de certaines de nos idées dans la fidélité à nos valeurs.

Je me sens entièrement mobilisée et animée d’une volonté très solide et du bonheur qui nous rassemble. Contrairement à ce que je lis ici ou là, je n’ai aucun esprit de rancune, de revanche, aucune amertume, y compris envers ceux dont la chaude affection littéraire m’entoure dans cette rentrée. Je ne suis animée que par une énergie positive, plus renforcée par les épreuves et les bonheurs vécus au cours de cette année écoulée.

Le renouveau, ce sera aussi une nouvelle manière pour nous les socialistes de travailler ensemble entre nous et une nouvelle manière de dialoguer avec les autres forces politiques parce que les besoins sont urgents et que les solutions ne peuvent pas attendre, que les Français sont impatients. Nous sommes aujourd’hui dans l’opposition mais ce qu’attendent de nous des millions de gens c’est que nous nous comportions comme si nous étions en responsabilité pour nous mettre, là où nous sommes, parti, parlement, syndicats, laboratoires, entreprises, associations, régions, départements communes, au service de la nécessaire transformation des structures économiques et sociales du pays en agissant pour que ces mutations indispensables et difficiles ne se fassent pas au profit de quelques-uns uns et aux dépends du plus grand nombre.

Nous devons avoir la même attitude intellectuelle que celle d’un chercheur devant un problème nouveau : modestie mais obstination, esprit de curiosité et d’inventivité, rassemblement des intelligences, invention de nouvelles façons de faire, de se parler et de réfléchir.

Quelques leçons de l’élection présidentielle

L’élection présidentielle nous a fourni des leçons précieuses. Je ne serai pas exhaustive ici, bien sûr, ce serait trop long.

Tout d’abord, quelle année riche d’expériences, de rencontres, d’espérances, avec ses joies et bien sûr ses peines, sa déception dans le résultat mais quelle année formatrice pour les prochaines batailles et nos prochaines victoires !

Qu’avons-nous fait ensemble ?

A la fin de ces campagnes présidentielle et législative, nous avons commencé à inventer le socialisme du 21ème siècle, nous avons fait vivre à une échelle inédite et avec intensité, cette démocratie qui rend aux Français la parole et, avec elle, le pouvoir de proposer et de peser.

Nous avons redonné à nos concitoyens le goût de la chose publique et du débat politique, et notamment aux jeunes.

Nous n’avons abandonné à la droite aucun terrain, car il n’y a pas des sujets de gauche et des sujets de droite mais des problèmes que vivent les Français, notamment la baisse du pouvoir d’achat en cette rentrée. Par contre, il y a des manières de gauche et des manières de droite d’apporter des réponses à ces problèmes et aussi des dépassements et des convergences au-delà de l’affrontement bloc contre bloc.

Nous avons rencontré tant de gens dans tout le pays qui ont soif de progrès.

Tant de gens qui refusent l’assistanat mais veulent des solidarités vraies, efficaces, respectueuses de la dignité due à chacun.

Et pourtant, nous avons perdu.

Pourquoi ?

Il y a, en effet, parmi d’autres raisons, deux chantiers essentiels que nous n’avons pas eu le temps de conduire à leur terme et pour lesquels il faut reprendre l’ouvrage :

* actualiser complètement nos réponses, nos propositions pour qu’elles soient en prise directe sur la société et les attentes d’aujourd’hui. Il nous faut voir le monde tel qu’il est et moi-même je l’avoue, j’ai parfois improvisé à cause du temps qui était compté.Mais regarder les choses en face ne suffit pas : il nous faut aussi être inventifs, créatifs, ne pas déplorer ce qui n’est plus : repérer et comprendre les prémisses d’autres possibles, penser les menaces mais aussi les opportunités nouvelles du monde d’aujourd’hui, pour mieux protéger de ses risques et se saisir de ses chances.

* le temps nous a aussi manqué collectivement pour nous organiser en un grand parti moderne, portes et fenêtres largement ouvertes sur la société, efficace, tirant dans le même sens, mobilisant au mieux les réserves d’intelligence collective et d’engagement de ses militants et de ses sympathisants dont j’ai pris la mesure pendant cette campagne. Un grand parti moderne qui prenne pleinement appui sur cette force de propositions dont les milliers de contributions ont montré la richesse, de l’entreprise à l’école en passant par l’excellence écologique, le logement, les retraites et tous ces grands chantiers que nous allons prendre à bras le corps en partant d’une analyse sans œillères des choses telles qu’elles sont et des attentes fondamentales que partagent les Français quels qu’aient été leurs votes.

La bonne nouvelle = ce temps qui nous a manqué, nous allons le prendre.

Je vous en fais la promesse.

Et nous achèverons le travail.

Collectivement. Fraternellement. Obstinément. Et surtout, tous ensemble.

Mais ce que nous avons été nombreux, dans les étapes, à voir c’est qu’il faut se méfier des faux débats qui déconcertent nos électeurs. Je prendrai deux exemples. Le marché et la place de l’individu dans notre société.

Est-on pour ou contre le marché ? Question singulière pour un parti qui ne professe plus depuis bien longtemps l’étatisation des moyens de production.

Le marché nous est aussi naturel que l’air que l’on respire ou que l’eau que l’on boit. Il s’agit là d’un jeu d’enfoncement de portes ouvertes. Mais l’eau peut être polluée et l’air vicié et c’est là que le débat politique trouve sa pertinence.

Nous inscrivons bien évidement notre action dans le cadre des économies de marché et s’il faut l’écrire, écrivons-le une fois pour toutes. Mais nous ne faisons pas confiance au marché pour assurer la justice sociale et la cohésion démocratique des sociétés, et s’il faut le dire disons-le. Le marché se dirige spontanément vers là où il y a du pouvoir d’achat. Il n’est pas, contrairement à une gentille comptine des théoriciens libéraux, lucides sur les nouvelles demandes sociales, les souffrances, les carences. Il s’y engouffrera quand l’action politique et les évolutions de la société auront créé le mouvement et le mouvement, le besoin. Par exemple, l’industrie pharmaceutique et l’industrie du tourisme ont connu hier un boom grâce aux lois sur les congés payés et la sécurité sociale. Cette même logique se vérifiera demain avec la sécurité environnementale. Le marché doit avoir sa place, toute sa place, rien que sa place. Les socialistes allemands ont une devise, le marché chaque fois que cela est possible, l’Etat chaque fois que cela est nécessaire. Nous, socialistes français, nous pouvons y ajouter la juste place des services publics.

Je suis convaincue qu’un Etat et des collectivités locales en symbiose avec la société sont la canne d’aveugle du marché. Ce qui veut dire des pouvoirs publics performants et une société agissante, participative, et par-dessus le marché une économie dynamique.

Seconde leçon et autre faux débat,l’individualisme.

Nous, socialistes, ne serions pas au clair quant à la place de l’individu. Je suis assez sidérée que nous ayons peur de l’affirmation de l’individu qui est dans nos textes juridiques fondateurs celle de la personne humaine. Depuis l’Habeas corpus, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la convention européenne des droits de l’homme, la liberté de conscience et d’expression de chaque être humain, et je n’oublie pas les droits de la femme et de l’enfant, tout le progrès de la civilisation fut d’attribuer des droits nouveaux à chaque humain : le droit à un travail, à une famille à un logement, au savoir, à la santé. Le rôle éminent de l’individu a commencé là et soyons en fiers d’y avoir contribué.

Notre objectif est donc de favoriser le plein épanouissement de chacun et nous sommes de gauche précisément en ce que nous affirmons que chacun recèle des talents propres et que chaque être humain est singulier dans l’humanité plurielle.

La confusion réside ailleurs. Cette charge contre l’individualisme révèle notre difficulté à élaborer des formes nouvelles et adaptées de délibération collective.

Nos concitoyens sont informés et ils demandent encore plus d’information, ils cherchent les lieux de confrontation, comment prétendre le contraire après ce que nous avons vécu durant la campagne présidentielle ?

La Parti Socialiste du 21ème siècle doit être à la fois un lieu de connaissance, un lieu de délibération, d’élaboration, enfin un outil de combat collectif. Il ne peut l’être que s’il vit en osmose avec les citoyens dont il est une des représentations.

Ses réunions doivent être ouvertes, les mouvements de société doivent lui être associés, les forums doivent nourrir ses propositions en amont, l’usage d’Internet doivent lui permettre d’être en contact quotidien avec ses millions d’électeurs.

Nos congrès doivent obéir à cette nouvelle logique. Plutôt que d’être le camp clos d’affrontements parfois obscurs, les positions des uns et des autres doivent avoir été validées par des débats qui leur donneront leur légitimité. Il faut que notre fonctionnement favorise les vrais débats et pas la prolifération des motions qui donnent souvent lieu à des règlements de compte inutilement brutaux suivis de synthèse parfaitement illisibles. Les Français se détournent de cette manière de faire de la politique. Ils sont au-delà et pas en deçà, Ne nous y trompons pas ce malentendu sera fatal au Ps s’il n’est pas levé, et vite.

Enfin, si nous sommes ensemble, c’est pour ne pas se désunir à la première contrariété d’ambitions. Notre nouveau fonctionnement devra être clair là dessus aussi.

Ceci signifie que la vie interne doit tenir compte des échéances institutionnelles. Le programme ne doit pas être un programme de tactique interne mais un programme pour convaincre et gagner et pour faire progresser notre pays en réhabilitant justice et efficacité.

Le Parti socialiste est un grand parti, mais c’est aussi aujourd’hui un parti qui doute. C’est fructueux, le doute, c’est se poser des questions sur ce que l’on est, sur ce que l’on pense. C’est un mouvement nécessaire, je dirai même salutaire : car j’y vois la marque de ceux qui savent se mettre en question pour avancer.

On nous dit que la gauche dans son ensemble est aujourd’hui affaiblie par une accusation à laquelle elle n’a pas répondu avec suffisamment de force.

La gauche est suspectée de faire du collectif la mesure de toute chose. Accusée de faire des situations individuelles le seul résultat d’inerties sociales, de reproductions.

Suspectée de déresponsabiliser nos concitoyens, aussi, et de ne parler que de droits, quand il faudrait parler de devoirs et de contreparties.

Accusée d’oublier la flamme qui anime tous ceux qui, chaque matin, se rendent à leur travail pour nourrir leur famille et se bâtir une vie digne.

Nous ne devons pas seulement répondre à cette suspicion, mais reprendre l’offensive parce que c’est seule une bonne articulation de l’individuel et du collectif qui permettra d’affronter les mutations du monde et les légitimes aspirations à la réussite individuelle.

Etre socialiste, c’est penser en effet que le collectif vient en soutien de chaque foyer, de chaque personne insuffisamment armée pour affronter les difficultés de la vie.

Etre socialiste, ce n’est donc pas nier le potentiel de l’individu mais comprendre que l’individu isolé est faible, que sa volonté, aussi forte soit-elle est parfois insuffisante.

Etre socialiste, c’est faire en sorte que chacun bénéficie de garanties collectives pour retremper ses ambitions et se créer de nouvelles opportunités.

Etre socialiste, finalement, c’est penser la complémentarité profonde qui existe entre l’individu et la société et refuser l’opposition caricaturale que certains en font.

Une sécurité sociale efficace, des services collectifs dans tous les territoires, une école et une formation dignes de ce nom, un accompagnement personnalisé vers l’emploi, c’est cela qui, pour nous à gauche, permet aux individus d’affirmer leurs choix et leur liberté, de s’affranchir d’un destin tracé d’avance.

Aujourd’hui, c’est l’idéal socialiste qui est au service du progrès de chaque personne, de toutes les femmes et de tous les hommes de ce pays. Et c’est la droite, qui tout en mettant en avant la responsabilité et la liberté de chacun, dissimule son engagement au côté des réseaux, des rentiers, des gens de pouvoir et d’influence.

La complémentarité entre le collectif et l’individuel me permet de dire avec force qu’il n’y a pas de droits sans devoirs. Parce que chacun d’entre nous est comptable des moyens collectifs mis à sa disposition. Cet équilibre, la gauche a donné le sentiment qu’elle l’oubliait. Cela ne doit plus jamais arriver.

Je pense également que la notion de responsabilité est fondamentale. Et nous autres, socialistes, ne devons pas avoir peur de le dire car cette éthique de la responsabilité est ancrée au plus profond de notre patrimoine, chez Jean Jaurès comme chez Léon Blum.

La responsabilité de chacun vient du fait que nous vivons dans une communauté de citoyens. Lorsque je suis soigné, d’autres contribuent aux soins que je reçois. Alors il est normal que je rende des comptes, il est normal que je ne dise pas simplement « c’est mon droit ».

C’est cette conviction aussi qui nous conduit à souhaiter un Etat performant, capable de faire une juste utilisation des deniers publics. L’Etat ne peut pas se permettre de dilapider l’argent des impôts de manière inconsidérée ; l’Etat a le devoir à chaque instant d’évaluer son action.

Vous l’avez compris, équilibre des droits et des devoirs, éthique de la responsabilité, efficacité de l’action publique, autant de valeurs que la gauche et le Parti socialiste doivent à nouveau faire entendre, approfondir, et accompagner de propositions innovantes. Cette liste n’est pas exhaustive, car il y aurait plein d’autres sujets à évoquer à l’échelle nationale comme internationale. A commencer bien sûr par celle, majeure à mes yeux, de l’excellence écologique, que j’aborderai dans quelques jours, notamment à l’Université d’été de La Rochelle.

Et que dire aujourd’hui de la politique conduite dans le pays sans caricaturer le pouvoir. Je crois que la nouvelle politique à gauche doit reconnaître qu’il y a dans ce nouveau pouvoir une sincère volonté de réforme, un mouvement même frénétique, une réactivité du chef de l’Etat et qu’aujourd’hui la majorité de nos concitoyens le reconnaissent.

Mais annoncer la réforme, ce n’est pas l’accomplir et c’est ce que là que la critique est légitime et que pour aider à faire avancer la France, nous devons dire ce qui ne va pas et proposer les réformes de bon sens, dans le parti, à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Et paradoxalement, face à ce mouvement perpétuel, ce qui menace la France aujourd’hui, en plus des injustices fiscales, du nouvel impôt en préparation, c’est l’immobilisme. De vieilles méthodes ressurgissent : empilement de lois, mis en place de commissions tous azimuts. La dernière en date, la commission Attali sur les freins à la croissance, fait suite à une commission Camdessus sur le même sujet de 2004 qui proposait au ministre des finances de l’époque Nicolas Sarkozy, 110 propositions pour lever les freins à la croissance.

Ce n’est pas une bonne gouvernance. Notre pays prend du retard.

Prenons trois exemples : sur la justice on aggrave les peines sur les récidives. On froisse au passage quelques principes mais surtout on ne donne pas plus de moyens au juge pour suivre l’application des peines et surtout on n’a pas les moyens d’augmenter la place et les conditions de dignité humaine dans les prisons. Le nombre de personnels soignants est notoirement insuffisant en prison.

Nous en sommes au moins à six lois, peu ou pas évaluées. Et toutes vouées à l’échec par défaut de moyens.

Il est temps de rompre avec ce cycle infernal de lois sans moyens qui ne protègent pas les victimes et qui à la fin décrédibilise et ignore tous les rapports déjà rendus sur ce sujet dont le dernier en acte, celui de la commission Robert, recommande des moyens humains nouveaux et surtout pas de lois nouvelles.

Autre exemple, un premier pas a été fait sur l’autonomie des universités qui est une bonne chose en soi. Seulement cette autonomie ne peut marcher qu’à deux conditions. Première condition c’est que les décisions des présidents d’universités ne soient pas discrétionnaires.

Mais surtout, l’autonomie ne conduit à l’excellence que si elle en a des moyens. La loi est muette sur ce point. Le problème des 40% d’échec en premier cycle n’a pas été pris à bras le corps. On est au milieu du gué.

Autre exemple encore, au lieu de polémiquer sur la question du service minimum, il faudrait s’occuper des retards dans les transports qui constituent les principales nuisances pour le quotidien des usagers et des familles.

Au lieu de faire, allons, disons-le, une loi sans effet pour faire plaisir à son électorat, on aurait pu utilement s’inspirer de la RATP où les syndicats et la direction ont trouvé une forme tout à fait moderne et adapté d’anticipation des conflits.

Se trouve posée la question de la morale de l’action politique : ne plus faire croire par des annonces ou des lois que les problèmes sont réglés, car l’exaspération populaire pourrait venir plus vite que prévu.

La croissance ne sera pas au rendez-vous sans les réformes indispensables qui permettraient de muscler notre appareil productif. Sans ces réformes, les facilités fiscales d’aujourd’hui seront lourdement compensées demain. Et les plus fragiles d’aujourd’hui seront plus exposés demain et les familles à revenu moyen seront ceux qui paieront la facture de la croissance non retrouvée.

Nos inquiétudes sur la mauvaise utilisation des fonds publics sont attisées par la crise boursière et les mauvaises performances de croissance du mois dernier. D’ailleurs le gouvernement est en train d’étudier la création d’un nouvel impôt, qui n’était pas au programme la TVA sociale. Finalement ce paquet fiscal, qui est déjà incompris de nos partenaires européens, le sera encore moins demain des Français. Je demande, et c’est bien le minimum, que le gouvernement procède à une évaluation loyale et transparente devant les Français, du double impact de la crise financière et du paquet fiscal.

Quel est le bilan aujourd’hui de la politique conduite ? On donne beaucoup à ceux qui ont beaucoup, un peu à ceux qui ont un peu et rien à ceux qui n’ont rien. Surtout, c'est une politique qui, pour l’instant, ne prépare pas la France et les Français à relever le défi de la croissance et de la mondialisation.

- Quelle est la réalité de notre situation économique? Nous sommes lourdement endettés: plus de 20 000€ par Français. Et en même temps nous devrions investir dans l'avenir, justement pour générer la croissance qui nous permettra entre autre de rétablir l'équilibre de nos comptes.

La France doit investir en priorité dans l'enseignement supérieur et la recherche. En dépit de nombreux atouts (un excellent système de formation primaire et secondaire, une sécurité sociale que le monde nous envie), la France est en effet mal préparée pour affronter les défis de l'économie de la connaissance et de la mondialisation. Un chiffre seulement résume tout: nous investissons chaque année moins de 1% du PIB dans l'enseignement supérieur, alors que les pays d'Europe du Nord et les Etats-Unis investissent près de trois points de PIB, soit trois fois plus!

Ensuite, la France doit investir dans les réformes structurelles : ouvrir les professions fermées, libéraliser le secteur de la distribution, établir un véritable « Small business act » pour les PME, mettre en place une véritable flexsécurité à la française avec un service de l'emploi efficace disposant des moyens nécessaires en matière de formation professionnelle: ces réformes sont coûteuses dans le court terme, on le sait, et pourtant indispensables pour générer une croissance forte et durable.

- Dans ces conditions, les responsables politiques doivent fixer des priorités, et expliquer aux Français qu'il n'est pas possible de tout faire en même temps. En tant que femme politique responsable, je veux dire qu'il n'est pas raisonnable de promettre aujourd'hui des baisses massives de prélèvements obligatoires. Tant qu’on n’a pas dit comment on allait régler le problème de la dette et surtout quand on sait que le gouvernement met à l’étude un nouvel impôt, la TVA sociale.

Surtout, on le sait, il faut affecter l'intégralité des ressources à ce qui relance la croissance en dynamisant tous les secteurs de l'économie. Croissance par l'investissement dans l'enseignement supérieur, la formation professionnelle, la recherche et l'innovation. Pour préparer les salariés et les nouvelles générations à relever les défis de la mondialisation, je veux que les salariés français soient les mieux formés et les plus productifs du monde. Et pour cela il faut tenir au pays un discours de vérité.

La croissance, comme le disent tous les économistes, les experts et les chefs d’entreprises, cela nécessite le pilotage sérieux de réformes sérieuses. Il faut préparer un véritable agenda des reformes, avec un calendrier précis des dépenses sur les différents secteurs. Il faut être très clair sur ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas financer à chaque étape. C'est cela qui redonnera à la France sa crédibilité économique auprès de ses partenaires européens, crédibilité qui nous fait cruellement défaut. C’est cela aussi respecter les Français.

- Or, le pouvoir actuel n’a t-il pas fait tout le contraire d'une politique sérieuse ? Il a distribué sans compter des cadeaux fiscaux pour des montants considérables: au total plus de 15 milliards d'euros en année pleine pour le paquet fiscal, soit l'équivalent d'une hausse de deux points de TVA sans avouer qu'en l'absence de croissance forte ces décisions vont conduire inexorablement à des dépenses injustes : de nouvelles franchises médicales, le projet de création d’une TVA dite sociale, un alourdissement de la dette, et l'impossibilité de financer des réformes de croissance véritables, celles que plusieurs de nos voisins européens ont entreprises. Un système dangereux est à l’œuvre pour notre économie. Surtout, les nouvelles dépenses de 15 milliards ne sont pas des investissements d’avenir. Croit-on vraiment préparer les Français à relever les défis de la mondialisation en dépensant des sommes importantes uniquement sur les heures supplémentaires ?

En revanche, et comme nous l’avions proposé, le renforcement du crédit d’impôt recherche annoncé hier va dans la bonne direction.

La politique étrangère soulève aujourd’hui beaucoup de questions.

La France se distinguait par une certaine cohérence de sa diplomatie. Quel spectacle donne-t-elle depuis deux mois ? En Afrique celle d’un président qui donne au Sénégal des leçons de gouvernance à l’Afrique et qui ose tenir des propos humiliants « l’homme africain qui aurait manqué son rendez-vous avec l’histoire » et qui, le lendemain, s’affiche au Gabon avec un chef d’Etat, archétype d’une vieille histoire. Où est la cohérence, où est le message, où est la dignité ?

Les Etats-Unis. Voilà un pays qui est touché par une crise d’identité, qui se cherche un rôle dans l’après guerre froide. L’Amérique est impliquée dans une remise en cause profonde de sa politique étrangère et nul ne peut ignorer le remarquable rapport James Baker, qui prône une nouvelle approche basée sur le dialogue plutôt que sur le rapport de force militaire. Le doute traverse le parti républicain lui-même et le peuple américain a validé cette nouvelle approche lors des élections au congrès et la présidence de Nancy Pelosi dont chacun se souvient des positions fermes et courageuses. A contre-courant de ce formidable mouvement, pourquoi le président de la République française s’est-il cru obligé de rencontrer le seul Georges bush et ensuite de dépêcher son ministre des affaires Etrangères dans une visite en Irak, si peu préparée, qu’elle n’a été saluée que par George Bush et que la proposition de conférence a été sèchement refusée par le gouvernement irakien. Où est la cohérence, où est le message, où est la dignité ?

Au même moment, nous constatons que Gordon Brown se démarque habilement et sans esbroufe de la politique néo-conservatrice de l’administration Bush.

Le monde attend autre chose de la France et je suis sûre que tôt ou tard les Français demanderont autre chose à leurs gouvernants. Cela m’amène naturellement à parler du renouveau de la gauche et de notre idéal socialiste.

Nous avons un travail politique passionnant à accomplir, parce que nous croyons à notre mission et que nous devons comprendre la France et le monde.

Le parti socialiste est à la fois un lieu de connaissance, de délibération, un laboratoire d’idées, enfin un outil de combats collectifs. Il le sera complètement s’il vit en osmose avec les citoyens dont il procède. Ses réunions doivent être ouvertes, les mouvements de société doivent être associés aux solutions qu’il élabore, les débats doivent nourrir ses propositions en amont, l’usage d’internet doivent lui permettre d’être au contact quotidien avec des millions de citoyens, pour faire partager son travail et ses valeurs. La participation massive de jeunes citoyens à l’élection présidentielle ou d’électeurs qui s’en étaient détournés constitue une injonction à changer à laquelle nous ne pouvons plus dorénavant nous dérober. C’est par centaines de milliers que ces électeurs qui ont partagé notre espérance doivent nous rejoindre car nous avons besoin d’eux pour accomplir la transformation nécessaire.

A ceux qui y verraient une utopie, je rappellerai que des centaines de milliers d’adhérents, c’est le droit commun des grands partis socialistes et socio-démocrates en Europe. Un parti rénové devra le permettre. C’est le défi de la rénovation. Au-delà de toutes les qualités du parti socialiste où nous nous sentons bien, de ses militants et de ses cadres, de ses dirigeants, dont je veux ici une nouvelle fois souligner avec force, l’incroyable, l’exceptionnelle, la fabuleuse mobilisation pendant la campagne.

Au-delà de toutes ces qualités, qu’est-ce qui ne peut plus durer au parti socialiste ?

* les champs clos d’affrontements obscurs

* des règlements de compte inutilement brutaux

* une violence verbale incompatible avec l’idéal socialiste

* parfois de la désinvolture alors que le vote des militants devrait être respecté par tous

* des luttes de place et de courants qui étouffent le débat d’idées et qui assèchent les sections.

On pourrait continuer longtemps la liste de ce dont nous sommes collectivement responsables. Constatons le gâchis de talent qui n’est plus possible face à une alternance. Le renouveau du parti socialiste doit aussi conjuguer efficacité politique, éthique du débat et des comportements.

Je n’hésite pas à le dire : il faut un parti réuni, amical et discipliné. Les phrases désobligeantes, outre leur vulgarité, font un mal terrible à l’œuvre collective. Changer de méthode, c’est ce qui fera aussi la crédibilité des propositions des socialistes car les Français sauront sur quoi ils peuvent compter.

De la qualité de notre rénovation dépendra celle de notre inscription dans la vie politique nationale.

Je vous appelle tous et toutes à vous emparer de ces débats qui s’ouvrent. J’appelle le plus grand nombre de citoyens à nous rejoindre et à tous les adhérents de Désirs d’Avenir à venir au PS. Je souhaite que tous les mouvements et sensibilités de progrès y soient associés le plus tôt possible. Les socialistes ne doivent pas rester entre eux. Nous avons vocation par la dynamique des débats au service des problèmes des gens que nous impulseront à favoriser les convergences de toute la gauche, des communistes, des radicaux, des écologistes et, s’il le souhaite, avec le Modem. Notre stratégie de projets municipaux doit être cohérente et éclairée par nos débats d’idées nationaux. Sinon, nos alliances seront indéchiffrables et il y aurait un risque évident de dispersion du parti.

Il y a une urgence de réforme. Oui, à droite, il y a non seulement des injustices qui se creusent, il y a un risque d’immobilisme. Nicolas Sarkozy et son gouvernement, au-delà des annonces et des lois sans moyens, doivent maintenant prendre leurs responsabilités et réformer en profondeur pour faire revenir la croissance. Le rôle de la gauche c’est de pousser à agir et dans le bon sens sans tarder. D’où l’urgence de définir une stratégie, de mettre en oeuvre de nouvelles formes d’organisation et d‘action et d’imposer nos idées et nos propositions dans le débat public. Elles s’imposeront par leur excellence d’autant plus naturellement qu’auront été mobilisées les plus grandes compétences et qu’elles auront été validées par le plus grand nombre.

Nous avons tous été témoins de l’immense désir d’avancer des Français. Ce pays est prêt pour les réformes mais sans celles-ci, il régressera très rapidement à l’échelle planétaire car d’autres pays et d’autres continents vont de l’avant et nous dépassent. La mission historique de la gauche et des socialistes, c’est de moderniser la France à la lumière de la justice et du progrès et d’être la voix de ceux qui n’ont pas de voix.

C’est pour cela qu’il faut être debout, être le lieu où convergent, avec bonheur et fraternité, toutes les intelligences collectives et continuer à se battre ensemble.

22.08.2007

les gracques

UN SONDAGE EXCLUSIF SOFRES-"NOUVEL OBSERVATEUR"-LES GRACQUES
Gauche : les électeurs face aux doutes du PS
NOUVELOBS.COM | 22.08.2007 | 18:24
59 réactions
Très durs les électeurs de gauche avec le PS. C'est l'un des enseignements d'un sondage Sofres-Nouvel Obs-Les Gracques.

Ségolène Royal, le 23 juin 2007 à Angles-sur-l'Anglin (AFP)
Les électeurs de gauche sont plus iconoclastes que le PS : c’est un des principaux enseignements du sondage exclusif SOFRES-Le Nouvel Observateur- Les Gracques, publié cette semaine dans le Nouvel Obs. C’est ainsi que 51 % des sympathisants de gauche jugent le programme socialiste "pas réaliste", 63 % "pas vraiment innovant" et 49 % "en décalage avec les aspirations des Français". Telles sont quelques unes des révélations de ce sondage qui revient sur les vraies raisons de la défaite de l’opposition à l’élection présidentielle, tout en montrant comment les Français entrevoient l’avenir de la gauche au moment où s’engage la rentrée politique.

Gauche : la tentation centriste
par Claude Askolovitch

L'AVANTAGE du désastre, c’est qu’il ne laisse pas de place au doute. Le PS doit changer, profondément, ou bien se résigner à végéter, cadenassé par un corpus idéologique lesté des évidences des années 70. Devenir moderne, recoller à la réalité et à l’opinion, ou bien péricliter, loin de son époque et d’un pays qui a bien changé… Le sondage SOFRES exclusif que nous publions, préparé par le Nouvel Observateur avec le groupe des Gracques, ces contestataires modernistes de la gauche révélés pendant la présidentielle, envoie aux dirigeants socialistes un message cruel : ils avaient faux, et sur toute la ligne. Le programme du PS, fruit de tant de patients compromis entre chapelles socialistes? Un projet ringard, impraticable et tue-l’amour ! Les chiffres sont accablants: 68% des sondés jugent le programme socialiste "pas réaliste", 74 % "pas vraiment innovant", 62% "en décalage avec les aspirations des français"! Les sympathisants de gauche eux-mêmes n’arrivent pas à donner quitus à leurs favoris: ils sont ainsi 63% à acter le manque d’innovation, 51% à constater le manque de réalisme, et 49% à admettre le décalage avec l’opinion. Les électeurs socialistes sont bons enfants, qui ont voté pour leurs champions en dépit de ce qu’ils proposaient! Ce jugement seul suffirait à justifier une révolution interne. Mais quand on entre dans les détails, le tableau se durcit. Méthodiquement, des totems de la gauche sont renversés par les Français. L’axe stratégique majeur, l’incontournable union de la gauche, tabou du PS depuis le congrès d’Epinay de 1971? Une vieille lune, répondent les sondés, qui lui préfèrent une alliance socialo-écolo-centriste! La recherche d’un pacte PS-Verts-Modem a les faveurs de 44% des Français et surtout, réponse saisisante, de 43% des sympathisants de gauche… En face, 29% seulement des sympathisants de gauche prônent un «renforcement des liens" du PS avec le PC et l’extrême-gauche! La diminution de la durée du travail, mesure emblématique de la gauche depuis les années 70 ? Une incongruité, rejetée par 68% des sondés et 58% des sympathisants de gauche! Pire encore ? Des mesures engagées par le gouvernement Sarkozy, combattues par la gauche sur le mode de l’anathème, sont largement approuvées. Ainsi, l’alourdisement des peines contre les mineurs récidivistes, ou le service minimum dans les transports publics… Quant à la régularisation des sans-papiers, elle est rejetée par 56% des sondés. De quoi sabrer le moral des patrons du PS, au moment où s’engage la rentrée politique? Ou au contraire, de quoi -en fin- réveiller les éléphants. Car le sondage éclaire la claque électorale du printemps. L’inadéquation de la pensée et du discours de gauche n’était pas affaire de circonstances. Si la gauche veut revenir au pouvoir, il devient absurde, face à une opinion ouverte à des solutions innovantes, de s’accrocher à des fondamentaux obsolètes. Les Français préfèrent la flexibilité du travail à la protection des salariés (49% contre 39%) pour combattre le chômage. Ils ne croient plus à la relance économique par les déficits ou les ristournes fiscales (le sarkozysme, ici, est jugé aussi daté que le socialisme) et préfèrent réduire la dette pour protéger les générations futures. Les voici raisonnables et adaptés. Epinay est enterré, Keynes est fatigué. Quant à Marx, qui est-ce? L’économie de marché, acceptée non sans mal par un PS perclus de mauvaise conscience antilibérale, est acceptée comme étant le «moins mauvais système", par 65% des sondés et 63% des sympathisants de gauche! En même temps, tout n’est pas si simple. Les sondés, excédés par le PS tel qu’il est, ne définissent pas nettement le PS tel qu’il devrait être. Leurs réponses sont contradictoires. Ainsi, les mêmes qui fustigent l’inanité du programme socialiste expliquent que ce programme n’a pas joué de rôle majeur dans la défaite (27% des sondés, 23% des sympathisants de gauche) bien moins en tous cas que «les rivalités internes au PS" (46% des sondés, 57% des sympathisants de gauche)! On pouvait donc l’emporter avec un mauvais programme, à condition de soigner les apparences ? Etrange conception de l’action politique, réduite aux ententes au sommet, fussent-elles factices… Autres contradictions: les sondés, qui fustigent l’absence d’innovation du PS, sont parfois très «traditionnalistes" dans leurs apprécations. Ils continuent de trouver «adaptée" l’augmentation du SMIC à 1500 euros (52% des sondés, 67% des sympathisants de gauche) que même Ségolène Royal portait sans y croire. Ils plébiscitent la retraite à 60 ans (65% des sondés, 69% des sympathisants de gauche) que les socialistes n’oseront jamais rétablir. Et ils rejettent la diminution du nombre de fonctionnaires (55% des sondés, 75% des sympathisants de gauche)! Tout en adoubant l’économie de marché, les sondés persistent à rejeter la mondialisation: 74% la jugent négative pour les salariés, 48% pour les entreprises. L’exception française est une sérieuse contingence pour les modernistes: les tabous du SMIC, de la retraite et des fonctionnaires, sont revendiqués à droite comme à gauche. En revanche, d’autres sujets sont clivants et montrent, encore, une opinion de gauche campée sur ses bases traditionnelles. Le renforcement de la sélection à l’université, admis par l’ensemble des sondés (43% pour, 43 contre), est nettement rejeté à gauche (55% contre, 35 pour). De même, la flexibilité du marché du travail, admise par 49% des sondés (50% au centre et 64% à droite) est rejetée (51% contre 39%) par l’opinion de gauche. La demande de réalisme, parfois, reste théorique. Et les pistes scandinaves (la flex-sécurité) ou anglo-saxonnes restent malaisées à explorer. “Le sondage montre que l’opinion est fluide et qu’il y a de la place pour un travail de conviction”, estime Bernard Spitz, un des animateurs des Gracques Le choix de l’alliance au centre mérite donc d’être considéré attentivement. Il peut montrer une véritable aspiration au changement et à l’innovation ou n’être qu’un simple accomodement tactique avec la réalité électorale. En 2002, les 10% obtenus par les candidats trotskistes et les 5% de Noel Mamère, écologiste gaucho-libertaire, avaient traumatisé un PS réduit aux 16% de Lionel Jospin... L’anti-libéralisme était maître de l’heure, et la social-démocratie sous surveillance. Le référendum européen aura marqué l’apogée et la fin de cette période. En 2007, l’extrême-gauche a reflué. Le PS a encore perdu, mais c’est la tentation centriste qui l’a ébranlé, et les 17% de Bayrou, qui, désormais, inquiètent et séduisent l’opinion socialiste. Mais, dans les détails, la belle construction intellectuelle d’un pacte PS-Verts-Modem détonne. Dans leurs réponses, les -rares- électeurs verts sont plus gauchistes que centristes. Et les sympathisants de Bayrou, sur les fonctionnaires, la flexibilité ou la sélection à l’université, sont plus proches des sondés de droite, que de leurs supposés futurs alliés socialistes. “ La situation du PS rappelle celle des travaillistes anglais avant les réformes d’Anthony Giddens, de Blair et de la troisième voie, analyse Bernard Spitz. Son incapacité à changer a dégagé un espace au centre, et le Modem concurrence le vieux PS comme les libéraux-démocrates menaçaient le vieux Labour. Un rapprochement peut hâter l’évolution. Mais si les socialistes se réforment, et proposent un projet moderne, cohérent et audacieux, ils reprendront leur espace naturel.” Nouvelle gauche, année zéro? CA

Ségolène épargnée
NOUVELOBS.COM | 22.08.2007 | 15:57
3 réactions
SEGOLENE Royal a de la chance. Le rejet du Parti socialiste a plus marqué l’opinion que son propre échec. Notre sondage lui sera une bonne nouvelle, à la veille de sa rentrée politique à Melle. Point par point, les sondés valident sa lecture de la défaite -alors qu’elle-même amorce une -légère- autocritique que l’opinion ne lui réclame pas!
La défaite ne lui est pas imputée: seuls 23% des sondés l’attribuent à sa personnalité, contre 27% au projet socialiste, et 46% aux “rivalités internes” du PS. A gauche, les chiffres sont encore plus nets: Royal n’est à blâmer que pour 16% des sondés, qui sont 57% à fustiger la division au sommet! Douce musique pour celle qui n’a cessé de se plaindre des méchancetés des éléphants. De même, la demande d’un rapprochement avec le centre vient valider sa main tendue à François Bayrou. Quelles qu’aient été les faux-semblants de ce pas de deux, il était plus en phase avec l’opinion que les fatwas anti-centristes d’une direction socialiste unie contre l’hérétique Royal! Enfin, l’ex-candidate reste la plus désirée des socialistes: 41% des sympathisants de gauche lui font “le plus confiance” pour “conduire la rénovation”, contre 20% à Dominique Strauss-Kahn, qui se prépare à lui laisser le champs libre en partant au FMI. Bertrand Delanoe ne séduit que 10% de l’opinion de gauche, Hollande 6 et Fabius 3!
En même temps, Ségolène Royal a payé pour savoir qu’un bon sondage ne garantit rien. Dominante à gauche, elle est devancée dans l’opinion globale par DSK (29% contre 26%): la crédibilité de l’ex-candidate reste problématique. Et sa domination à gauche tient aussi de la prime à la sortante, comme de sa situation particulière dans l’opinion. Bien qu’ayant porté les couleurs du PS, Royal reste perçue comme une opposante à son propre parti. Ce fut -et reste- la clé de son succès: être pour Ségolène, donc contre un PS devenu exaspérant! Rien ne change, malgré une élection présidentielle perdue. Comme il y a un an, Ségolène Royal existe d’abord parce que son parti n’existe plus vraiment. Le défi de la construction, lui, reste tragiquement entier

reb

n ne dirige ni une ville ni un pays replié sur son camp." C'est sur la base de ce constat, établi dans un entretien à paraître, jeudi 23 août, dans l'hebdomadaire Le Point, que François Rebsamen se déclare "favorable" à des alliances avec le MoDem pour les élections municipales de mars 2008.

"Les candidats présentés par le Parti socialiste doivent chercher le rassemblement le plus large", estime le maire de Dijon, précisant que ce rassemblement devrait s'opérer "sur la base de propositions communes". Concrètement, M. Rebsamen envisage "un désistement au second tour pour celui qui arrive en tête".



Par ailleurs, à trois jours de la fête de la Rose de Melle, le dirigeant socialiste prend la défense de Ségolène Royal, qui a "une légitimité électorale". "Elle a été battue mais, contrairement à Lionel Jospin qui, en 2002, avait assumé seul la défaite, elle s'est penchée sur les causes de l'échec", juge celui qui codirigea la campagne socialiste.

Valls

Manuel Valls : "Sortons le PS du carcan des courants"Propos recueillis par Nicolas Barotte. Publié le 21 août 2007Actualisé le 21 août 2007 : 18h47 Pour Manuel Valls, député-maire d'Evry, "une grande partie des idées de gauche se sont épuisées".
Le Figaro


Pour Manuel Valls, député-maire d'Evry, "une grande partie des idées de gauche se sont épuisées".
Le Figaro.
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Royal, décidée "à redémarrer", ne créera pas de courant au sein du PS
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Manuel Valls : "Sortons le PS du carcan des courants" Brice Hortefeux peine à atteindre ses quotas d’expulsions Raffarin veut relancer le débat européen Allègre et le PS, histoire d’un divorce Les nouveaux champs de Michel Barnier Pour sa rentrée politique, Hollande tacle Sarkozy Sarkozy divulgue le nom de ses hôtes Après la présidentielle, les altermondialistes ne réussissent toujours pas à unifier leur action L'UMP prépare l'ouverture aux municipales Retour | Rubrique PolitiqueSur certains sujets, le député-maire d’Évry serait prêt à faire «un bout de chemin avec la majorité».


Le FIGARO. – Comment jugez-vous sur les premiers mois de Nicolas Sarkozy?


Manuel VALLS. – Nous avons un président hyperactif. Cela ne me choque pas. Les Français lui ont donné la légitimité pour agir. Si l’hyperactivité ne peut pas être sa seule marque de fabrique, je me garderai bien d’un jugement hâtif. Cependant, je ne vois pas, par exemple, de stratégie économique et budgétaire. Au-delà de la méthode Coué, j’aimerais connaître les réponses du gouvernement face à la crise boursière. Le budget 2008 sera très difficile à bâtir avec une croissance molle et des déficits publics qui s’aggravent.


Le PS peut-il s’opposer sans avoir effectué son travail de rénovation intellectuelle?


Nous sommes au bout d’un cycle: une grande partie des idées de gauche se sont épuisées. Pour que le PS retrouve une crédibilité, il doit être porteur d’un projet vraiment différent. Cela demande du temps et beaucoup de travail. Si nous ne changeons pas en profondeur notre logiciel, nous resterons durablement dans l’opposition. Face à la droite, nous devons nous opposer en trouvant le ton juste, contrôler l’action du gouvernement, mais aussi proposer. Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité, à condition qu’elle nous entende, sur des sujets qui peuvent faire consensus. Je pense aux moyens qu’il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration.


Quels seront les sujets les plus difficiles à traiter pour le PS?


Nous sommes dans une économie de marché, il faut l’admettre définitivement. Nous devons dire également que le travail est une valeur, que nous ne sommes pas favorables à une société de l’assistanat. Nous devons tirer le bilan des 35 heures, être au clair sur les retraites et reconnaître que nous avons perdu une grande partie des salariés, séduits par le discours de Nicolas Sarkozy. Nous devons être aussi le parti de l’entreprise et des entrepreneurs, créateurs de richesses. Le deuxième sujet essentiel, c’est celui de l’autorité, qui est en crise. Une société a besoin de règles et d’ordre. L’autorité, républicaine, est une valeur de gauche, car son bon exercice permet de créer et de préserver le lien social, le « vivre ensemble».


Rénovation du PS et souci d’unité sont-ils compatibles?


Aujourd’hui, les socialistes apparaissent très divisés, alors même que les débats n’ont pas été menés. Ce qui nous a nui, c’est moins la confrontation que l’absence de volonté de trancher les questions essentielles.


Le PS doit-il associer le centre à sa réflexion?


Je n’ai pas d’opposition de principe à des discussions de fond avec le MoDem, à condition qu’il clarifie sa position vis-à-vis de la droite. Il est temps que nous ayons un débat sur nos alliances électorales, car je ne voudrais que ce soit la somme d’accords locaux aux municipales – ici à gauche, là avec le MoDem – qui définisse notre stratégie nationale.


Avec Arnaud Montebourg, Gaëtan Gorce et d’autres de la même génération, vous partagez le même appel à la rénovation…


Nous nous retrouvons d’abord sur l’idée qu’il faut sortir des carcans des courants et des écuries présidentielles qui ont ankylosé le PS. Nous souhaitons, ensuite, mener la rénovation des idées librement, sans tabou.


Formaliserez-vous un rapprochement lors du congrès?


Il est beaucoup trop tôt pour répondre. Je ne vais pas reproduire ce que je dénonce par ailleurs, c’est-à-dire un fonctionnement que nos militants ne supportent plus. Je ne veux plus du processus que nous avons vécu entre 2002 et 2007 et que la méthode proposée par François Hollande – attendre le résultat des municipales et ne pas affronter les grandes questions de fond – vise à reproduire pour que rien ne change.


Le nouveau leader du PS doit-il appartenir à cette génération?


Je le crois. Mais rien n’est écrit à l’avance. Il faut un changement à la tête du parti, c’est incontestable et attendu par les Français. Mais cela ne suffira pas à régler nos problèmes. Il faut aussi changer nos formes d’organisation et de débat pour être véritablement en phase avec la société.


Quel doit être désormais le rôle de Ségolène Royal?


Aucun leadership ne se décrète, mais elle a un rôle éminent à jouer. Il doit être intimement lié à la rénovation des idées. La campagne de Ségolène Royal a permis, parfois dans le désordre et l’absence de cohérence, d’avancer sur des questions comme le travail, l’ordre juste ou la nation. Faisons de cette période un véritable acquis.

Nouvelle Voix

Une rentrée à risque


Difficile pour le Gouvernement, la rentrée risque de l’être également pour le Parti socialiste. Saurons-nous en effet résister à la double tentation du déchirement comme de l’affrontement ?

Le déchirement, c’est celui qui nous menace depuis mai dernier et qui n’est au fond que la résurgence des vieilles fractures et des mauvaises habitudes. A cet égard, La Rochelle tombera, comme chaque année, on ne peut plus mal. Qui ne voit que ce rendez-vous, dans sa forme comme dans son contenu, est désormais totalement dépassé ? Au lendemain d’une nouvelle et profonde défaite, notre Parti a besoin de réflexion, de concertation et, j’ajouterais, de maturité et de modestie. «Le Carnaval» de déclarations en tout genre qui nous est offert chaque année au pied des tours en constitue le parfait contrepied. Le Bal des procureurs est déjà commencé : réquisitoire au titre accrocheur qu’on trouvera en librairie et que leurs auteurs auront tout loisir de commenter à l’extérieur, naturellement, des séances de travail.

Plutôt que ce rendez-vous surfait, sorte de concours des mondanités socialistes, ne faudrait-il pas plutôt tenir, à l’instar des travaillistes, une Conférence annuelle associant les dirigeants du Parti à des représentants élus directement par les sections, afin de maintenir vivant notre lien démocratique ? Cette conférence pourrait être préparée en amont par le travail d’un Conseil national qui redeviendrait un lieu de réflexion et de délibération collective.

L’affrontement, c’est celui dans lequel nous avons déjà, au cœur de l’été, choisi de nous engager avec la Droite. Cette tentation-là est d’autant plus forte qu’elle permet pour ses promoteurs de conjurer le risque du déchirement ou, à tout le moins, d’en limiter l’impact. Elle sert aussi au fond d’exutoire à l’absence de débat interne et invite au rassemblement contre l’adversaire à peu de frais.

La ficelle est cependant un peu grosse. Alors que le suffrage universel vient à peine de rendre son verdict, est-il raisonnable de se livrer à des condamnations systématiques sans appel, même si bien des dossiers peuvent le justifier ? Et quelle est la crédibilité de nos critiques dès lors qu’elles ne sont adossées à aucune contre-proposition cohérente ? L’opinion ne nous en voudrait pas de consacrer un peu de temps à panser nos plaies et surtout à penser l’avenir. D’autant plus que si certains sujets appellent une opposition sans concession, comme par exemple le bouclier fiscal, à la fois socialement injuste et économiquement dangereux, d’autres nécessiteront de notre part doigté et circonspection. Je pense en particulier à la réforme des retraites dont le bilan est prévu pour 2008. Ne serait-ce pas la marque d’un PS fort et sûr de lui que de proposer sur ce dossier, qui touche le cœur même de notre système de protection sociale, la recherche de convergences avec la majorité pour déboucher sur un accord national à l’espagnol ?

Celui-ci serait-il possible que le pays tout entier y aurait gagné. Serait-il impossible que l’opposition aurait fait la démonstration de son esprit constructif et de sa capacité à dépasser des différents stériles ?

Maîtriser ses humeurs, rénover son fonctionnement en privilégiant l’écoute de sa base et en redonnant tout leur rôle à ses instances, réévaluer son rôle en choisissant une opposition, ni caoutchouc ni frontale, mais simplement intelligente et efficace. Telles sont les bases sur lesquelles nous pourrions, dès cette rentrée, préparer et construire l’avenir. A supposer naturellement que ce soit bien cette préoccupation qui d’abord nous guide tous

21.08.2007

aurore

Parti socialiste: «Il faut ouvrir portes et fenêtres»
Aurélie Filippetti, députée et conseillère de Ségolène Royal, veut dépasser les étiquettes.
Par LAURE EQUY
QUOTIDIEN : mardi 21 août 2007
25 réactions
Aurélie Filippetti, 34 ans, est députée de Moselle. Conseillère de Ségolène Royal pendant la présidentielle, elle veut que le parti tire un «bilan sans tabous ni règlements de compte».

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Vous avez participé au groupe de travail de Royal sur le bilan de la campagne. Qu’en retenez-vous ?
Ce séminaire avait pour but d’analyser la défaite et de construire une réflexion sur la suite, certainement pas de fonder un nouveau courant. Je pense qu’il est urgent de travailler sur le fond pour offrir aux Français des réformes hors du prêt-à-penser et relever les défis de la mondialisation grâce à la société de la connaissance. Tout ce travail commence et prend du temps, des pistes ont été lancées pendant la campagne, mais nous n’avons pas toujours eu le temps nécessaire. Elles sont maintenant à approfondir.
Quel rôle va jouer l’ex-candidate dans la rénovation du parti ?
Un grand rôle ! Ségolène Royal n’est pas du tout obtuse sur sa défaite : elle va publier à la rentrée un livre sur l’analyse de son échec. Elle a rassemblé derrière elle 17 millions de Français et a incarné une nouvelle manière de faire de la politique. C’est donc fondamental que l’on continue de travailler avec elle sur la rénovation. Mais elle doit continuer à garder toute sa liberté d’expression. Le PS ne doit ni l’enfermer ni oublier ce qu’elle a capitalisé.
Les diverses contributions sur la rénovation ne risquent-elles pas de se faire concurrence ?
Tout ce qui est travail sur le fond est bon à prendre. Le calendrier adopté en conseil national va permettre à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice. Ensuite, les contributions devront converger, mais nous sommes encore dans une phase où les idées peuvent bouillonner ici et là. Ces initiatives personnelles sont utiles tant qu’elles ne concurrencent pas le parti. Pour le moment, l’essentiel est d’ouvrir portes et fenêtres, d’associer des personnes extérieures, chercheurs, associatifs, et de créer une ébullition intellectuelle et politique pour construire une gauche moderne. Et il est temps de sortir des étiquettes. A la fête de la rose de Frangy, je suis invitée par Arnaud Montebourg avec d’autres socialistes de sensibilités différentes [des membres du «contre-gouvernement» à l’Assemblée nationale, ndlr].
Qu’attendez-vous de l’université d’été de La Rochelle ?
Ce sera un moment de retrouvailles et un point de départ pour le nouvel élan à donner au parti. Notre bilan, nous devons le faire sans tabou et en toute transparence, mais hors des règlements de comptes et des attaques personnelles. Et puis, avec la politique menée par Nicolas Sarkozy, les Français verront dès la rentrée les limites des slogans de campagne en matière économique.

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