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05.10.2007
depression
La dépression au travail pour la rentrée sociale
Crédit Photo : sxc.hu
La conférence sociale, qui réunit gouvernement, syndicats et patronat ce jeudi, s'intéresse aux conditions de travail et notamment à la dépression.
Une pathologie encore tabou en milieu professionnel.
Matthieu DURAND - le 03/10/2007 - 18h25
Gouvernement, patronat et syndicat inaugurent ce jeudi la première des conférences sociales de la rentrée. Au sommaire : les conditions de travail. Seront notamment évoqués la prévention des troubles musculo-squelettiques, la présence des substances toxiques dans l'entreprise et les risques psychosociaux : stress, dépressions, suicides...
La France est ainsi le troisième pays, derrière l'Ukraine et les Etats-Unis, où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses, selon l'OMS. Il est difficile d'appréhender l'importance exacte du phénomène car les études et statistiques sont peu nombreuses. "La dépression est une maladie qui implique beaucoup de différents facteurs, tant personnels que professionnels", prévient le docteur Daniel Ferreira, médecin du travail dans le Val d'Oise, interrogé par LCI.fr. En conséquence, "il est difficile de faire la part des choses" entre ce qui relève de "l'environnement familial privé" et "l'environnement professionnel". Reste que depuis plusieurs années, le docteur Ferreira "constate [en entreprise] la part plus importante des problèmes de santé mentale, notamment dans les décisions d'inaptitudes".
Facteurs de stress
Grands groupes comme PME, secteurs privé et public, c'est l'ensemble du monde du travail qui est concerné par ce phénomène. Organisation, management, horaires de travail... "Tous les facteurs de stress peuvent être à l'origine de symptômes de dépression", pointe le médecin du travail. C'est particulièrement vrai "quand on demande à quelqu'un d'accomplir une tâche sans lui donner les moyens adéquats" et "quand il n'y a pas de marge de manœuvre".
"Au travail, c'est
mal vu de dire
qu'on est déprimé"
Dr Jean-Hervé Bouleau
Lorsque la dépression pointe, beaucoup d'employés n'hésitent plus à l'évoquer à leur médecin du travail. Mais pas à leur employeur. "Au travail, c'est mal vu de dire qu'on est déprimé", acquiesce le docteur Jean-Hervé Bouleau, chef de service du pôle de psychiatrie à l'hôpital de Pontoise, dans le Val d'Oise. Aussi certains salariés préfèrent-ils taire leur souffrance : "Ils essaient de s'adapter sans se faire soigner mais ils ne tiennent pas", remarque le Dr Bouleau. "Ces dépressifs cachés finissent en arrêt de travail, parfois pour d'autres symptômes : problèmes lombaires, douleurs multiples..., ajoute-t-il. Or, il est important qu'une personne dépressive ne perde pas son travail, l'insertion sociale et professionnelle étant capitale" pour vaincre la maladie.
Détecter pour prévenir
D'où l'importance de savoir détecter les symptômes de la dépression, y compris dans ses aspects physiques. Une démarche au cœur d'un programme européen (EAAD, European alliance against depression) testé en France à l'hôpital de Pontoise. Le principe : impliquer et former les généralistes mais aussi les "populations relais" (médecin du travail, éducateurs sociaux, surveillants de prison...). En Allemagne, le programme a ainsi permis de faire baisser de 25% les gestes suicidaires.
Mieux formés, les médecins du travail peuvent alors proposer des plans d'action dans les entreprises où les cas de dépression apparaissent. "Certains employeurs se braquent tandis que d'autres sont au contraire demandeurs pour prévenir ce risque psychosocial", assure le Dr Ferreira. "La dépression n'est pas reconnue comme maladie professionnelle", pointe-t-il. Selon lui, une telle reconnaissance, sur la base de définitions claires, "obligerait les employeurs à davantage s'impliquer dans la prévention".
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