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03.03.2008

précarité

Immersion dans le monde du travail précaire

Dans son livre "Et pourtant je me suis levée tôt", Elsa Fayner, journaliste, raconte ses trois mois d’immersion dans le monde du travail précaire. Elle y décrit des conditions de travail épuisantes, des emplois du temps fluctuants, des entorses au Code du travail, des techniques de management infantilisantes ou humiliantes.





En janvier 2007, Elsa Fayner s’installe à Lille dans un foyer de jeunes travailleurs. Munie d’un CV allégé, elle se lance dans la recherche d’un emploi. "J’ai commencé cette enquête en pensant que je travaillerais au Smic pour 35 heures. Très vite, j’ai constaté que je devrais raisonner en terme de Smic horaire avec un salaire oscillant entre 500 et 700 € pour un temps partiel", souligne-t-elle.

Des jeux à gratter et un pot de confiture pour les meilleurs. Le premier emploi qu’Elsa décroche n’est ni un CDI, ni un CDD mais un CIPI (Contrat d’insertion professionnelle intérimaire) en tant que télévendeuse d’abonnements téléphoniques. "Je pensais commencer par un emploi facile : parler, conseiller, rester assise derrière un bureau, au chaud, sans effort physique", écrit-elle. La réalité est tout autre : des techniques de ventes qui s’apparentent à "un vrai lavage de cerveau", 300 appels par jour, interdiction d’aller aux toilettes durant les heures de travail, un ordinateur qui calcule le temps passé entre chaque appel, des jeux à gratter en guise de récompense pour les meilleurs vendeurs, un pot de confiture pour les meilleures équipes. "Les objectifs fixés sont impossibles à atteindre mais le discours tenu a pour but de culpabiliser l’individu : s’il échoue, c’est de sa faute", explique Elsa Fayner.

Un planning différent tous les quinze jours. Deuxième expérience pour Elsa Fayner : un poste de serveuse de hot-dogs dans une cafétéria d’un magasin Ikéa. Un contrat de vingt heures par semaine avec un planning qui change tous les quinze jours : difficile dans ce cas de cumuler deux emplois à temps partiel, de travailler plus pour gagner plus.

Le choix entre taylorisme forcené ou chômage. Elsa Fayner travaille ensuite en tant qu’employée d’étage dans un hôtel quatre étoiles en CDI. Neuf heures de travail par jour, de 13 à 22 heures, cinq jours d’affilée pour 1400 euros bruts. Elle découvre des conditions de travail épuisantes, "un subtil alliage de polyvalence forcenée et de taylorisme improvisé". Si certains abandonnent face à la "cadence des interminables journées", pour nombre de ses collègues, avoir un CDI est "une chance" d’échapper au chômage même si après des années en poste "ils n’ont pas décollé du Smic". "J’ai rencontré au cours de cette enquête des jeunes femmes âgées de 22-23 ans qui étaient déjà sur le marché de l’emploi depuis l’âge de 18 ans. Elles sont jeunes mais déjà usées, désabusées par leurs conditions de travail, la fatigue physique et morale, des horaires décalés et l’instabilité professionnelle. Pourtant, la plupart de ces personnes ont le goût du travail bien fait", insiste Elsa Fayner.

En savoir plus

Et pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires
E.Fayner
Ed. Panama, 2008,
172 pages, 15 €