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17.03.2008

canard sans tete

La démocratie française : un canard sans tête.


Non, ce titre ne vise pas Nicolas SARKOZY. Il n'y aurait pas d'un côté le corps du palmipède, gavé de collectivités territoriales socialistes, et de l'autre, la tête coupée, le sommet décapité, le sommet de l'Etat bien sûr…

Non, ce titre est un constat incrédule et inquiet, d'un militant de gauche, républicain, face à la situation politique et civique nationale.




D'abord, l'abstention record,
dont personne ne parle vraiment, alors qu'elle révèle le retour de la démobilisation civique. Les participations exceptionnelles au référendum du 29 mi 2005 et aux élections de 2007 étaient-elles finalement des parenthèses dans une lente mais inéluctable érosion de la conscience et de l'acte civique ?


Ensuite, l'effet essuie-glace.
1981, victoire de François MITTERRAND et de la gauche. 1983, victoire de la droite aux municipales. 1986, victoire de la droite aux législatives. 1988, large victoire de François MITTERRAND et de la gauche. 1993, raz-de-marée de la droite aux législatives. 1995, victoire de Jacques CHIRAC. 1997, victoire de la gauche aux législatives, Lionel JOSPIN Premier Ministre. 2001, victoire de la droite aux municipales. 2002, victoire de Jacques CHIRAC et de la droite. 2004, victoire de la Gauche aux régionales. 2007, victoire de Nicolas SARKOZY et de la droite. 2008, victoire de la gauche aux municipales et cantonales. On n'est même plus dans l'alternance, on est dans le zig-zag permanent.




Enfin, l'incohérence.
On savait déjà que la politique n'a pas grand chose à voir avec le mérite. Mais tout de même, on cherche au moins une logique dans le résultat de ces municipales. Et parfois vainement : Juppé, limogé en 2007, ovationné en 2008 ; Brard, conforté en 2007, bafoué en 2008 (au passage, bravo l'électorat PS, qui a fait le jeu de Voynet)… Etc.

Sanction anti-gouvernementale ? Sans doute. Mais comment expliquer les bons scores des Ministres au premier tour, et même d'une certaine façon la remontée réalisée par Xavier DARCOS à Périgueux, qui a perdu de peu, alors que Ségolène ROYAL avait été très largement majoritaire dans sa ville ?

Succès du Parti Socialiste ? Statistiquement, oui. Mais politiquement… Le Premier Secrétaire du P.S. est plébiscité par sa ville et conquiert son département ; il acquiert ainsi l'un des attributs qui peuvent faciliter un destin présidentiel. Mais c'est au moment où… il renonce à conduire le P.S.. Le Maire de Paris est très confortablement réélu. Mais la participation des Parisiens a été particulièrement faible, et le Maire de Paris s'est montré peu partageur de sa victoire avec des alliés dont il aurait pourtant besoin pour relever la gauche. La candidate PS à la présidentielle de 2007, quant à elle, a commenté abondamment ces succès municipaux et cantonaux, auxquels elle n'a pourtant pris aucune part, si ce n'est à travers quelques meetings de soutien, n'étant pas candidate elle-même. Le P.S. n'a donc pas encore de leader sérieux. Il n'a surtout, hélas, toujours pas de projet cohérent.

Mort du MoDem ? Il a effectivement du plomb dans l'aile, après l'échec de François BAYROU et Marielle de SARNEZ. Et pourtant, ses résultats de premier tour, assez corrects, révèlent qu'il existe une attente d'un choix politique autre que le P.S. et l'U.M.P.. Le Pôle Républicain de Jean-Pierre CHEVENEMENT avait échoué à répondre à cette attente en proposant une vraie politique alternative ; le MoDem semble échouer, a fortiori, à canaliser cette attente en proposant une politique comparable à celle des deux grands partis…




Une joie à consommer avec modération
On se retrouve donc, au soir de ces élections locales, avec des raisons de se réjouir. Le gouvernement est sanctionné, des camarades ont été élus dans nos villes et nos villages. Je salue la belle victoire du MRC à Belfort, le succès de mon camarade PS Philippe NAUCHE à Brive, et chacune, chacun d'entre vous, a d'autres exemples en tête.

Mais la gauche n'a pas pour autant d'horizon, de crédibilité, de cohérence, de souffle, à proposer à une France en panne de pouvoir d'achat, d'emploi, dont les services publics et les mécanismes de solidarité sont ébranlés, dont la cohésion nationale est fissurée, dont le rayonnement mondial est contesté…




Y'a-t-il un chirurgien pour le canard sans tête ?
Elle risque même, cette « gauche », de s'endormir sur ses lauriers municipaux et cantonaux, au lieu de se mettre en chantier, pour se hisser à la hauteur des enjeux nationaux, européens et mondiaux.

Et il n'est pas sûr que, démobilisé, désabusé, et naviguant à vue, l'électeur français s'engage pour relever la gauche. Il n'est même pas sûr qu'il y croit, même s'il a voté P.S. des deux mains (l'une municipale, l'une cantonale) dimanche dernier…

Comment ne pas voir dès lors, dans ces résultats, la démocratie française comme un gros canard à qui, depuis longtemps, le « pareil au même » européïste a coupé la tête, mais qui continue son chemin, à la fois automatique et erratique, vers l'isoloir, prenant tantôt un bulletin PS, tantôt un bulletin UMP…

... Jusqu'à ce que, peut-être, les salariés de Renault ne déclenchent une grande grève contre les cadences infernales et le harcèlement qui pousse aux suicides… à moins qu'un Villiers le Bel quelconque ne s'embrase, et après lui l'Ile-de-France ? Mais quelle alternative politique, alors ? Et si nous voulons éviter que le peuple, lassé de la stérilité de l'élection, ne lui préfère l'insurrection, c'est cette alternative politique qu'il faut préparer.

Les militants de la cause républicaine doivent dès lors dépasser la satisfaction superficielle des quelques conquêtes de sièges, quoi qu'éminemment respectables, glanés ce dimanche. C'est à une reconstruction intellectuelle, politique, militante, civique, sociale que nous devons nous atteler.

Une reconstruction de la République. Une opération de chirurgie réparatrice très périlleuse, aux chances incertaines, pour greffer à nouveau une tête au canard, et donc un cap à notre démocratie…