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18.05.2008

panorama

Jusqu'à six outsiders possibles…
En avril, ne te découvre pas d'un fil, en mai lance-toi pour le congrès. Ségolène Royal a annoncé vendredi 16 mai lors d'une réunion publique à La Bellevillloise, à Paris, qu'elle serait candidate à la direction du PS «si les militants le jugent utile» lors du congrès de Reims. Une façon de griller la politesse à son principal rival, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui doit publier un livre et organiser une réunion de ses soutiens dans la semaine à venir.

Faisons d'abord le point sur le calendrier. Après une première consultation militante le 29 mai, pour adopter la nouvelle déclaration de principes et la réforme des statuts, actuellement débattus dans les sections et définitivement avalisés le 16 juin, date de la convention nationale du PS entérinant les votes des adhérents. Chacun pourra ensuite déposer une contribution au congrès jusqu'au 1er juillet. Puis, après l'université d'été de La Rochelle (du 29 au 31 août), viendra le dépôt des motions, le 13 septembre, textes sur lesquels devront se prononcer les militants (le 23 octobre), avant dépouillement lors du congrès (8, 9, 10 novembre). Enfin, le 13 novembre, les militants éliront leur premier secrétaire national, logiquement issu des signataires de la motion arrivée en tête, ou des motions ayant recueilli le plus de suffrages après synthèse.

Royal/Delanoë, vers un duel au sommet

Si Ségolène Royal a pris les devants avec le lancement il y a un mois d'un nouveau site participatif, elle réaffirme ce mercredi dans Le Parisien sa «décision d'assumer (ses) responsabilités de leader politique», tout en gardant un brin de pseudo-mystère. «Lorsque je vous dirai si oui ou non je suis prête à assumer cette position de leadership, je le ferai en expliquant pourquoi, avec quelle vision et quel projet», explique la présidente du Poitou-Charentes. Une formulation telle, qu'on ne la voit pas vraiment dire non. Toutefois, la réussite de l'entreprise Royal (cliquez ici pour en connaître les détails) ne semble plus aussi garantie que lors de la dernière primaire à la présidentielle. En cause, une carte de France militante assez floue (plus de précisions en cliquant ici), une orientation pour l'instant définie par un court texte d'introduction et dix questions. Et l'avènement d'un concurrent de taille.

Bertrand Delanoë est également passé à l'offensive. Face au «congrès utile et serein» proposé par Royal, il préfère un «grand congrès» reposant sur les mots «clarté, courage et créativité». Après un long mois passé à discuter et organiser son réseau, le maire de Paris a lancé mercredi 7 mai son site internet, où figure onze pages d'un texte qui préfigure son ambition au prochain congrès. Membre du PS depuis sa création, mais faisant malgré tout figure de nouveauté dans le cimetière des éléphants socialistes, il affiche une liste non négligeable de soutiens. Profitant de l'architecture du courant Jospin (Harlem Désir, Kader Arif, Elizabeth Guigou, Daniel Vaillant), renforcé par des maires de grandes villes (Grenoble, Toulouse, Strasbourg) et beaucoup d'élus parisiens, Delanoë peut nourrir de sérieux espoirs pour prendre la tête du parti. Mais lui comme Royal sont loins d'être assurés d'une majorité des votes militants.

Car face à ces deux favoris issus de l'ancienne motion majoritaire formée autour de François Hollande depuis 1997, les anciens courants se réorganisent, les individualités font acte de candidature et la gauche du parti tente de revivre…

Derrière le duel Royal/Delanoë, ils sont six attelages différents à avoir affiché leurs ambitions. Pêle-mêle: les "reconstructeurs", deux gauches du parti, un duo de "jeunes lions", et deux individualités. Revue de détail.

Les reconstructeurs, ou l'alliance stratégique qui se voit en troisième force
Ce sont ceux qui travaillent depuis le plus longtemps. Mais depuis l'été 2007, leur groupe ne cesse de connaître des mouvements internes. Les reconstructeurs sont aujourd'hui constitués de proches de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius, sorte de réunion de courants étêtés, à laquelle sont venus se greffer Martine Aubry et ses proches. Problème principal, pour cette force transcourant aux effectifs inconnus même pour ses leaders: l'absence d'unité autour d'un débouché politique. Si les représentants de ces reconstructeurs assurent avoir travaillé sur le fond (ils officialiseront leur démarche le 1er juin), ils se divisent encore sur la forme. Ralliement à Bertrand Delanoë (tel que le souhaite Jean-Christophe Cambadélis), ou promotion de l'un d'eux comme meilleur dénominateur commun (Martine Aubry ou Claude Bartolone).

Moscovici/Montebourg, deux francs-tireurs qui naviguent à vue

Ils ont commencé leur aventure pré-congrès avec les reconstructeurs, mais s'en sont éloignés en duo après que chacun a révélé une ambition différente. Bien que Pierre Moscovici affiche ces certitudes, on ne le voit pas aller jusqu'à la motion, en tout cas pas tout seul. Et pas uniquement avec les amis d'Arnaud Montebourg. Après le dépôt d'une contribution commune, ils devraient négocier leur rapprochement, sans forcément abandonner leurs projets respectifs (succéder à François Hollande pour Moscovici et remplacer Jean-Marc Ayrault à la présidence du groupe PS pour Montebourg). Reste à savoir qui sera l'heureux rallié, tant la géométrie des accointances successives des deux jeunes lions est variable.

Manuel Valls, l'aile droite provocatrice

Il s'assure tenté par une aventure jusqu'au bout, pour essayer de renverser la table socialiste en préférant l'héritage de Clemenceau à celui de Jaurès (lire son interview à Mediapart en cliquant ici). Ancien rocardien puis proche de Lionel Jospin, il ne compte aucun soutien et, quoiqu'il s'en défende, il n'a pas d'autre alternative qu'un soutien à Ségolène Royal (qu'il accompagne actuellement dans sa démarche participative). A moins de devenir le nouveau blairiste du parti, après Jean-Marie Bockel et son 1% lors du dernier congrès. Même s'il s'avoue plutôt clintonien…

Julien Dray, l'inébranlable confiance en soi

Cela fait longtemps qu'il a déclaré ses intentions (voir la vidéo de son passage à Parlons net). En début de semaine, l'ancien héraut de la Gauche socialiste assurait que «le temps est encore à la discussion» et ne semble pas douter de son utilité: «Le PS est plus uni qu'il ne le sait lui-même et moi, je suis le cœur de la majorité du parti. C'est moi qui ai fait les majorités des congrès de Dijon et du Mans, comme celle de Ségolène Royal.» Mais à force d'être en marge de toutes les majorités potentielles, Julien Dray court le risque de ne plus être au centre du jeu… et de voir s'envoler son rêve de calife.

Benoît Hamon, l'aile gauche sur les ruines du NPS

Des quatre intiateurs du Nouveau parti socialiste, qui a recueilli presque 20% des voix des congrès de 2003 et 2005, il est le seul à être resté. Sans Dray, ni Peillon, ni Montebourg, l'eurodéputé et ancien président du MJS compte essentiellement sur les quarterons de jeunes militants issus des mouvements de jeunesses et des syndicats (Unef, UNL), ainsi que sur les amis d'Henri Emmanuelli. Ancien proche de François Hollande, il a pour lui d'être le plus jeune des prétendants (40 ans), modernisant à lui seul ce que certains nomment la gauche archaïque. S'appuyant sur les travaux de La Forge, et après huit forums régionaux, à partir du 24 mai, une contribution nommée Reconquête(s) devrait être annoncée le 28 juin, à l'occasion d'une réunion nationale…

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, ou la refondation à gauche

Vieux routiers des congrès socialistes et figures de la gauche du parti, Lienemann et Quilès sont à l'heure des choix. Leur club Gauche avenir arrivé au bout de son processus de réflexion, reste à en définir le débouché. Continuer à promouvoir la création d'un nouveau parti sur le modèle allemand de Die Linke (déçus du PS réformiste + PC, Jean-Claude Gayssot étant de l'aventure) ou chercher à imposer cette idée lors du congrès. D'après l'un des responsables de Gauche avenir, «vu qu'on n'avait pas de force, il fallait être l'embryon d'un début de liant de motion unique à la gauche du parti, car il y a chez nous des proches de Mélenchon et on organise des débats avec Benoît Hamon».

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