30.08.2008

Revue de la Presse des universités d'été

Du coté de la Rochelle …

Le Figaro
30/082008

• EN DIRECT DE LA ROCHELLE. «Plus que jamais» postulant à la succession de François Hollande, l'élu strauss-kahnien ne fait plus de sa candidature «un préalable» pour nouer des alliances avec Martine Aubry, Gérard Collomb et le pôle écologique du PS.

Si la nuit porte conseil, à La Rochelle, une soirée peut parfois avoir les mêmes vertus. A l'issue d'une réunion à huis clos des strauss-kahniens dans le centre de La Rochelle vendredi soir, Pierre Moscovici a annoncé que sa candidature au poste de premier secrétaire du PS ne constituait plus un «préalable» pour constituer des alliances avec d'autres pôles en vue du congrès de Reims du 14 au 16 novembre.
Alors que de nombreux responsables socialistes occupaient les terrasses de café et des restaurants du port de La Rochelle jusque tard dans la nuit de vendredi à samedi, Pierre Moscovici est revenu devant quelques journalistes sur «l'évolution» de sa position. Comme il l'avait assuré quelques heures plus tôt devant les militants signataires de sa contribution «Besoin de gauche», rédigée en tandem avec Arnaud Montebourg, il a assuré être «déterminé à aller jusqu'au bout». «Je suis plus que jamais candidat. Je suis très déterminé», assure celui qui se veut persuadé d'avoir désormais les moyens d'emporter le congrès.
Les moyens ? Epaulé par le président du conseil général de Saône-et-Loire, il a proposé la fusion de leur contribution avec celles de Martine Aubry, de la «Ligne claire» du maire de Lyon Gérard Collomb et du patron des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guérini, ainsi que celle du Pôle écologiste. Objectif : mettre sur pied une large motion commune pour emporter la mise en novembre.
«Ni ostracisme, ni contact» avec Laurent Fabius
Attaché à la crédibilité publique de cette démarche, Pierre Moscovici a néanmoins posé «trois conditions» pour réaliser cette motion : «le refus de la présidentialisation du parti», et «des primaires» pour désigner le (la) futur(e) candidat(e) socialiste à la présidentielle de 2012. Troisième point, enfin : «que le PS se mette au travail». Une dernière exigence qui ne devrait pas déplaire aux membres de «Ligne claire», notamment Manuel Valls.
Interrogé tard hier soir par le figaro.fr, le député-maire d'Evry ne cachait pas sa lassitude devant «l'absence d'idées au PS», «un parti qui ne travaille plus depuis 18 mois» et l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Il trouve même que le PS, où règne «une confusion totale», va se présenter à Reims en plus mauvaise posture encore qu'avant le Congrès de Rennes de 1990. Un congrès de triste mémoire pour la gauche qui avait vu un duel fratricide entre Lionel Jospin et Laurent Fabius, laissant alors un parti en miettes et laminé ensuite à toutes les élections locales et nationales jusqu'en 1995.
Reste, justement, le cas Laurent Fabius. «Ni ostracisme, ni contact pour le moment», résume clairement Pierre Moscovici. «Nous sommes ouverts. On verra plus tard. Peut-être…», sourit-il, pas très chaud pour faire rentrer un présidentiable et ancien premier ministre dans une démarche politique potentiellement victorieuse. Martine Aubry reste donc à ses yeux une «partenaire privilégiée». Problème : la maire de Lille travaille déjà depuis «plusieurs semaines», dixit Claude Bartolone, avec les amis de Laurent Fabius. Il n'est donc pas exclu que Pierre Moscovici doive faire encore quelques concessions pour voir concrétiser son ambition.
• Toute la journée, les socialistes ont poursuivi, en parallèle, leurs stratégies de congrès.

À La Rochelle, «c'est le moment où tout le monde se parle». Dans les couloirs de l'Encan, où le Parti socialiste tient son université d'été, le député européen Benoît Hamon commente les stratégies de congrès. Beaucoup de paroles, quelques images fortes, pas mal de bluff. Et aucune conclusion qui permette de savoir qui remportera le congrès de Reims en novembre. Récit d'une journée marathon.
Hollande pense à autre chose. À son arrivée, François Hollande insiste, encore et toujours sur l'unité. C'est sa dernière université d'été en tant que premier secrétaire : «Il n'y a pas de moment facile pour être premier secrétaire. Quand on est dans l'opposition, il faut être capable de ne pas y rester trop longtemps», dit-il à propos des onze ans qui s'achèvent. Avant l'ouverture officielle des travaux, il vient conclure le séminaire des élus socialistes. Appliqué, Bertrand Delanoë est le premier ténor à arriver dans l'amphithéâtre. Attentif, il écoute François Hollande se féliciter que les élus socialistes soient plus nombreux que l'année dernière, puis vanter les mérites du «collectif».
À table. Trois rendez-vous parallèles. À 13 heures, la maire de Lille, Martine Aubry, déjeune avec la presse. Une demi-heure plus tard, Ségolène Royal et François Hollande ont rendez-vous, à l'Aquarium, pour une conférence de presse avec les présidents de Région PS. Pendant ce temps, les grands élus signataires de la contribution «La ligne claire» rencontrent les journalistes. Ils ne souhaitent pas qu'un présidentiable prenne la tête du PS. Pierre Moscovici est donc pour l'instant leur candidat. D'ailleurs, l'ancien ministre vient les saluer à la terrasse du café Les Grands Yachts.
La grand-messe d'ouverture. «Les Français nous le disent comme Juliette Gréco nous le chante : “Aimez-vous les uns les autres ou disparaissez !”» Accueillie par une standing ovation d'une partie de la salle et de longs applaudissements, Ségolène Royal plante le décor. Elle appelle donc à mettre un terme aux dissensions. «Ayons le courage de le reconnaître avec lucidité, c'est le début de la solution.» Ostensiblement installé au fond de l'amphithéâtre, Bertrand Delanoë échange des sourires entendus avec son lieutenant Harlem Désir. Le maire de Paris ne se joint pas aux salves d'applaudissements qui ponctuent le discours de la présidente de Poitou-Charentes. Tout juste applaudit-il à la fin, du bout des doigts. Sur le parvis, Hollande assure que Royal doit avoir «pleinement sa place» au PS.
La pique de Jospin. Dans le hall, Lionel Jospin n'est entouré que de quelques caméras. Beaucoup moins qu'auparavant. L'ancien premier ministre fait mine de ne pas entendre les questions sur le congrès et raconte à son ami Jean-François Fountaine qu'il a suivi «les compétitions de voile aux Jeux olympiques». Jospin intervient lors d'une table ronde sur la social-démocratie. Sa copie est soigneusement préparée. Et il a dissimulé dans son exposé méthodique une pique à l'encontre de Royal. Après avoir rappelé que seules les stratégies de rassemblement de la gauche avaient permis au PS de s'emparer du pouvoir, en 1981, 1988, 1997, il plante sa banderille. Avant d'envisager de nouvelles alliances, «nous aurons besoin d'une délibération collective, à l'opposé de ce qui fut fait lors de la dernière élection présidentielle». Une allusion à la volonté de Royal de s'allier avec le MoDem entre les deux tours. Au premier rang, Delanoë apprécie.
Soirée privée chez «Besoin de gauche». Après avoir hésité, les signataires de la contribution «Besoin de gauche», qui rassemble Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg et Jean-Christophe Cambadélis ont décidé de se réunir à huis clos. Un signe de tensions internes. Premier signataire, Moscovici voudrait déposer une motion qui puisse concurrencer celle des présidentiables. D'autres pensent qu'une alliance avec Martine Aubry et les partisans de Laurent Fabius est nécessaire pour remporter le congrès.
Pineau et chabichou pour les royalistes. Avant de repartir en voiture pour Paris et de s'envoler ce matin pour la fête de L'Unita à Florence, Ségolène Royal a retrouvé les siens pour un pot de l'amitié, autour d'un verre de pineau et des morceaux de chabichou. Parmi ses proches, certains, comme François Rebsamen et Vincent Peillon, espèrent la convaincre de rejoindre un rassemblement majoritaire plutôt que se présenter seule face aux militants.
Delanoë studieux. Le maire de Paris, qui s'est appliqué à faire le tour des militants toute la journée, a donné rendez-vous à ses partisans dans un amphi de l'université de La Rochelle.
Le point 30/08/2008
Fusionnera ou fusionnera pas ? Entre Martine Aubry et Pierre Moscovici, un duel qui ne dit pas son nom s'est instauré en vue du congrès de Reims de novembre où sera élu le successeur de François Hollande au poste de premier secrétaire. Depuis l'ouverture de la 15e université d'été du PS, La Rochelle est le théâtre des rebondissements multiples de ce conflit larvé. Ainsi, vendredi soir, parmi les nombreuses réunions de courants qui se tenaient aux quatre coins de la ville, il en est une qui promettait d'être mouvementée : celle du tandem strauss-kahnien Moscovici- Cambadélis et du jeune lion Arnaud Montebourg, auteurs d'une contribution commune en vue du congrès. Pour l'occasion, les camarades avaient recquis le huis-clos. Prudence est mère de sûreté.
C'est que plusieurs mises au point s'imposaient. D'abord, Pierre Moscovici est officiellement candidat à la tête du PS. Mais de nombreux amis de DSK lui préfèrent Martine Aubry. La maire de Lille, qui opère un retour sur le devant de la scène socialiste depuis sa réélection triomphale aux municipales de mars dernier, a déposé sa propre contribution début juillet, rencontré DSK cet été à Marrakech et publié un livre jeudi dernier au titre explicite : Et si on se retrouvait... Si elle ne brigue pas encore la succession de François Hollande, son ambition est évidente. Et les arguments en sa faveur ne manquent pas. "Elle a un poids politique incontestable, ancienne numéro 2 du gouvernement Jospin, c'est la seule qui peut faire barrage au duel Delanoë-Royal", glisse un de ses soutiens. Oui, rétorque les partisans de Moscovici, "mais il ne faut pas d'un présidentiable à la tête du parti. Pierre est un bosseur, il peut être le plus petit dénominateur commun".

"Si ça l'amuse..."

A la sortie de la réunion, "Mosco" assure être décidé "à aller jusqu'au au bout". Candidat au poste de premier secrétaire il est, candidat au poste de premier secrétaire il restera... En réalité, les choses sont plus délicates. "Tant que Martine Aubry n'a pas déclaré sa candidature officiellement il peut continuer à dire qu'il veut être premier secrétaire si ça l'amuse. Mais lorsqu'elle sera déclarée, on se mettra tous autour d'une table et on pèsera le pour et les contre de chacun", assure, un rien méprisant, un membre des Reconstructeurs, cette hétéroclite coalition formée depuis quelques mois autour de Cambadélis le strauss-kahnien et de Claude Bartolone le fabiusien... Et c'est là que les choses se compliquent.
Dans son habit de candidat, Pierre Moscovici a accepté jeudi soir de "fusionner" avec Martine Aubry. Mais, affirme-t-il, "pas avec les fabiusiens, du moins pas maintenant". Par ailleurs, Mosco l'affirme également, la fusion avec "La ligne claire" ( les barons locaux Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini) est acquise. Quelques mètres plus loin, Jean-Christophe Cambadélis déambule dans les rues de La Rochelle avec... Claude Bartolone, premier lieutenant de Fabius et Martine Aubry. Cette dernière raconte "qu'avec les fabiusiens, cela fait des semaines qu'ils travaillent en vue du congrès et qu'il n'est pas question d'abandonner". La fusion avec "La ligne claire", en revanche, l'enchante moins. Cambadélis tente de rattraper le coup : "La ligne claire nous tend la main, on accepte de discuter"...

"Je signe un contrat exclusif avec Moscovici jusqu'en 2011"

Samedi matin, lors une réunion - à huis clos toujours - du courant fabiusien étaient présents : Jean-Christophe Cambadélis et Martine Aubry. Une aubryiste rapporte que "les propos de Cambadélis était ceux d'un homme qui donne un cap politique"... Devant la presse réunit rien que pour lui dans un hôtel du centre ville, Mosco se rassure. "Cambadélis est allé voir les fabiusiens parce qu'il est organisateur de la Rochelle"... Et martèle son message, comme pour s'en convaincre lui-même. "Avec les fabiusiens, pas d'ostracisme mais pas de contact privilégié". Il le dit, le répète, encore et toujours : Il a le soutien des signataires de sa contribution et rapporte même que Camba a lancé à la salle vendredi soir : "je signe un contrat exclusif avec Moscovici jusqu'en 2011"...
Toujours est-il que samedi, à l'heure du déjeuner, au restaurant Les Flots de La Rochelle, Jean-Christophe Cambadélis, Claude Bartolone, Laurent Fabius mais aussi Arnaud Montebourg, ont pris place autour de la même table. En rentrant dans l'établissement Arnaud Montebourg n'a pas eu un regard pour Pierre Moscovici, son invité d'honneur de la fête de la Rose de Frangy la semaine dernière, qui prenait un café en terrasse.

Martine Aubry va-t-elle convaincre Pierre Moscovici de renoncer a son intransigeance contre les fabiusiens, en échange, par exemple, de la présidence du groupe à l'Assemblée nationale ? Où se situeront les fabiusiens ? Au centre, en périphérie, en dehors ? Quoi qu'il en soit, la situation devra être clarifiée avant le 23 septembre, jour du dépôt des motions en vue du congrès de Reims. En attendant, les tractations vont bon train.
Le Figaro 29/08/2008
• Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal... La guerre des trois aura bien lieu entre ces candidats à la tête du PS, aux idées si proches et aux ambitions démesurées. Ce week-end, à l'université d'été de La Rochelle, la bataille reprend sous l'arbitrage d'un François Hollande décrédibilisé. Et des barons de province...

Pour la première fois depuis que ce rendez-vous existe, Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches- du-Rhône, se rendra ce week-end à l'université d'été du PS. C'est dire si l'heure est grave ! Jusqu'ici, rien n'avait pu le détourner de sa villégiature estivale, pas même l'analyse de l'échec de Lionel Jospin en 2002, ni la désignation du candidat à la présidentielle de 2007. Preuve que la réunion de La Rochelle revêt cette année une importance capitale, l'homme fort du sud de la France a sacrifié ses derniers jours de vacances pour se plonger dans les méandres de la préparation du congrès de Reims de novembre prochain.
L'enjeu est de taille : la constitution de la nouvelle majorité qui dirigera le Parti socialiste jusqu'à la prochaine élection présidentielle. La mission est particulièrement compliquée : les haines se sont tellement accumulées ces dernières années entre dirigeants du PS qu'il devient quasi impossible de les faire cohabiter sur un même texte. Les amis de Delanoë veulent bien s'associer avec ceux de Martine Aubry, mais à condition qu'elle laisse tomber les fabiusiens qui la soutiennent depuis le début ! Les proches de François Hollande ont tenté cet été un rapprochement avec ceux de Bertrand Delanoë, mais ces derniers ne veulent pas entendre parler d'un accord à trois avec Ségolène Royal ! Pierre Moscovici a cherché à nouer une alliance avec les partisans de la ligne claire, Gérard Collomb, le maire de Lyon, et Jean-Noël Guérini, mais ceux-ci ont posé comme condition qu'il vienne avec des troupes, alors qu'une partie de celles-ci privilégient l'accord avec Martine Aubry ! Un véritable casse-tête, à côté duquel le Rubik's Cube paraît un jeu d'enfant. « Ce n'est qu'une bande de carriéristes », se lamente un mitterrandiste historique en contemplant le spectacle offert par ses camarades. Car la faiblesse des divergences de fond entre Aubry, Delanoë, Hollande et Royal est inversement proportionnelle à leur ambition présidentielle. Comme le résume un élu : « Le problème de leur entente vient du fait que chacun d'entre eux veut être le bénéficiaire principal de l'opération de rassemblement. »
A ce petit jeu, à trois semaines de la date limite de dépôt des motions (textes sur lesquels les militants du PS votent et qui déterminent les rapports de forces internes), Bertrand Delanoë a pris un temps d'avance en annonçant cette semaine dans Le Monde qu'il était candidat à la succession de François Hollande. Depuis un an, le maire de Paris se positionne dans cette optique, et les sondages (voir l'enquête TNS Sofres-Logica pour Le Figaro Magazine) le placent tous en position de favori, devant Ségolène Royal et Martine Aubry. Ses camarades n'ont pas été surpris de son annonce. Cet été, au cours des discussions avec les uns et les autres, Bertrand Delanoë et ses partisans répétaient invariablement le même refrain : on veut bien d'un accord, mais c'est Bertrand le candidat. Autour de François Hollande, on est quelque peu désabusé : « Nous leur avions proposé de constituer un pôle autour de l'axe Hollande-Delanoë, explique un proche du premier secrétaire. Tout le monde semblait d'accord et on reportait la question du leadership. La déclaration de mardi de Delanoë complique plutôt les choses. »
Les socialistes veulent croire que les jeux ne sont pas faits pour autant. Qu'il reste des marges de manoeuvre. C'est la raison pour laquelle le passage par Marseille et Marrakech ont été les figures imposées de cet été. Les négociateurs sont descendus dans la cité phocéenne discuter avec les promoteurs de la ligne claire. Certains, comme Pierre Moscovici, ont même poussé jusqu'en Corse pour rencontrer Jean-Noël Guérini, en vacances sur l'île de Beauté. Cette sérénade marseillaise n'est d'ailleurs pas du goût de tout le monde au PS : « C'est effrayant de voir que les hommes les plus convoités cet été ont été Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini », se désole, effondré, un élu socialiste. « La page people du PS a été trustée par le couple Collomb-Guérini. Ça montre le niveau du parti ! »
Peut-être, mais personne n'a oublié qu'en 1979 Gaston Defferre et sa fédération ont pesé 8 % au congrès de Metz. Un petit score qui plaçait le maire de Marseille en position charnière pour négocier avec un François Mitterrand autour de 40 %. Et si les Bouches- du-Rhône, associées à d'autres fédérations dans leur refus de voir un présidentiable accéder à la tête du parti, avaient à l'esprit de reproduire le même schéma ? Pour le moment, les discussions se poursuivent. D'où la deuxième destination à la mode cet été : Marrakech. Là où Dominique Strauss-Kahn possède un riad. Parmi les nombreux visiteurs du président du FMI, Manuel Valls, partisan de la ligne claire, venu déjeuner, et Martine Aubry, pour le dîner. « S'il veut revenir un jour, DSK a intérêt à ménager tout le monde », assure un élu, convaincu que l'ancien ministre laissera Pierre Moscovici tenter l'alliance avec Guérini et ses amis.
Ségolène Royal reste finalement la seule qui ne négocie avec personne pour le moment, bien décidée à reprendre la recette qui l'a amenée à la présidentielle : contourner les cadres intermédiaires du parti en s'adressant directement à ses électeurs afin que leur détermination fasse pression sur les premiers. C'est la raison pour laquelle elle ne fera qu'un passage éclair ce week-end à La Rochelle, ne restant qu'une journée sur les trois de l'université d'été. Pendant que les autres négocieront des ralliements et des places, elle sera à Florence, invitée d'honneur de la fête de l'Unità. Sa vraie rentrée s'effectuera le 6 septembre, à Bourg- Saint-Andéol, dans l'Ardèche. Superstition ? C'est dans ce département que commença sa marche triomphale, en 2006, quand elle vint à Privas le 8 mars et que, malgré ses deux heures de retard, les militants lui avaient réservé un accueil glorieux. Sous la pression des militants enthousiastes, les élus locaux commençaient à se rallier. L'organisation du « concert de la fraternité », le 27 septembre au Zénith de Paris, participe de la même logique, les royalistes espérant que l'effet de masse produira une forte mobilisation en sa faveur au sein du parti.
Le pari est risqué tant le processus d'un congrès est différent de celui d'une primaire. Dans ce domaine, Bertrand Delanoë, qui s'affiche moderniste sur les idées, est d'un classicisme absolu, privilégiant les négociations et les discussions avec ses camarades, là où sa rivale s'enferme dans un splendide isolement. « C'est du Marie-France Garaud dans la démarche jusqu'au-boutiste », s'inquiète un élu.
Martine Aubry a elle aussi adopté une stratégie des plus classiques. Elle a pris contact avec les uns et les autres, envoyé son dernier livre avec un petit mot et profité de son dîner marocain avec DSK pour dessiner les contours d'une future majorité qui intégrerait les amis du président du FMI, ceux du maire de Lille, mais aussi les fabiusiens. Seulement, c'est là que l'édifice commence à se lézarder...
La présence des amis de Laurent Fabius n'est pas du goût de tout le monde. Pierre Mauroy a ainsi fait comprendre à Martine Aubry qu'une partie de la fédération du Nord ne pourrait être dans la même majorité que l'élu normand. Le président de la Région Nord-Pas-de-Calais, Daniel Percheron, aurait fait savoir qu'il n'était pas question de s'associer avec Arnaud Montebourg. « La situation reste très ouverte », se rassure un proche de Martine Aubry. « Après, c'est une question d'ordre et de façon de faire. Dans les semaines qui suivront La Rochelle, il y aura des propositions qui feront bouger les lignes. » En attendant, Martine Aubry espère surtout que DSK mobilisera ses troupes autour d'elle et fera entendre raison à un Pierre Moscovici tenté par l'aventure avec les barons de province. Vendredi soir, une réunion du courant Socialisme et Démocratie devait entériner une « fusion » entre les amis d'Aubry et ceux de DSK. En début de semaine, le risque d'éclatement n'était pas totalement à exclure.« Il y a trop de désaccords stratégiques et d'inimitiés personnelles entre eux », estime un responsable socialiste. Même si DSK passe des coups de fil depuis Marrakech pour tenter de conserver intact son courant, les tentations sont trop fortes. « Il n'y a pas de stratégie fondée sur l'absence », lance un strausskahnien passé avec armes et bagages chez Bertrand Delanoë. Et le maire de Paris compte bien continuer sa « stratégie de saucissonnage » des amis de DSK.
Car, dans cette bataille, tous les coups sont permis. Tout le monde a bien compris que l'enjeu ne se limitait pas à la seule direction du parti socialiste, mais se prolongeait jusqu'à la désignation du candidat à la présidentielle de 2012. Même si Bertrand Delanoë a pris soin de préciser cette semaine qu'il « serait stupide de prétendre répondre aujourd'hui à une interrogation qui ne sera posée qu'en 2011 », personne n'est dupe des ambitions des uns et des autres. Bertrand Delanoë comme Martine Aubry et Ségolène Royal ont tous une revanche à prendre sur un parti et des élus qui un jour ou l'autre les ont laissés sur le bord de la route. C'est peut-être le moteur principal de leur ambition aujourd'hui.
Ancien numéro trois du PS en 1981, Bertrand Delanoë a quitté la vie politique pendant quelques années, après avoir été poussé hors de Paris et du Vaucluse lors des élections législatives de 1986 à la représentation proportionnelle. Revenu au premier plan grâce à sa victoire à Paris en 2001, il a misé sur la candidature parisienne aux Jeux olympiques de 2012 pour se positionner à la présidentielle de 2007. La défaite de Paris devant Londres, la poussée de Ségolène Royal l'ont empêché de tenter sa chance. Mais celui qui regrette encore de ne pas avoir osé se lancer dans la primaire en 2006 n'a aucune intention de passer à nouveau son tour.
Martine Aubry est dans une situation identique. Fragilisée par sa défaite aux législatives de 2002, la maire de Lille a dû se replier sur son beffroi pendant cinq ans et batailler contre ceux qui voulait l'exfiltrer du Nord sous prétexte qu'elle ferait perdre la Ville à la gauche en 2008 ! Sa victoire éclatante en mars dernier lui a permis de retrouver le chemin de la politique nationale, qu'elle n'a plus l'intention de quitter. Le titre de son dernier livre paru cette semaine, Et si on se retrouvait, annonce la couleur. Au fil des pages, elle amorce la réconciliation avec DSK et règle ses comptes avec le PS, notamment sur l'épisode des 35 heures:«Avec Dominique, nous avons par exemple suggéré à Lionel Jospin en 1997 de commencer par mettre en place les emplois-jeunes, alors que le PS souhaitait qu'on fasse tout de suite les 35 heures, mesure emblématique. Dominique et moi étions d'accord sur la stratégie, et nous nous sommes battus ensemble. Nous pensions qu'il fallait commencer par relancer la croissance. »
Ségolène Royal n'est pas moins revancharde envers les dirigeants du PS. Et sa rancoeur ne date pas de la campagne présidentielle de 2006. Au fond, elle sait qu'ils ne l'ont jamais prise au sérieux, la cantonnant, notamment de 1997 à 2002, à des secrétariats d'Etat qu'ils estimaient subalternes. Elle n'a jamais admis qu'ils refusent de lui confier les rênes du PS au lendemain de sa défaite de 2007, alors qu'ils n'ont pas hésité à le faire pour Lionel Jospin en 1995. Ségolène Royal oublie seulement que Lionel Jospin, comme François Mitterrand avant et Bertrand Delanoë aujourd'hui savent que pour se faire adouber par un parti il faut y passer du temps, en respecter les rites et les rythmes, ne pas bousculer ses barons mais discuter avec eux, les ménager, leur offrir des places pour récupérer leurs voix. Il se murmure d'ailleurs, rue de Solferino, que François Rebsamen, le maire de Dijon et bras droit de Ségolène Royal, ne partage pas totalement cette stratégie d'isolement. N'a-t-il pas multiplié cet été les contacts, notamment avec François Hollande ? Mardi,il était au traditionnel déjeuner du premier secrétaire et de sa garde rapprochée. Comme prévu, l'affrontement annoncé aura bien lieu. Cette perspective n'enchante guère ceux qui se souviennent que le congrès de Rennes, de sinistre mémoire, opposait de la même façon des responsables aux idées proches et aux ambitions démesurées : Laurent Fabius et Lionel Jospin. Mais, en 1990, François Mitterrand, de l'Elysée, pouvait tenter de limiter les dégâts. Aujourd'hui, il n'y a plus personne pour freiner les combattants. Et surtout pas un François Hollande aux marges de manoeuvre considérablement réduites. « Beaucoup de militants et de responsables sont consternés par ce combat et veulent prendre la tangente », assure un élu, inquiet de voir que les mêmes recettes vont produire les mêmes résultats : « Une pincée de gauche plus une pincée de droite pour faire une majorité. C'est le parti d'hier qui nous a conduits trois fois à l'échec à la présidentielle. »Mais, comme le disait sir Winston Churchill : « Le succès vient de la capacité d'aller d'un échec à l'autre sans perte d'enthousiasme. »
Tf1
François Rebsamen, numéro deux du PS, appelle mercredi les proches de François Hollande et ceux de Ségolène Royal à une "motion commune" en vue du congrès du PS à Reims, sans exclure l'idée que d'autres puissent les rejoindre. Le maire de Dijon, proche à la fois du premier secrétaire sortant et de Ségolène Royal dont il a signé la contribution et dont il avait codirigé la campagne présidentielle, a déclaré à l'AFP : "je voudrais les appeler à travailler ensemble à l'élaboration d'un motion commune".

"Une convergence de positions apparaît au travers de faits précis : opposition franche à Nicolas Sarkozy, cohérence du PS, respect du vote des militants", affirme François Rebsamen. Il souligne "une convergence politique qui doit les obliger à travailler ensemble à l'élaboration d'une motion commune". Des "initiatives seront prises avant le 1er septembre", assure-t-il.

Travailler ensemble

Les journées d'été du PS à La Rochelle ont lieu du 29 au 31 août. Il s'agit de faire "cela par étapes", selon François Rebsamen qui n'écarte "absolument pas l'idée que d'autres puissent (les) rejoindre". Il déclare ainsi que les barons régionaux Jean-Noël Guerini et Gérard Collomb, signataires de la contribution "la Ligne claire", "ont leur place avec nous", "et puis aussi Bertrand Delanoë", favori pour la succession de François Hollande, qui porte sa propre contribution. L'entourage de François Hollande a eu des "contacts" avec un proche du maire de Paris, l'ancien ministre Daniel Vaillant, souligne-t-il.

François Rebsamen veut proposer aux responsables de la contribution Hollande et à ceux du texte Royal de se rencontrer pour travailler ensemble, "même sans" les principaux intéressés, ex-compagnons séparés depuis 2007. "Je considère qu'il n'y a aucune raison - à part des raisons personnelles que je souhaite évacuer - empêchant des responsables des deux côtés de se rassembler", dit-il. "Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise", insiste François Rebsamen.

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