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30.08.2008
3 petits tours
La présidente de Poitou-Charentes n’est restée qu’un jour à l’université d’été.
Envoyé spécial à La Rochelle MATTHIEU ÉCOIFFIER
QUOTIDIEN : samedi 30 août 2008
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Trois petits tours, une bise à «François», une prière pour la «fraternité» militante, une bouchée de chabichou et puis s’en va. Ségolène Royal n’est restée qu’une journée à l’université d’été des socialistes à La Rochelle (Charente-Maritime). Face au climat «tout sauf Ségolène» entretenu par les amis de Martine Aubry et de Bertrand Delanoë, l’hôte de la rencontre en tant que présidente de Poitou-Charentes, s’est posée en madone de l’unité des socialistes.
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Martine Aubry, cap sur la tête du PS
Visite. Un pied dans le PS, dont elle brigue le leadership, et un pied déjà dehors, puisqu’elle devait s’envoler dès samedi matin pour Florence afin d’assister à la fête des sociaux-démocrates italiens. «Et encore, elle s’est retenue d’aller à Denver au sacre d’Obama. On aurait dit qu’elle snobe La Rochelle», raconte une de ses proches. «La Rochelle, c’est chez elle», rappelle un fidèle. Pas évident. «Il a fallu se battre pour avoir notre place dans les ateliers», raconte la royaliste Dominique Bertinotti.
A 12 h 30, Royal reçoit la visite inattendue, sinon bienvenue, de François Hollande. Jouant l’invité surprise au déjeuner des présidents de région, le premier secrétaire embrasse son ex-compagne. L’heure est à la normalisation, disent les images. Mais ils regardent chacun de leur côté et s’ignorent poliment. «Ségolène a passé le sel à François, quel scoop !» ironise un proche du maire de Paris. Pour ne pas faire de jaloux, «François» prend ensuite un café avec «Bertrand».
«Ségolène», déjà deux étages plus bas, accueille devant l’aquarium ses camarades présidents de région. «Nous sommes une forme de rempart», lance-t-elle. Face à son splendide isolement, elle oppose un splendide orgueil. «On nous dit : "Ségolène est seule, elle n’a pas d’alliés." On a déjà 7 200 signatures pour sa contribution. Delanoë plafonne à 3 000, et la pauvre Martine [Aubry] à 800, assure son entourage. Quand on aura fait la démonstration qu’on est la principale force, certains s’allieront avec nous par nécessité.»
Discours. L’ex-candidate joue la base contre «les chefs», «leurs petites phrases», et veut prendre de l’altitude. Au risque de planer : «Les Français nous disent, comme Juliette Gréco nous le chante : "Aimez-vous les uns les autres ou disparaissez !"» balance-t-elle, lors de son discours d’ouverture. Une partie de la salle se lève, l’autre pas. Assis au fond Delanoë applaudit. «A ce niveau de généralités, on ne peut qu’être d’accord», glisse Harlem Désir, un fidèle du maire de Paris. «Je me sens plus dans des mots qui font appel à la raison», tacle Aubry.
19 heures, salle des Oratoriens. Dans la ferveur des militants de Désirs d’avenir, Royal en appelle à la «transcendance» en politique. Amen.
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Discours d ouverture
Discours de Ségolène Royal à La Rochelle le 29/08/2008
Chers Olivier, Antoine et Jean-Christophe, Cher Maxime Bono
Chers Camarades socialistes,
Dans quel contexte intervient notre Université d’été ?
Des tensions internationales d'abord, et la France qui vient d’être touchée au cœur, endeuillée par la mort de dix de nos soldats dont l’un d’eux, Damien Buil, était originaire d’ici.
Nous partageons, nous socialistes et avec tous les Français, la peine de toutes les familles qui ont perdu un fils, un mari, un compagnon, un frère, et la peine de l’Armée française qui voudrait bien, comme nous tous, connaître les conditions de notre présence, en évaluer les objectifs et définir un calendrier.
Tensions internationales aussi en Georgie, au Darfour oublié, encore et toujours dans les bourbiers irakiens et iraniens, et au Moyen-Orient.
Mais aussi une tension nationale, une rentrée économique et sociale inquiétante, une école affaiblie, des services publics traumatisés par une politique de droite qui impose au pays des déchirures sociales, territoriales, postales, sanitaires et judiciaires. Et cela les socialistes n'en veulent pas.
La France subit une déchirure. Elle a le visage des ouvriers de Gandrange à qui la droite a fait tant de promesses. Elle a le visage des caissières qui ne veulent pas faire des heures supplémentaires mais qui voudraient seulement obtenir leur part des profits faramineux de la grande distribution. Elle a le visage des enfants dont les parents sont arrêtés à la sortie des écoles pour être expulsés après avoir été entassés dans des conditions inhumaines.
Or, quand la politique du pouvoir ne fonctionne pas, que se passe-t-il ? Les citoyens se tournent vers l’opposition pour savoir si elle ferait mieux. Alors la France a besoin de nous, elle nous attend, elle nous appelle, elle nous cherche. « Où êtes-vous ? » nous crie-t-elle. « Unissez tous les courages, toutes les intelligences pour dessiner clairement une alternative à laquelle nous ne demandons qu’à croire ».
Sachons entendre les militants qui en appellent à la responsabilité de chacun et à la retenue. Personne ne peut se permettre de gâcher l’esprit studieux de nos rencontres et nos échéances politiques. Car c'est la droite qui prospère sur nos dissensions et qui, plus gravement, laisse orphelins ceux qui souffrent de sa politique.
Ayons le courage de le dire : l’exaspération et la colère ne sont pas loin devant le spectacle que nous donnons. Oserais-je vous le dire malicieusement – ne le prenez pas au premier degré ! Les Français nous parlent comme Juliette Gréco nous le chante : « Aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez ». Ayons le courage de le reconnaître avec lucidité, car avoir ce courage, c'est déjà avoir une partie de la solution.
Et des raisons d’être fiers de ce que nous faisons, nous en avons ! Oui, je l’affirme ici : la gauche sert la France du mieux possible avec des résultats pour nos 24 présidents de région, dans nos 55 départements, dans nos très nombreuses villes et nos 200 circonscriptions. Oui, la gauche sert le pays pour protéger, pour imaginer, pour entraîner et innover. Oui, sans les socialistes, beaucoup seraient abandonnés à toutes les fureurs des intérêts privés, abandonnés à toutes les colères de ceux qui ont peur. Vous voyez à quel point, lorsque nous sommes unis, nous en sommes capables !
Les temps difficiles sont revenus. Une nouvelle révolution est là, de bien plus grande ampleur que celle qu’a connue le XIXè siècle. Et c’est toujours la même question avec une révolution : dans quelle mesure la subit-on ? Dans quelle mesure la maîtrise-t-on ? Et quels rapports de force faut-il mettre en place pour que l’enrichissement de quelques-uns ne se paie pas du recul de tous les autres ?
D’immenses défis surgissent, de grands dangers menacent. La circulation folle de l’argent détruit les économies. La crise alimentaire plonge dans la malnutrition ou la famine des centaines de millions de personnes. La spéculation sur les matières premières fait rage. Les délocalisations sauvages se multiplient. Le coût du pétrole renchérit les prix. La crise écologique et climatique précipite les échéances. Dans de trop nombreux pays, les nationalismes, le terrorisme et les guerres régentent ce que nous n’arrivons pas à organiser politiquement. La voilà, la mondialisation malheureuse, celle que nous subissons.
Car la mondialisation n'entraîne pas que des désastres. D’immenses progrès ont aussi été accomplis. Il n’est pas trop tard : soit la mondialisation provoque un progrès de civilisation. C’est possible. Soit elle est porteuse de toujours plus de malheurs. C’est là le danger. Et la réponse, c'est encore et toujours de la volonté politique. En particulier la nôtre, à nous, les socialistes, à l’échelle de la planète.
L'heure n'est plus aux diagnostics tièdes, aux appréciations timorées, mais à la lucidité radicale. Oui, il y a besoin de radicalité, car ce ne sont plus simplement les effets du système qu’il faut dénoncer, mais ses fondements et ses présupposés. Pour mettre l’économie au service de l’homme sans détruire les trésors de la planète.
Nous socialistes, nous ne voulons pas que ce capitalisme nous arrache notre avenir et réduise à néant notre espoir de vivre paisiblement en humains parmi d’autres humains.
Une autre politique est possible, telle est là notre responsabilité historique !
La dureté des temps appelle des propositions précises sur les retraites, la révolution fiscale et le pouvoir d’achat. Contre l’économie de la rente, la dégradation de la condition salariale et le mépris des ressources rares, les socialistes veulent une économie de l’innovation et du risque créatif. Nous voulons à la fois mieux produire les richesses et mieux les distribuer, mais nous voulons aussi définir autrement la richesse. Comme le disait déjà les syndicalistes au début du siècle dernier : bien-être et liberté ! Cela reste aussi nos espérances !
Mais ce modèle exige aussi une réforme en profondeur de la redistribution et des modes d’action publique : l’efficacité fiscale, la conditionnalité des aides aux entreprises, la réforme de l’État et celle du dialogue social, la décentralisation éclairée sont les instruments de la nouvelle compétitivité de la France.
Et nous avons la capacité de porter ici, à la Rochelle, un message positif et fort. Parce que si les idées sont fortes et claires, alors on le sait, elles s’imposeront sur les querelles de personnes et sur les enjeux de pouvoir. Et c’est vous les militants qui allez y veiller. Qu’on laisse les militants travailler puis voter librement le moment venu !
Oui nous, socialistes, nous avons la capacité de faire la société plus humaine, c’est notre tâche immense.
Oui, nous avons la capacité d’être exemplaires, plus enthousiastes, plus aventureux, plus audacieux, plus généreux, plus hospitaliers aux idées et aux actes, plus sincères et plus fraternels que la société que nous voulons transformer. Nous avons la capacité de remplir notre mission première : l’émancipation personnelle, pour tous et pas seulement pour quelques-uns, d’un bout à l’autre de son existence.
Oui, nous avons la capacité d'empêcher la résignation et le repli sur soi que l’on sent monter dans le pays.
Et oui, nous avons la capacité de libérer les énergies, mais pas au prix d’un démantèlement des protections et des sécurités sociales.
Alors oui, nous avons la capacité de prouver que le socialisme est une force neuve pour le XXIè siècle.
Chers amis chers camarades, l’avenir a besoin de nous. La France a besoin de nous et nous regarde. Et comme le disait Aimé Césaire : « Tout l’espoir n’est pas de trop pour regarder le siècle en face ! ».
Voilà notre objectif. Nous le tenons, alors réalisons-le !
Ségolène Royal
15:32 Publié dans parti socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Revue de la Presse des universités d'été
Du coté de la Rochelle …
Le Figaro
30/082008
• EN DIRECT DE LA ROCHELLE. «Plus que jamais» postulant à la succession de François Hollande, l'élu strauss-kahnien ne fait plus de sa candidature «un préalable» pour nouer des alliances avec Martine Aubry, Gérard Collomb et le pôle écologique du PS.
Si la nuit porte conseil, à La Rochelle, une soirée peut parfois avoir les mêmes vertus. A l'issue d'une réunion à huis clos des strauss-kahniens dans le centre de La Rochelle vendredi soir, Pierre Moscovici a annoncé que sa candidature au poste de premier secrétaire du PS ne constituait plus un «préalable» pour constituer des alliances avec d'autres pôles en vue du congrès de Reims du 14 au 16 novembre.
Alors que de nombreux responsables socialistes occupaient les terrasses de café et des restaurants du port de La Rochelle jusque tard dans la nuit de vendredi à samedi, Pierre Moscovici est revenu devant quelques journalistes sur «l'évolution» de sa position. Comme il l'avait assuré quelques heures plus tôt devant les militants signataires de sa contribution «Besoin de gauche», rédigée en tandem avec Arnaud Montebourg, il a assuré être «déterminé à aller jusqu'au bout». «Je suis plus que jamais candidat. Je suis très déterminé», assure celui qui se veut persuadé d'avoir désormais les moyens d'emporter le congrès.
Les moyens ? Epaulé par le président du conseil général de Saône-et-Loire, il a proposé la fusion de leur contribution avec celles de Martine Aubry, de la «Ligne claire» du maire de Lyon Gérard Collomb et du patron des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guérini, ainsi que celle du Pôle écologiste. Objectif : mettre sur pied une large motion commune pour emporter la mise en novembre.
«Ni ostracisme, ni contact» avec Laurent Fabius
Attaché à la crédibilité publique de cette démarche, Pierre Moscovici a néanmoins posé «trois conditions» pour réaliser cette motion : «le refus de la présidentialisation du parti», et «des primaires» pour désigner le (la) futur(e) candidat(e) socialiste à la présidentielle de 2012. Troisième point, enfin : «que le PS se mette au travail». Une dernière exigence qui ne devrait pas déplaire aux membres de «Ligne claire», notamment Manuel Valls.
Interrogé tard hier soir par le figaro.fr, le député-maire d'Evry ne cachait pas sa lassitude devant «l'absence d'idées au PS», «un parti qui ne travaille plus depuis 18 mois» et l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Il trouve même que le PS, où règne «une confusion totale», va se présenter à Reims en plus mauvaise posture encore qu'avant le Congrès de Rennes de 1990. Un congrès de triste mémoire pour la gauche qui avait vu un duel fratricide entre Lionel Jospin et Laurent Fabius, laissant alors un parti en miettes et laminé ensuite à toutes les élections locales et nationales jusqu'en 1995.
Reste, justement, le cas Laurent Fabius. «Ni ostracisme, ni contact pour le moment», résume clairement Pierre Moscovici. «Nous sommes ouverts. On verra plus tard. Peut-être…», sourit-il, pas très chaud pour faire rentrer un présidentiable et ancien premier ministre dans une démarche politique potentiellement victorieuse. Martine Aubry reste donc à ses yeux une «partenaire privilégiée». Problème : la maire de Lille travaille déjà depuis «plusieurs semaines», dixit Claude Bartolone, avec les amis de Laurent Fabius. Il n'est donc pas exclu que Pierre Moscovici doive faire encore quelques concessions pour voir concrétiser son ambition.
• Toute la journée, les socialistes ont poursuivi, en parallèle, leurs stratégies de congrès.
À La Rochelle, «c'est le moment où tout le monde se parle». Dans les couloirs de l'Encan, où le Parti socialiste tient son université d'été, le député européen Benoît Hamon commente les stratégies de congrès. Beaucoup de paroles, quelques images fortes, pas mal de bluff. Et aucune conclusion qui permette de savoir qui remportera le congrès de Reims en novembre. Récit d'une journée marathon.
Hollande pense à autre chose. À son arrivée, François Hollande insiste, encore et toujours sur l'unité. C'est sa dernière université d'été en tant que premier secrétaire : «Il n'y a pas de moment facile pour être premier secrétaire. Quand on est dans l'opposition, il faut être capable de ne pas y rester trop longtemps», dit-il à propos des onze ans qui s'achèvent. Avant l'ouverture officielle des travaux, il vient conclure le séminaire des élus socialistes. Appliqué, Bertrand Delanoë est le premier ténor à arriver dans l'amphithéâtre. Attentif, il écoute François Hollande se féliciter que les élus socialistes soient plus nombreux que l'année dernière, puis vanter les mérites du «collectif».
À table. Trois rendez-vous parallèles. À 13 heures, la maire de Lille, Martine Aubry, déjeune avec la presse. Une demi-heure plus tard, Ségolène Royal et François Hollande ont rendez-vous, à l'Aquarium, pour une conférence de presse avec les présidents de Région PS. Pendant ce temps, les grands élus signataires de la contribution «La ligne claire» rencontrent les journalistes. Ils ne souhaitent pas qu'un présidentiable prenne la tête du PS. Pierre Moscovici est donc pour l'instant leur candidat. D'ailleurs, l'ancien ministre vient les saluer à la terrasse du café Les Grands Yachts.
La grand-messe d'ouverture. «Les Français nous le disent comme Juliette Gréco nous le chante : “Aimez-vous les uns les autres ou disparaissez !”» Accueillie par une standing ovation d'une partie de la salle et de longs applaudissements, Ségolène Royal plante le décor. Elle appelle donc à mettre un terme aux dissensions. «Ayons le courage de le reconnaître avec lucidité, c'est le début de la solution.» Ostensiblement installé au fond de l'amphithéâtre, Bertrand Delanoë échange des sourires entendus avec son lieutenant Harlem Désir. Le maire de Paris ne se joint pas aux salves d'applaudissements qui ponctuent le discours de la présidente de Poitou-Charentes. Tout juste applaudit-il à la fin, du bout des doigts. Sur le parvis, Hollande assure que Royal doit avoir «pleinement sa place» au PS.
La pique de Jospin. Dans le hall, Lionel Jospin n'est entouré que de quelques caméras. Beaucoup moins qu'auparavant. L'ancien premier ministre fait mine de ne pas entendre les questions sur le congrès et raconte à son ami Jean-François Fountaine qu'il a suivi «les compétitions de voile aux Jeux olympiques». Jospin intervient lors d'une table ronde sur la social-démocratie. Sa copie est soigneusement préparée. Et il a dissimulé dans son exposé méthodique une pique à l'encontre de Royal. Après avoir rappelé que seules les stratégies de rassemblement de la gauche avaient permis au PS de s'emparer du pouvoir, en 1981, 1988, 1997, il plante sa banderille. Avant d'envisager de nouvelles alliances, «nous aurons besoin d'une délibération collective, à l'opposé de ce qui fut fait lors de la dernière élection présidentielle». Une allusion à la volonté de Royal de s'allier avec le MoDem entre les deux tours. Au premier rang, Delanoë apprécie.
Soirée privée chez «Besoin de gauche». Après avoir hésité, les signataires de la contribution «Besoin de gauche», qui rassemble Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg et Jean-Christophe Cambadélis ont décidé de se réunir à huis clos. Un signe de tensions internes. Premier signataire, Moscovici voudrait déposer une motion qui puisse concurrencer celle des présidentiables. D'autres pensent qu'une alliance avec Martine Aubry et les partisans de Laurent Fabius est nécessaire pour remporter le congrès.
Pineau et chabichou pour les royalistes. Avant de repartir en voiture pour Paris et de s'envoler ce matin pour la fête de L'Unita à Florence, Ségolène Royal a retrouvé les siens pour un pot de l'amitié, autour d'un verre de pineau et des morceaux de chabichou. Parmi ses proches, certains, comme François Rebsamen et Vincent Peillon, espèrent la convaincre de rejoindre un rassemblement majoritaire plutôt que se présenter seule face aux militants.
Delanoë studieux. Le maire de Paris, qui s'est appliqué à faire le tour des militants toute la journée, a donné rendez-vous à ses partisans dans un amphi de l'université de La Rochelle.
Le point 30/08/2008
Fusionnera ou fusionnera pas ? Entre Martine Aubry et Pierre Moscovici, un duel qui ne dit pas son nom s'est instauré en vue du congrès de Reims de novembre où sera élu le successeur de François Hollande au poste de premier secrétaire. Depuis l'ouverture de la 15e université d'été du PS, La Rochelle est le théâtre des rebondissements multiples de ce conflit larvé. Ainsi, vendredi soir, parmi les nombreuses réunions de courants qui se tenaient aux quatre coins de la ville, il en est une qui promettait d'être mouvementée : celle du tandem strauss-kahnien Moscovici- Cambadélis et du jeune lion Arnaud Montebourg, auteurs d'une contribution commune en vue du congrès. Pour l'occasion, les camarades avaient recquis le huis-clos. Prudence est mère de sûreté.
C'est que plusieurs mises au point s'imposaient. D'abord, Pierre Moscovici est officiellement candidat à la tête du PS. Mais de nombreux amis de DSK lui préfèrent Martine Aubry. La maire de Lille, qui opère un retour sur le devant de la scène socialiste depuis sa réélection triomphale aux municipales de mars dernier, a déposé sa propre contribution début juillet, rencontré DSK cet été à Marrakech et publié un livre jeudi dernier au titre explicite : Et si on se retrouvait... Si elle ne brigue pas encore la succession de François Hollande, son ambition est évidente. Et les arguments en sa faveur ne manquent pas. "Elle a un poids politique incontestable, ancienne numéro 2 du gouvernement Jospin, c'est la seule qui peut faire barrage au duel Delanoë-Royal", glisse un de ses soutiens. Oui, rétorque les partisans de Moscovici, "mais il ne faut pas d'un présidentiable à la tête du parti. Pierre est un bosseur, il peut être le plus petit dénominateur commun".
"Si ça l'amuse..."
A la sortie de la réunion, "Mosco" assure être décidé "à aller jusqu'au au bout". Candidat au poste de premier secrétaire il est, candidat au poste de premier secrétaire il restera... En réalité, les choses sont plus délicates. "Tant que Martine Aubry n'a pas déclaré sa candidature officiellement il peut continuer à dire qu'il veut être premier secrétaire si ça l'amuse. Mais lorsqu'elle sera déclarée, on se mettra tous autour d'une table et on pèsera le pour et les contre de chacun", assure, un rien méprisant, un membre des Reconstructeurs, cette hétéroclite coalition formée depuis quelques mois autour de Cambadélis le strauss-kahnien et de Claude Bartolone le fabiusien... Et c'est là que les choses se compliquent.
Dans son habit de candidat, Pierre Moscovici a accepté jeudi soir de "fusionner" avec Martine Aubry. Mais, affirme-t-il, "pas avec les fabiusiens, du moins pas maintenant". Par ailleurs, Mosco l'affirme également, la fusion avec "La ligne claire" ( les barons locaux Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini) est acquise. Quelques mètres plus loin, Jean-Christophe Cambadélis déambule dans les rues de La Rochelle avec... Claude Bartolone, premier lieutenant de Fabius et Martine Aubry. Cette dernière raconte "qu'avec les fabiusiens, cela fait des semaines qu'ils travaillent en vue du congrès et qu'il n'est pas question d'abandonner". La fusion avec "La ligne claire", en revanche, l'enchante moins. Cambadélis tente de rattraper le coup : "La ligne claire nous tend la main, on accepte de discuter"...
"Je signe un contrat exclusif avec Moscovici jusqu'en 2011"
Samedi matin, lors une réunion - à huis clos toujours - du courant fabiusien étaient présents : Jean-Christophe Cambadélis et Martine Aubry. Une aubryiste rapporte que "les propos de Cambadélis était ceux d'un homme qui donne un cap politique"... Devant la presse réunit rien que pour lui dans un hôtel du centre ville, Mosco se rassure. "Cambadélis est allé voir les fabiusiens parce qu'il est organisateur de la Rochelle"... Et martèle son message, comme pour s'en convaincre lui-même. "Avec les fabiusiens, pas d'ostracisme mais pas de contact privilégié". Il le dit, le répète, encore et toujours : Il a le soutien des signataires de sa contribution et rapporte même que Camba a lancé à la salle vendredi soir : "je signe un contrat exclusif avec Moscovici jusqu'en 2011"...
Toujours est-il que samedi, à l'heure du déjeuner, au restaurant Les Flots de La Rochelle, Jean-Christophe Cambadélis, Claude Bartolone, Laurent Fabius mais aussi Arnaud Montebourg, ont pris place autour de la même table. En rentrant dans l'établissement Arnaud Montebourg n'a pas eu un regard pour Pierre Moscovici, son invité d'honneur de la fête de la Rose de Frangy la semaine dernière, qui prenait un café en terrasse.
Martine Aubry va-t-elle convaincre Pierre Moscovici de renoncer a son intransigeance contre les fabiusiens, en échange, par exemple, de la présidence du groupe à l'Assemblée nationale ? Où se situeront les fabiusiens ? Au centre, en périphérie, en dehors ? Quoi qu'il en soit, la situation devra être clarifiée avant le 23 septembre, jour du dépôt des motions en vue du congrès de Reims. En attendant, les tractations vont bon train.
Le Figaro 29/08/2008
• Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal... La guerre des trois aura bien lieu entre ces candidats à la tête du PS, aux idées si proches et aux ambitions démesurées. Ce week-end, à l'université d'été de La Rochelle, la bataille reprend sous l'arbitrage d'un François Hollande décrédibilisé. Et des barons de province...
Pour la première fois depuis que ce rendez-vous existe, Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches- du-Rhône, se rendra ce week-end à l'université d'été du PS. C'est dire si l'heure est grave ! Jusqu'ici, rien n'avait pu le détourner de sa villégiature estivale, pas même l'analyse de l'échec de Lionel Jospin en 2002, ni la désignation du candidat à la présidentielle de 2007. Preuve que la réunion de La Rochelle revêt cette année une importance capitale, l'homme fort du sud de la France a sacrifié ses derniers jours de vacances pour se plonger dans les méandres de la préparation du congrès de Reims de novembre prochain.
L'enjeu est de taille : la constitution de la nouvelle majorité qui dirigera le Parti socialiste jusqu'à la prochaine élection présidentielle. La mission est particulièrement compliquée : les haines se sont tellement accumulées ces dernières années entre dirigeants du PS qu'il devient quasi impossible de les faire cohabiter sur un même texte. Les amis de Delanoë veulent bien s'associer avec ceux de Martine Aubry, mais à condition qu'elle laisse tomber les fabiusiens qui la soutiennent depuis le début ! Les proches de François Hollande ont tenté cet été un rapprochement avec ceux de Bertrand Delanoë, mais ces derniers ne veulent pas entendre parler d'un accord à trois avec Ségolène Royal ! Pierre Moscovici a cherché à nouer une alliance avec les partisans de la ligne claire, Gérard Collomb, le maire de Lyon, et Jean-Noël Guérini, mais ceux-ci ont posé comme condition qu'il vienne avec des troupes, alors qu'une partie de celles-ci privilégient l'accord avec Martine Aubry ! Un véritable casse-tête, à côté duquel le Rubik's Cube paraît un jeu d'enfant. « Ce n'est qu'une bande de carriéristes », se lamente un mitterrandiste historique en contemplant le spectacle offert par ses camarades. Car la faiblesse des divergences de fond entre Aubry, Delanoë, Hollande et Royal est inversement proportionnelle à leur ambition présidentielle. Comme le résume un élu : « Le problème de leur entente vient du fait que chacun d'entre eux veut être le bénéficiaire principal de l'opération de rassemblement. »
A ce petit jeu, à trois semaines de la date limite de dépôt des motions (textes sur lesquels les militants du PS votent et qui déterminent les rapports de forces internes), Bertrand Delanoë a pris un temps d'avance en annonçant cette semaine dans Le Monde qu'il était candidat à la succession de François Hollande. Depuis un an, le maire de Paris se positionne dans cette optique, et les sondages (voir l'enquête TNS Sofres-Logica pour Le Figaro Magazine) le placent tous en position de favori, devant Ségolène Royal et Martine Aubry. Ses camarades n'ont pas été surpris de son annonce. Cet été, au cours des discussions avec les uns et les autres, Bertrand Delanoë et ses partisans répétaient invariablement le même refrain : on veut bien d'un accord, mais c'est Bertrand le candidat. Autour de François Hollande, on est quelque peu désabusé : « Nous leur avions proposé de constituer un pôle autour de l'axe Hollande-Delanoë, explique un proche du premier secrétaire. Tout le monde semblait d'accord et on reportait la question du leadership. La déclaration de mardi de Delanoë complique plutôt les choses. »
Les socialistes veulent croire que les jeux ne sont pas faits pour autant. Qu'il reste des marges de manoeuvre. C'est la raison pour laquelle le passage par Marseille et Marrakech ont été les figures imposées de cet été. Les négociateurs sont descendus dans la cité phocéenne discuter avec les promoteurs de la ligne claire. Certains, comme Pierre Moscovici, ont même poussé jusqu'en Corse pour rencontrer Jean-Noël Guérini, en vacances sur l'île de Beauté. Cette sérénade marseillaise n'est d'ailleurs pas du goût de tout le monde au PS : « C'est effrayant de voir que les hommes les plus convoités cet été ont été Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini », se désole, effondré, un élu socialiste. « La page people du PS a été trustée par le couple Collomb-Guérini. Ça montre le niveau du parti ! »
Peut-être, mais personne n'a oublié qu'en 1979 Gaston Defferre et sa fédération ont pesé 8 % au congrès de Metz. Un petit score qui plaçait le maire de Marseille en position charnière pour négocier avec un François Mitterrand autour de 40 %. Et si les Bouches- du-Rhône, associées à d'autres fédérations dans leur refus de voir un présidentiable accéder à la tête du parti, avaient à l'esprit de reproduire le même schéma ? Pour le moment, les discussions se poursuivent. D'où la deuxième destination à la mode cet été : Marrakech. Là où Dominique Strauss-Kahn possède un riad. Parmi les nombreux visiteurs du président du FMI, Manuel Valls, partisan de la ligne claire, venu déjeuner, et Martine Aubry, pour le dîner. « S'il veut revenir un jour, DSK a intérêt à ménager tout le monde », assure un élu, convaincu que l'ancien ministre laissera Pierre Moscovici tenter l'alliance avec Guérini et ses amis.
Ségolène Royal reste finalement la seule qui ne négocie avec personne pour le moment, bien décidée à reprendre la recette qui l'a amenée à la présidentielle : contourner les cadres intermédiaires du parti en s'adressant directement à ses électeurs afin que leur détermination fasse pression sur les premiers. C'est la raison pour laquelle elle ne fera qu'un passage éclair ce week-end à La Rochelle, ne restant qu'une journée sur les trois de l'université d'été. Pendant que les autres négocieront des ralliements et des places, elle sera à Florence, invitée d'honneur de la fête de l'Unità. Sa vraie rentrée s'effectuera le 6 septembre, à Bourg- Saint-Andéol, dans l'Ardèche. Superstition ? C'est dans ce département que commença sa marche triomphale, en 2006, quand elle vint à Privas le 8 mars et que, malgré ses deux heures de retard, les militants lui avaient réservé un accueil glorieux. Sous la pression des militants enthousiastes, les élus locaux commençaient à se rallier. L'organisation du « concert de la fraternité », le 27 septembre au Zénith de Paris, participe de la même logique, les royalistes espérant que l'effet de masse produira une forte mobilisation en sa faveur au sein du parti.
Le pari est risqué tant le processus d'un congrès est différent de celui d'une primaire. Dans ce domaine, Bertrand Delanoë, qui s'affiche moderniste sur les idées, est d'un classicisme absolu, privilégiant les négociations et les discussions avec ses camarades, là où sa rivale s'enferme dans un splendide isolement. « C'est du Marie-France Garaud dans la démarche jusqu'au-boutiste », s'inquiète un élu.
Martine Aubry a elle aussi adopté une stratégie des plus classiques. Elle a pris contact avec les uns et les autres, envoyé son dernier livre avec un petit mot et profité de son dîner marocain avec DSK pour dessiner les contours d'une future majorité qui intégrerait les amis du président du FMI, ceux du maire de Lille, mais aussi les fabiusiens. Seulement, c'est là que l'édifice commence à se lézarder...
La présence des amis de Laurent Fabius n'est pas du goût de tout le monde. Pierre Mauroy a ainsi fait comprendre à Martine Aubry qu'une partie de la fédération du Nord ne pourrait être dans la même majorité que l'élu normand. Le président de la Région Nord-Pas-de-Calais, Daniel Percheron, aurait fait savoir qu'il n'était pas question de s'associer avec Arnaud Montebourg. « La situation reste très ouverte », se rassure un proche de Martine Aubry. « Après, c'est une question d'ordre et de façon de faire. Dans les semaines qui suivront La Rochelle, il y aura des propositions qui feront bouger les lignes. » En attendant, Martine Aubry espère surtout que DSK mobilisera ses troupes autour d'elle et fera entendre raison à un Pierre Moscovici tenté par l'aventure avec les barons de province. Vendredi soir, une réunion du courant Socialisme et Démocratie devait entériner une « fusion » entre les amis d'Aubry et ceux de DSK. En début de semaine, le risque d'éclatement n'était pas totalement à exclure.« Il y a trop de désaccords stratégiques et d'inimitiés personnelles entre eux », estime un responsable socialiste. Même si DSK passe des coups de fil depuis Marrakech pour tenter de conserver intact son courant, les tentations sont trop fortes. « Il n'y a pas de stratégie fondée sur l'absence », lance un strausskahnien passé avec armes et bagages chez Bertrand Delanoë. Et le maire de Paris compte bien continuer sa « stratégie de saucissonnage » des amis de DSK.
Car, dans cette bataille, tous les coups sont permis. Tout le monde a bien compris que l'enjeu ne se limitait pas à la seule direction du parti socialiste, mais se prolongeait jusqu'à la désignation du candidat à la présidentielle de 2012. Même si Bertrand Delanoë a pris soin de préciser cette semaine qu'il « serait stupide de prétendre répondre aujourd'hui à une interrogation qui ne sera posée qu'en 2011 », personne n'est dupe des ambitions des uns et des autres. Bertrand Delanoë comme Martine Aubry et Ségolène Royal ont tous une revanche à prendre sur un parti et des élus qui un jour ou l'autre les ont laissés sur le bord de la route. C'est peut-être le moteur principal de leur ambition aujourd'hui.
Ancien numéro trois du PS en 1981, Bertrand Delanoë a quitté la vie politique pendant quelques années, après avoir été poussé hors de Paris et du Vaucluse lors des élections législatives de 1986 à la représentation proportionnelle. Revenu au premier plan grâce à sa victoire à Paris en 2001, il a misé sur la candidature parisienne aux Jeux olympiques de 2012 pour se positionner à la présidentielle de 2007. La défaite de Paris devant Londres, la poussée de Ségolène Royal l'ont empêché de tenter sa chance. Mais celui qui regrette encore de ne pas avoir osé se lancer dans la primaire en 2006 n'a aucune intention de passer à nouveau son tour.
Martine Aubry est dans une situation identique. Fragilisée par sa défaite aux législatives de 2002, la maire de Lille a dû se replier sur son beffroi pendant cinq ans et batailler contre ceux qui voulait l'exfiltrer du Nord sous prétexte qu'elle ferait perdre la Ville à la gauche en 2008 ! Sa victoire éclatante en mars dernier lui a permis de retrouver le chemin de la politique nationale, qu'elle n'a plus l'intention de quitter. Le titre de son dernier livre paru cette semaine, Et si on se retrouvait, annonce la couleur. Au fil des pages, elle amorce la réconciliation avec DSK et règle ses comptes avec le PS, notamment sur l'épisode des 35 heures:«Avec Dominique, nous avons par exemple suggéré à Lionel Jospin en 1997 de commencer par mettre en place les emplois-jeunes, alors que le PS souhaitait qu'on fasse tout de suite les 35 heures, mesure emblématique. Dominique et moi étions d'accord sur la stratégie, et nous nous sommes battus ensemble. Nous pensions qu'il fallait commencer par relancer la croissance. »
Ségolène Royal n'est pas moins revancharde envers les dirigeants du PS. Et sa rancoeur ne date pas de la campagne présidentielle de 2006. Au fond, elle sait qu'ils ne l'ont jamais prise au sérieux, la cantonnant, notamment de 1997 à 2002, à des secrétariats d'Etat qu'ils estimaient subalternes. Elle n'a jamais admis qu'ils refusent de lui confier les rênes du PS au lendemain de sa défaite de 2007, alors qu'ils n'ont pas hésité à le faire pour Lionel Jospin en 1995. Ségolène Royal oublie seulement que Lionel Jospin, comme François Mitterrand avant et Bertrand Delanoë aujourd'hui savent que pour se faire adouber par un parti il faut y passer du temps, en respecter les rites et les rythmes, ne pas bousculer ses barons mais discuter avec eux, les ménager, leur offrir des places pour récupérer leurs voix. Il se murmure d'ailleurs, rue de Solferino, que François Rebsamen, le maire de Dijon et bras droit de Ségolène Royal, ne partage pas totalement cette stratégie d'isolement. N'a-t-il pas multiplié cet été les contacts, notamment avec François Hollande ? Mardi,il était au traditionnel déjeuner du premier secrétaire et de sa garde rapprochée. Comme prévu, l'affrontement annoncé aura bien lieu. Cette perspective n'enchante guère ceux qui se souviennent que le congrès de Rennes, de sinistre mémoire, opposait de la même façon des responsables aux idées proches et aux ambitions démesurées : Laurent Fabius et Lionel Jospin. Mais, en 1990, François Mitterrand, de l'Elysée, pouvait tenter de limiter les dégâts. Aujourd'hui, il n'y a plus personne pour freiner les combattants. Et surtout pas un François Hollande aux marges de manoeuvre considérablement réduites. « Beaucoup de militants et de responsables sont consternés par ce combat et veulent prendre la tangente », assure un élu, inquiet de voir que les mêmes recettes vont produire les mêmes résultats : « Une pincée de gauche plus une pincée de droite pour faire une majorité. C'est le parti d'hier qui nous a conduits trois fois à l'échec à la présidentielle. »Mais, comme le disait sir Winston Churchill : « Le succès vient de la capacité d'aller d'un échec à l'autre sans perte d'enthousiasme. »
Tf1
François Rebsamen, numéro deux du PS, appelle mercredi les proches de François Hollande et ceux de Ségolène Royal à une "motion commune" en vue du congrès du PS à Reims, sans exclure l'idée que d'autres puissent les rejoindre. Le maire de Dijon, proche à la fois du premier secrétaire sortant et de Ségolène Royal dont il a signé la contribution et dont il avait codirigé la campagne présidentielle, a déclaré à l'AFP : "je voudrais les appeler à travailler ensemble à l'élaboration d'un motion commune".
"Une convergence de positions apparaît au travers de faits précis : opposition franche à Nicolas Sarkozy, cohérence du PS, respect du vote des militants", affirme François Rebsamen. Il souligne "une convergence politique qui doit les obliger à travailler ensemble à l'élaboration d'une motion commune". Des "initiatives seront prises avant le 1er septembre", assure-t-il.
Travailler ensemble
Les journées d'été du PS à La Rochelle ont lieu du 29 au 31 août. Il s'agit de faire "cela par étapes", selon François Rebsamen qui n'écarte "absolument pas l'idée que d'autres puissent (les) rejoindre". Il déclare ainsi que les barons régionaux Jean-Noël Guerini et Gérard Collomb, signataires de la contribution "la Ligne claire", "ont leur place avec nous", "et puis aussi Bertrand Delanoë", favori pour la succession de François Hollande, qui porte sa propre contribution. L'entourage de François Hollande a eu des "contacts" avec un proche du maire de Paris, l'ancien ministre Daniel Vaillant, souligne-t-il.
François Rebsamen veut proposer aux responsables de la contribution Hollande et à ceux du texte Royal de se rencontrer pour travailler ensemble, "même sans" les principaux intéressés, ex-compagnons séparés depuis 2007. "Je considère qu'il n'y a aucune raison - à part des raisons personnelles que je souhaite évacuer - empêchant des responsables des deux côtés de se rassembler", dit-il. "Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise", insiste François Rebsamen.
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29.08.2008
du coté de la Rochelle
Sondage. Delanoë est préféré à Royal pour prendre la tête d’un parti que les Français ne comprennent plus.
PASCAL VIROT
QUOTIDIEN : vendredi 29 août 2008
15 réactions
Ala veille de l’université de La Rochelle, les Français ont du mal à entendre et comprendre le PS. Trop de leaders, pas assez de solutions concrètes, pas de projet : entre socialistes et électeurs, l’incompréhension est patente.
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Réalisée avant l’officialisation de la candidature de Bertrand Delanoë au poste de premier secrétaire, l’enquête Viavoice pour Libération (1) montre que le maire de Paris creuse la distance avec ses concurrents, et en premier lieu avec Ségolène Royal. Tant auprès de l’ensemble des Français (28 %) qu’auprès de sympathisants de gauche (26 %) ou des sympathisants socialistes (30 %), il est perçu comme le meilleur successeur possible à François Hollande (2). Dans ces trois catégories, il devance la présidente de Poitou-Charentes qui recueille respectivement 18 %, 25 % et 24 %.
«Fratricide». A titre de comparaison, au mois de mars (sur la base d’une liste de personnalités partiellement différente, testées par LH2 pour Libération), Bertrand Delanoë recueillait 21 % des citations de l’ensemble de l’échantillon, 23 % auprès des sympathisants de gauche, 24 % auprès des sympathisants socialistes. Ségolène Royal obtenait alors 17 %, 24 % et 24 %. Le maire de la capitale réalise ses meilleurs scores auprès des personnes ayant 65 ans et plus (30 %, contre 12 % pour Ségolène Royal), auprès des cadres (28 % contre 9 %), et auprès des sympathisants de droite (33 % contre 8 %). L’ex-candidate à la présidentielle, elle, recueille ses meilleurs appuis auprès des 18-24 ans (32 % contre 26 % pour Delanoë) et des ouvriers (27 % contre 25 %). Loin derrière viennent Martine Aubry (qui ne s’est pas déclarée candidate) et Pierre Moscovici (officiellement sur les rangs).
Les «rivalités fratricides» qui «minent» le PS, selon l’expression de François Miquet-Marty, directeur des études chez Viavoice, sont perçues comme telles par les Français (à 61 %) et pire par les sympathisants socialistes (64 %). Et cette «balkanisation» du PS ne devrait pas s’atténuer à l’approche du congrès de Reims, en novembre.
Carence. Mais il n’y a pas que le déficit de leadership (ou son trop-plein) qui rebute les Français : ils reprochent aussi au PS son absence de solutions concrètes (31 %) et sa carence en terme de projet global (30 %). Sans leader, sans stratégie (avec le reste de la gauche émiettée ou avec le Modem ?), sans projet, le PS se retrouve dans les pires conditions pour (re)conquérir le pouvoir. Et ce n’est pas ce que les Français entrevoient comme un atout - son ancrage local - qui peut le rassurer : cette implantation dans les villes, les départements et les régions, apparaît en creux, comme une carence dans le registre national.
Ainsi, conclut François Miquet-Marty, «par le simple jeu de ses procédures, le Parti socialiste entretient durablement son propre discrédit auprès d’une opinion publique qui ne comprend plus ses difficultés à surmonter ses concurrences internes et à substituer à ses préoccupations égocentrées, une plus grande attention aux Français, et une plus forte opposition au pouvoir».
(1) Réalisée par téléphone du 20 au 22 août auprès de 1 029 personnes, selon la méthode des quotas.
(2) Seuls les militants socialistes désigneront leur numéro un, le 20 novembre (éventuellement le 21 en cas de second tour).
A La Rochelle, François Hollande demande aux socialistes de "faire bloc"
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 29.08.08 | 07h00 • Mis à jour le 29.08.08 | 09h19
Le premier secrétaire du PS, François Hollande, a lancé, jeudi 28 août, l'université d'été du Parti socialiste. Devant quelques centaines de militants réunis au siège de la fédération PS de Charente-Maritime, il en a appelé "à la responsabilité de chacun". Alors que se profile un changement de direction au PS au congrès de Reims en novembre, le chef du PS a rappelé que, dès à présent, "il faut que nous soyons non seulement à la hauteur des enjeux, mais à la hauteur de nous-mêmes. (...) Il faut qu'on prenne conscience qu'effectivement les Français nous regardent, quelquefois avec un peu de scepticisme, d'inquiétude, mais aussi d'espoir, d'attente. Alors, faisons ensemble de ces universités le beau rendez-vous des socialistes, non pas avec eux-mêmes mais avec le pays", a-t-il souhaité.
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Devant les journalistes, M. Hollande a encore insisté sur cette nécessaire union. "Ce que je demande aux uns et aux autres et à moi-même, c'est que nous fassions bloc, c'est que nous fassions parler les socialistes d'une seule voix (...). Je ne veux pas que l'université d'été soit l'objet de conciliabules, (...) de combinaisons", a-t-il déclaré. Interrogé sur les préparatifs du congrès, le premier secrétaire a affirmé qu'il était "là pour créer des rapprochements (...) pour que ceux qui, depuis des années, ont porté la même conception du parti, de la gauche, se retrouvent (...). Tous ceux-là doivent former la prochaine direction du Parti socialiste."
Présent dans l'assistance, Bertrand Delanoë, l'un des favoris pour prendre les rênes du PS, ne s'est pas affiché aux côtés de François Hollande, tout en demandant à la presse de "faire attention à ce que les images ne remplacent pas le fond". Se présentant comme un "militant modèle", présent dès les premières heures de l'université d'été, il a expliqué qu'il était venu à La Rochelle pour recueillir des "idées intelligentes pour les Français".
AUBRY ET ROYAL ARRIVENT VENDREDI
Egalement en position d'assurer la succession de François Hollande, Ségolène Royal et Martine Aubry n'arriveront que vendredi à La Rochelle. La maire de Lille ne s'est pour l'instant pas déclarée candidate au poste de premier secrétaire. Interrogée jeudi sur France 2, elle a repoussé l'heure du choix en expliquant qu'il fallait "mettre les choses dans le bon ordre" et placer "les idées d'abord". "Il faudra à un moment donné un chef (...). Et ce quelqu'un ne réussira que si, d'abord, nous avons une vraie perspective", a-t-elle ajouté. Tout en expliquant qu'elle n'est pas "quelqu'un qui recule devant ses responsabilités", Mme Aubry a indiqué que sa décision"dépendra du collectif", laissant la porte ouverte à des alliances. "Nous avons beaucoup de points communs avec Bertrand Delanoë. Mais nous avons beaucoup de points communs avec les amis de Dominique Strauss-Kahn, de Laurent Fabius, de Benoît Hamon, des grands élus", a-t-elle expliqué.
Pour sa part, Ségolène Royal, dans un entretien à La Nouvelle République du Centre publié vendredi, appelle les ténors du PS à ne pas "polluer" l'université d'été par "des enjeux des personnes". "Il y a des nuages noirs qui s'amoncellent sur la situation économique de la France avec la récession. Les socialistes (...) ont une responsabilité éminente : ils doivent donner une image de retenue, être à la hauteur de ce que l'on attend de nous et bannir les petites phrases", ajoute la présidente de Poitou-Charentes, candidate déclarée au poste de premier secrétaire du PS. Malgré sa "puissance" sur le terrain, le PS donne, selon Mme Royal, "le spectacle d'une force désorganisée et en crise. Il faut donc clarifier le projet et adopter des règles de fonctionnement qui empêchent l'individualisme de l'emporter sur le collectif".
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28.08.2008
bertrand
En province, Delanoë ne déclenche pas l'enthousiasme
De notre envoyé spécial à Bergerac , François-Xavier Bourmaud
27/08/2008 | Mise à jour : 20:39 | Commentaires 13 .
AFP/ANDRIEU
Bertrand Delanoë étrennait, mercredi à Bergerac, son costume de candidat à la tête du PS.
Y aurait-il un paradoxe Delanoë ? Au plus haut dans les enquêtes d'opinion, le maire de Paris ne provoque pas sur le terrain l'enthousiasme des militants ou des sympathisants. Mercredi à Bergerac, pour ses premiers pas dans son costume de candidat déclaré à la succession de François Hollande, Bertrand Delanoë a tout juste réussi à susciter la curiosité des passants.
Après un court passage à la mairie pour un entretien privé avec le maire socialiste de la ville, Dominique Rousseau, Bertrand Delanoë rencontre la presse à la maison des vins où il dit tout le bien qu'il pense de tout le monde au PS, sauf de Ségolène Royal. Martine Aubry ? «C'est quand elle veut. Comme elle le propose elle-même dans son livre : Et si on se retrouvait…» François Hollande ? «J'apprécie son intelligence politique. Beaucoup qui le critiquent aujourd'hui oublient qu'ils ont été coresponsables de la direction du parti dont je ne fais pas partie.» Benoît Hamon ? «Je n'ai aucun problème à militer avec lui, même si nous ne sommes pas d'accord sur tout.» Ségolène Royal ? «On verra.»
Bertrand Delanoë le sait, il lui sera impossible de s'emparer du PS sans élargir la base de ses soutiens aujourd'hui limitée à Lionel Jospin et à Élisabeth Guigou. D'où ses appels du pied. «Est-ce qu'il y a un seul socialiste qui pense que je n'aurai pas de plaisir à travailler avec lui ?», demande-t-il avant d'assurer : «Je ne serai jamais de ceux qui divisent le PS.»
Séance de dédicaces
Mais à défaut de diviser, il ne rassemble pas encore les foules. Dans les rues qui le mènent à la librairie où il doit dédicacer son livre, l'accueil des passants est indifférent. Quelques poignées de main, un salut aux policiers municipaux, une pose devant la statue de Cyrano à la demande d'un photographe… Et dans la librairie, même topo. La file de lecteurs, une trentaine tout au plus, s'épuise vite. Si bien que le retard accumulé sur le programme n'a pas de mal à être rattrapé. Certes, les vacances ne sont pas terminées. Certes, il faisait bien chaud hier à Bergerac pour aller se faire dédicacer un livre. Certes, la librairie en question est plutôt spécialisée dans la littérature et pas dans les livres politiques. Mais l'on est bien loin de l'enthousiasme, parfois délirant, que pouvait provoquer Ségolène Royal à chacune de ses séances de dédicaces.
Plus tard dans la soirée, Bertrand Delanoë a été chaleureusement accueilli lors d'un meeting à Bergerac. Début de mobilisation militante en sa faveur ?
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27.08.2008
gaetan Gorce
Les conditions d'un congrès réussi
À quelques jours de La Rochelle, chacun est en droit de s'interroger. Qu'adviendra t il du PS a l'issue de son congrès ? Passons sur le fait que les manoeuvres se déploient au grand jour sans contribuer à une clarification des enjeux pour nous concentrer sur l'essentiel : au-delà des alliances qui se feront ou se déferont au gré des ambitions, quelles sont les conditions d'un congrès réussi ? Elles sont , de mon point de vue , de trois ordres , simples à énoncer mais difficiles a cumuler.
La première est celle du leadership : Reims doit impérativement déboucher sur le choix d'un premier secrétaire disposant de toute l'autorité politique et morale pour être entendu de l'opinion et respecté dans le parti. Peu importe qu'il affiche ou non des ambitions présidentielles : ce qui comptera c'est qu'on ne puisse a priori lui dénier les qualités nécessaires pour les assumer le moment venu !
La deuxième condition a trait au contenu de la rénovation a opérer. Le congrès devra s'entendre sur un agenda précis ou seront précisés et le tempo et le sens des révisions a opérer. Foin de ces forums vides de contenu qui ont occupé l'année écoulée et plein feu sur les enjeux économiques et sociaux : comment faire du PS le parti de la réforme de l'État-providence, de la réaffirmation de l'intérêt général , des contre pouvoirs démocratiques et du rassemblement le plus large ? Il ne devra y avoir aucun doute sur l'ambition réformiste, moderne et populaire de la stratégie retenue.
Enfin, un accord de majorité, c'est-à-dire un engagement de solidarité, doit être conclu. D'ici 2012, les épreuves ne manqueront pas . Aussi faudra t il que la nouvelle direction soit sûre de son unité. En clair, qu'au premier coup de Trafalgar aucun leader ou chef de courant ne choisisse, comme l'habitude s'en est prise, de tirer des bordées pour son propre compte !
On le voit, il n'y a la rien d'impossible !
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