12.11.2008

reflexions post congres

PS: Ségolène Royal sort sa candidature du frigidaire
AP | 11.11.2008 | 17:02
Elle est prête à y aller. Forte de la majorité relative obtenue lors du vote des militants, Ségolène Royal sera bien candidate au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, a annoncé mardi un de ses proches à trois jours de l'ouverture du congrès de Reims.
La présidente de la région Poitou-Charentes, qui a refusé de s'exprimer mardi, devrait préciser ses intentions en dévoilant mercredi ses propositions pour la nouvelle gouvernance du PS.
Si aucune décision n'est officiellement prise, les informations convergent: Mme Royal, qui avait mis sa candidature "au frigidaire" le 15 septembre dernier pour favoriser son alliance avec les barons locaux du PS, sera bien candidate à la succession de son ex-compagnon François Hollande.
Le porte-parole du PS Julien Dray, proche de la candidate, a confirmé mardi à l'Associated Press l'information annoncée par "Le Monde": "d'après mes informations, c'est vrai", a déclaré le député de l'Essonne.
Selon "Le Monde", la présidente de la région Poitou-Charentes proposera dans les prochains jours une nouvelle organisation de la direction du PS. Un Premier secrétaire (ou président) devrait chapeauter une direction composée d'un Premier secrétaire délégué et d'une "équipe rajeunie".
Lundi après-midi, devant les mandataires départementaux de sa motion réunis au Sénat, Mme Royal n'avait pas annoncé explicitement sa candidature. Mais ses proches avaient tous convenu que la majorité relative de 29% obtenue jeudi dernier lors du vote des militants la rendaient "légitime".
"C'est l'hypothèse sur laquelle on est", a tempéré une proche de Mme Royal interrogée par l'AP. "Cela ne veut pas dire que c'est décidé".
En septembre dernier, Ségolène Royal avait mis "au frigidaire" sa candidature jusqu'au vote des militants. Après sa victoire relative, elle a hésité entre deux options, être candidate elle-même ou proposer un proche (Vincent Peillon, Julien Dray ou François Rebsamen) comme solution de compromis.
Le congrès du PS se tient le week-end prochain à Reims. Le successeur de François Hollande, qui passe la main après 11 ans à la tête du parti, sera élu le 20 novembre par les militants.
En se portant candidate, Mme Royal est confrontée au risque d'un front de ses concurrents contre elle, sur fond d'ambitions rivales pour la présidentielle de 2012. Pour conjurer ce risque et constituer une majorité, elle a multiplié depuis vendredi les contacts avec les autres motions, et notamment celles de Bertrand Delanoë et Martine Aubry, au coude-à-coude avec 25% des voix chacun. Elle a notamment reçu lundi soir pendant une heure et demie M. Delanoë dans ses bureaux parisiens, selon son entourage, qui a qualifié la rencontre de "conviviale".
La finaliste de l'élection présidentielle de 2007, dont les relations avec le "vieux parti" sont difficiles, s'efforce aussi de clarifier sa position sur la question qui fâche, celle des alliances. Plus que méfiants, ses concurrents lui prêtent l'intention de négocier un contrat de gouvernement avec le MoDem de François Bayrou.
Dans un document de travail transmis aux autres motions, dont l'Associated Press a obtenu une copie, Mme Royal rappelle que la stratégie du PS "a toujours consisté d'abord à rassembler la gauche, toute la gauche, autour d'un contrat de gouvernement", puis à s'adresser "seulement ensuite à toutes les forces susceptibles de se reconnaître dans le projet socialiste pour battre la droite".
Les responsables des autres motions n'ont pas voulu commenter la candidature de Ségolène Royal avant qu'elle ne soit officialisée. Les amis de Martine Aubry ont prévu de réagir après leur réunion prévue mercredi après-midi au conseil régional d'Ile-de-France. La maire de Lille doit elle aussi clarifier ses intentions. AP
Selon toute vraisemblance, Ségolène Royal devrait briguer la tête du Parti Socialiste. "D'après mes informations, c'est vrai", a déclaré à l'Associated Press le porte-parole du PS, Julien Dray. Un autre proche de l'ex-candidate socialiste à la présidentielle l'a également confirmé au Point . D'autres, néanmoins, se disent prudents. "Rien n'est fait tant qu'elle n'a pas fait d'annonce officielle", glisse un cadre de Solférino qui rappelle que Julien Dray, lui-même prétendant au poste de premier secrétaire, a tout intérêt à saborder une éventuelle candidature de Vincent Peillon, député européen proche de Ségolène Royal, dont le nom circule avec insistance depuis quelques jours.
Au-delà de toutes ces considérations, il semble toutefois que Ségolène Royal ait bel et bien décidé d'aller au bout de l'aventure entamée il y a deux ans. "Évidemment qu'elle a envie d'y aller : premièrement, parce qu'elle rêve d'être candidate à la présidentielle et que Solferino peut lui apparaître comme un tremplin ; deuxièmement, parce que des divisions naissent chez nous qu'il serait de bon ton de ne pas attiser." Par "divisions", ce membre de l'équipe Royal entend justement la multiplication des candidatures officielles ou officieuses, au sein même de son camp. Ségolène Royal devrait quoi qu'il en soit annoncer mercredi les propositions de sa motion "pour la gouvernance du PS".

"Fédérer la gauche"

En attendant, son équipe a d'ores et déjà soumis aux autres motions un document de travail qu'ils sont appelés à enrichir, intitulé "Pour l'unité et le renouveau du Parti socialiste". Dans ce texte, que s'est procuré Le Monde , l'ancienne rivale de Nicolas Sarkozy propose "de mettre le parti en mouvement autour de quatre grands chantiers destinés à redonner au PS toute sa place auprès des Français" : "Répondre d'abord à l'urgence de la crise", "cinq orientations pour bâtir le socialisme du 21ème siècle", "faire du Parti socialiste une force neuve" et enfin "fédérer la gauche". Un dernier point qui vise sans nul doute à apaiser la colère des signataires des autres motions qui n'acceptent pas la stratégie d'alliance au centre de Royal . "La stratégie des socialistes a toujours consisté d'abord à rassembler la gauche, toute la gauche autour d'un contrat de gouvernement", affirme opportunément le texte. L'expression " contrat de gouvernement" avait justement été employé en septembre par Vincent Peillon, au sujet... du MoDem...
À l'issue du vote des militants socialistes de jeudi dernier , Ségolène Royal avait pris l'avantage dans la course à la direction du parti en recueillant 29 % des voix sur sa motion. Derrière elle, Bertrand Delanoë a recueilli 25 %, Martine Aubry aux alentours de 25 % également et l'outsider Benoît Hamon 19 %.

Pour Ségolène Royal, le plus difficile commence

Depuis le 7 novembre au matin et l’annonce du résultat du vote sur les motions (qui, par parenthèses, n’a toujours pas été définitivement proclamé par le PS), Ségolène Royal a effectué un parcours sans faute. Elle qui, en 2006, avait mis des jours à téléphoner à ses concurrents malheureux au lendemain de sa désignation comme candidate à la présidentielle, a contacté sans tarder ses rivaux. La présidente de la région Poitou-Charentes arrondit les angles. Le document de travail remis aux autres motions le 10 novembre est parfaitement consensuel. Y compris sur le MoDem, une thématique largement instrumentalisée par les adversaires de Mme Royal.
Au sein de son propre courant, « Ségolène » est parvenue à s’imposer face à ses alliés avec ce qu’il faut bien appeler un certain culot. Les grands barons de la Ligne claire, qui ont largement assuré sa majorité relative… en échange de sa non-candidature, ont été mis devant le fait accompli. Elle leur a expliqué qu’il fallait écarter le risque de voir un aspirant premier secrétaire manquant de notoriété – Vincent Peillon était disposé à tenter sa chance – devoir affronter une candidature de dernière minute d’un ténor du parti. Celle de Martine Aubry ou de Benoit Hamon.
Le « document de travail ouvert » adressé à ses concurrents arrondit les angles avec une certaine habileté. Continuer d’affirmer que les « Ségolistes » roulent pour l’union avec le MoDem va forcément devenir plus difficile. A moins, comme le fait déjà Benoit Hamon, de considérer que l’on ne peut pas faire confiance à ce que dit Mme Royal. Ou prétendre, comme Henri Emmanuelli que les enseignements essentiels du scrutin sont 1) que l’ex-candidate a perdu la moitié de ses voix par rapport à 2006 (ce qui n’est pas faux mais fait l’impasse sur l’essentiel) 2) que la gauche du parti fait un excellent score. Ce qui, comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon, est beaucoup plus discutable puisqu’au Mans « la gauche » se situait autour de 40%. Un discours de nature à resserrer les rangs de ses troupes mais pas forcément à fédérer une majorité alternative.
Pour Ségolène Royal, toutefois, le plus dur commence. A l’offensive qu’elle tente de déployer, ses adversaires s’organisent pour mener – au moins jusqu’à l’ouverture du congrès – une bataille de positions. La « gauche » du parti pilonne consciencieusement le camp Royal. Chez Bertrand Delanoë, on s’est enfermé dans un bunker. Pas question, au moins pour l’instant, de saisir la perche tendue par la motion arrivée en tête.
Certains, comme Harlem Désir – visiblement toujours sous le choc de la déconvenue du 6 novembre – croient mordicus à une sainte-alliance anti-Royal voire à un retour de flamme de la candidature Delanoë. D’autres, parmi les « hollandais » se disent qu’ils pourraient renouer avec Ségolène. D’autant plus que leur apport pourrait être décisif.
Enfin, chez Martine Aubry, on ne semble pas prêt à entrer dans la grande fraternité ségoliste. Lundi 10 novembre, François Lamy que la maire de Lille avait dépêché vers Mme Royal n’a même pas accepté de prendre le texte de négociation que celle-ci lui tendait….
Face à des interlocuteurs au pire hostiles, au mieux désireux de gagner du temps, la stratégie de l’ex-candidate socialiste à la présidentielle, qui consiste à se poser comme la grande réconciliatrice du parti, n’est pas facile à mener. En cas de refus obstiné de négocier, elle apparaîtra comme la victime des réflexes sectaires du « vieux parti » et en appellera aux militants. Bref, si les choses ne bougent pas d’ici vendredi 14 novembre, le congrès de Reims risque de ressembler à une guerre de tranchées. Il aurait peut-être fallu l’avancer de quelques jours. Pour le faire débuter le 11 novembre.

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