29.11.2008

rapprochement

28 novembre 2008
Guérini: «Pas de bâtons dans les roues d’Aubry»
INTERVIEW. Le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, a soutenu «Ségolène», mais il est prêt à travailler avec «Martine» : il joue, comme toujours, le pragmatisme. «Pour moi, l’urgence, ce n’est pas 2012», explique-t-il à Libération. Histoire de prendre ses distances avec Ségolène Royal.
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Depuis dix ans, l’homme fort du PS dans les Bouches-du-Rhône avait toujours su se placer du côté du manche. Pour la première fois, il fait partie du camp des perdants. A l’ex-candidate à l’Elysée, il a apporté, dans le combat au sein du PS, tout le poids de sa fédération, qui a voté à chaque fois à 70 % pour elle, en toute spontanéité bien sûr. Qu’importe : il compte remonter en selle avec Martine Aubry. C’est qu’il pèse son poids de grand élu, avec les 11 000 militants de sa fédération.
Vous vous retrouvez dans l’opposition au sein du PS ?
J’ai effectivement dit cela. Mais maintenant, j’attends les propositions de Martine Aubry, sa conception de la rénovation. Mercredi, il y a eu une rencontre avec Ségolène Royal. Ça s’est bien passé. Il y en aura une autre samedi, à laquelle je participerai. Nous allons rentrer dans les détails. Si les propositions qui nous sont faites vont dans le bon sens, nous travaillerons tous ensemble. Je ne ferai rien pour mettre des bâtons dans les roues de Martine Aubry.
Vous désirez participer à la direction du parti ?
Je ne cherche aucun poste.
Vous ne vouliez pas de présidentiable à la tête du PS, c’est raté…
Je ne change rien à cette idée. Je n’ai pas entendu dire que Martine Aubry était candidate. Arrêtons avec la présidentielle !
Pourtant, Ségolène Royal ne parle que de cela et veut organiser des «fêtes de la fraternité»…
Ce n’est pas d’actualité. Pour moi, l’urgence, ce n’est pas 2012 ! Qu’on se préoccupe du fond ! Qu’on se reconnecte à la réalité ! Un peu de modestie et d’humilité. On a vu où nous ont conduit les querelles de personnes.
Y aura-t-il néanmoins un courant Ségolène Royal ?
J’arrête avec ces courants, les sensibilités… Je ne suis pas dans une écurie de présidentiable. Je suis au PS. Au moment venu, en 2011, on choisira.
Au plus fort du combat, vous avez dit que votre «maître en politique, Gaston Defferre [ex-maire de Marseille, ndlr], devait se retourner dans sa tombe».
Mais oui ! Des invectives, des propos blessants, stupides ont ridiculisé le parti… On se battait entre nous. Ce que j’ai dit, avec Gérard Collomb [maire de Lyon, ndlr, lire ici l'article de Libé Lyon], depuis plusieurs mois, c’est que le PS, grisé par ses victoires locales, a perdu le contact avec les forces vives, les syndicats, le monde associatif, les intellectuels. A force de batailler pour des questions de personnes, l’essentiel a été oublié.
Vous avez eu peur de l’éclatement ?
Jamais ! Le PS est le parti de l’éternel débat. Il n’y a pas plus démocratique. Même si des désaccords entre les personnes existent, tant qu’il y a débat, le PS n’implosera pas.
Vincent Peillon, qui était à vos côtés avec Ségolène Royal, a exprimé des «doutes» sur la sincérité du vote.
L’élection de Martine Aubry, on peut en penser ce qu’on veut.
Mais saisir la justice ?
Je désapprouve ce genre d’initiative. On ne va pas en justice contre son propre parti.
Les Bouches-du-Rhône sont souvent montrées du doigt pour quelques tripatouillages, au moment du vote…
Au contraire : depuis quatre ou cinq jours, la fédération des Bouches-du-Rhône est citée en exemple ! Pourquoi nous faisons des scores aussi importants quand nous prenons position ? C’est le fruit d’un travail pour rassembler. Nous avons rassemblé.
«De la vieille chenille va sortir un nouveau papillon», dit Arnaud Montebourg. Vous y croyez ?
Arnaud est un grand philosophe. Sommes-nous capables de travailler ensemble au-delà de nos différences ? A la première secrétaire de faire des propositions.
RECUEILLI PAR MICHEL HENRY
LYON,
de notre correspondant
Ils se sont rangés derrière elle en 2006. Aujourd’hui, sans prendre leurs distances avec Ségolène Royal, ceux qu’on appelle les barons du camp royaliste, Gérard Collomb, le maire de Lyon, et Jean-Noël Guérini, le président du conseil général des Bouches-du-Rhône (lire ci-contre), se disent prêts à faire un bout de chemin avec Martine Aubry, l’irréductible adversaire de leur championne.
C’est ce que confie, en privé, Collomb qui se dit atterré par le spectacle qu’offre le PS depuis quelques jours. Il a plaidé l’apaisement, veut que le parti tourne la page, que les blocs parviennent à dépasser la crise pour travailler ensemble. Si cela se fait, alors le maire de Lyon, premier signataire de la motion Royal, est «disponible» pour travailler avec la nouvelle direction. Et pour que l’on comprenne à quel point il a peu goûté les jours qui viennent de s’écouler, il ajoute : «J’y prendrais de toute façon plus de plaisir que dans la période que nous venons de vivre.»
Dîner. Collomb a plusieurs fois tenté de jouer les passerelles entre Royal et Aubry. Soutien de la première à la primaire présidentielle de 2006, il avait pris un peu de distance et failli rejoindre Aubry cet été, avant qu’elle ne s’allie avec Laurent Fabius. Il s’était alors entendu avec Royal, lors d’un dîner secret qui s’était tenu début septembre à Lyon, chez Najat Belkacem, porte-parole de Royal et adjointe de Collomb. L’union s’était formalisée après que la Poitevine ait accepté de mettre provisoirement au frais sa candidature au poste de premier secrétaire. Collomb a maintenu des liens avec Aubry, ils se sont régulièrement téléphonés.
Puis est venu le vote plaçant les deux candidates au coude à coude. Collomb est alors prudemment rentré aux abris pendant que les coups fusaient. Il n’était même pas mardi au conseil national, retenu à Lyon par son conseil municipal. «On ne sait pas ce qui s’est réellement passé, on ne sait pas s’il y a eu tricherie. Cela ne sert à rien de parler», expliquait son entourage. «En interne, j’ai toujours plaidé, pendant ces quelques jours, pour que l’on puisse surmonter la crise», ajoute Collomb. Son chef de cabinet a sondé les militants de sa motion pour savoir ce qu’ils pensaient de la situation. Il a ensuite transmis une note à Royal pour la prévenir qu’une judiciarisation du vote serait très mal perçue.
Chez lui, il avait depuis longtemps pacifié la situation. Avant même l’élection d’Aubry, un accord avait été trouvé avec les représentants des quatre principales motions, pour se répartir les postes dans le Rhône, et ne présenter qu’un candidat au secrétariat fédéral. Les partisans de Benoît Hamon se sont ensuite dédits car l’accord avait été publié prématurément.
«Accord». Désormais, Collomb aimerait à présent une entente nationale. «Il faut un accord entre elles et entre les équipes», assure-t-il. Si cela se fait, pourrait-il lui-même accepter un poste ? «Je suis disponible, mais je n’ai jamais cherché de poste dans ce congrès. Cela peut se faire s’il y a d’abord un accord du groupe que nous avons formé autour de Ségolène Royal. Puis, si le parti a besoin de moi et que cela correspond à ce que je sais faire. Alors ce serait volontiers.» Il propose une «conférence des grands élus», qui ferait «remonter les facteurs de réussite» expérimentés localement. Du coup, l’idée avancée par Aubry d’un «conseil national des territoires» va, selon lui, dans le bon sens

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