14.01.2009

Gaetan

// Cette rentrée est lourde d’inquiétudes et de menaces. Elle suppose,
pour chacun d’entre nous, de faire preuve d’un véritable esprit de
responsabilité. Cela vaut naturellement pour la majorité dont on peut
regretter le cynisme trop voyant, cela vaut aussi pour l’opposition qui
ne peut se contenter de commenter les évènements. La critique adressée à
la politique de Nicolas Sarkozy est profondément justifiée. Rien n’a été
fait pour anticiper la crise. Et le plan de relance est profondément
déséquilibré dans la mesure où il ne comporte aucune disposition
véritablement significative en matière sociale. Pourquoi, par exemple,
ne pas avoir généralisé les contrats de transition professionnelle pour
amortir de manière significative la situation de ceux qui vont perdre
leur emploi dans le cadre d’un plan social, ou pire, et ce sont plus
nombreux, en dehors de tout plan social ? Il est essentiel que droite
comme gauche, Gouvernement comme Parlement, acteurs économiques et
acteurs sociaux se situent à la hauteur des évènements et surtout de
l’angoisse qui étreint nos concitoyens. Or, la rentrée politique, pas
plus que la rentrée syndicale, ne répondent à cette préoccupation.


Voir l’Assemblée nationale toute entière occupée de ses propres
affaires, c'est-à-dire de la question du droit d’amendement ne
correspond en rien aux enjeux du moment. La faute en est au Gouvernement
qui a choisi d’ouvrir ce front au pire moment, s'attaquant au seul vrai
pouvoir dont l'opposition dispose. La revalorisation du Parlement
souhaitée par tous mérite mieux que ce débat tronqué, forcément
excessif, polémique et déplacé. Ne serait-il pas préférable qu’un
compromis soit rapidement trouvé? Ou mieux : que cette question soit
remise à plus tard pour ne pas donner le spectacle d’un déchirement
politique et partisan au moment même où c’est le rassemblement qui
devrait prévaloir dans l’intérêt du pays.


Le blocage constaté sur le renouvellement de la convention d’assurance
chômage est tout aussi déplorable. Alors que la crise s’accentue, on
aurait pu s’attendre à ce que les partenaires sociaux aient d’abord le
souci de s’entendre pour renforcer la protection et le droit de ceux qui
vont perdre leur emploi. La CFDT a choisi de prendre ses responsabilités
en acceptant un texte qu’elle juge pourtant insuffisant et qui à
l’évidence doit être amélioré. Il est dommageable que le patronat n’aie
pas été capable de faire prévaloir l’exigence de la cohésion sociale sur
des intérêts de court terme comme la baisse des cotisations. A quoi cela
rime t-il d’envisager une telle baisse au moment où, au contraire, il
faut améliorer et la durée, et le montant des indemnisations, quitte
naturellement à renforcer les devoirs des demandeurs d’emploi concernés.
Aussi, pourrait-on souhaiter là aussi, que le Gouvernement se saisisse
des moyens qui sont les siens pour ramener les partenaires sociaux
autour de la table de négociation afin que le texte de la convention
soit singulièrement amendé et aménagé et puisse faire l’objet d’un
consensus. Que l’indemnisation des chômeurs, au cœur d’une crise
sociale, soit un sujet de polémique entre les partenaires sociaux et
avec le Gouvernement est totalement hors de propos.


Agréer un texte qui ne recevrait qu'une signature, fut-elle estimable,
de la CFDT, est par conséquent inimaginable. L'imposer, par dessus la
tête des syndicats serait tout aussi inacceptable. C'est la voix du
consensus qu'il faut explorer sans cesse et apporter ainsi la
démonstration que les responsables politiques, économiques et sociaux ne
ménagent pas leurs efforts pour rechercher des solutions partagées sans
lesquelles la confiance continuera de décliner.

Comment ne pas souhaiter enfin que nous soient épargnées les
déclarations semblant spéculer sur la gravité de la crise sociale pour
favoriser les changements politiques!


Aussi, je forme le vœu, en ce début d’année, que ceux qui sont
aujourd’hui en responsabilité donnent l’image d’un vrai souci de
l’esprit public, se plaçant d’emblé à la hauteur des enjeux, face aux
querelles de boutiques, ou aux batailles pour initiés. C’est cette image
qu’ils doivent donner au pays qui a besoin d’être rassuré au moment où
il s’apprête à affronter l’une des plus violentes tempêtes économiques
et sociales de son histoire récente.


Gaëtan Gorce

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