17.03.2009

regard croisé

Gilles De Robien
• Votre emploi du temps semble toujours bien occupé…
Oui, mais c’est beaucoup moins stressant qu’avant. Je n’ai plus 50 décisions à prendre tous les jours. J’ai l’impression de faire des choses différentes et utiles pour des populations qui le méritent. Mais c’est sûr qu’il y a moins d’adrénaline. Remarquez, visiblement, il n’y a pas forcément besoin d’adrénaline pour être maire d’une grande ville…
• Vous voulez dire que votre successeur manque un peu de dynamisme ?
Je ne vais pas juger mon successeur. Pour l’instant, il y a une année de perdue et ça peut se rattraper. Aujourd’hui, disons simplement qu’il est vraiment temps qu’il s’y mette et je souhaite d’ailleurs de tout cœur qu’il réussisse, pour le bien d’Amiens. J’espère que les retards dûs à leur manque de préparation ne vont pas se poursuivre sinon c’est la ville qui, après avoir mis des années à retrouver une certaine fierté, va décliner. Qu’on veuille rompre avec le maire précédent, changer Gilles par un autre Gilles, pourquoi pas. Mais pas si ça doit se traduire par le malheur des Amiénois.
• Quel regard portez-vous sur les premières décisions de la nouvelle majorité ?
Pour l’instant, il n’y en a pas eu beaucoup… Et les deux ou trois qui ont été prises sont plutôt dommageables. Il y a deux points que je ne peux m’empêcher de citer : la casse des comités de quartier, car cela me fait mal pour les milliers de personnes qui y ont consacré des années. Et puis cette espèce de chasse aux sorcières menée en mairie. Aucune autre ville de France ne l’a fait à un tel point. On m’en parle jusqu’à Paris !
• Les bus vous ont coûté cher pendant la campagne, que pensez-vous de la ligne de la nouvelle majorité ?
Je rappelle qu’une fois les travaux terminés, il était prévu que les bus repassent par le centre-ville, sauf par la rue de Noyon. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour que les bus reviennent rue des Jacobins et rue des Otages. Mais s’ils veulent refaire tout le réseau, il y en a pour un long moment…
• Comment trouvez-vous la place de la gare terminée ?
Elle ne sera pas terminée tant que les travaux de la SNCF ne seront pas finis et qu’on ne pourra pas utiliser les accès directs aux quais. Je suis allé voir la gare souvent et j’en ai discuté avec des gens qui me disent "Finalement, c’est bien". Mais il faudrait une gestion municipale plus rigoureuse pour empêcher les voitures de stationner n’importe où.
• Avec un an de recul, comment analysez-vous votre défaite ?
Il ne faut pas revenir sur le passé, cela ne sert à rien. J’ai sans doute fait des erreurs et j’assume tout. Mais la politique s’est aussi trop mêlée de la gestion municipale. Une bonne gestion n’est ni de droite, ni de gauche, elle est du cœur.
• Comment jugez-vous vos anciens colistiers, aujourd’hui dans l’opposition ?
Eux aussi se cherchent mais je trouve qu’ils sont de plus en plus pertinents dans leurs interventions au conseil municipal.
• Quelle place occupe Amiens aujourd’hui dans votre vie ?
Je me fais plus discret mais je suis toujours là. Je reçois beaucoup de lettres émouvantes, certaines à en pleurer. Évidemment, ceux qui m’écrivent me disent qu’ils me regrettent et qu’ils s’aperçoivent petit à petit qu’ils ont fait une erreur. Je ressens beaucoup d’affect. On ne gère pas la grande communauté amiénoise sans développer de l’affection.
• Au final, vous êtes triste ou amer ?
Je ne suis pas du tout amer. Mais un peu triste parce qu’une grande histoire d’amour, ça vous marque pour la vie.
Gilles Demailly
• Quel regard portez-vous sur cette première année à la mairie ?
Je suis un peu fatigué. Je n’ai pas pris de vacances. C’est vrai qu’il y a deux ans, j’avais hésité. Je n’avais pas l’ambition de devenir maire. Mais dans mes rencontres, on me parlait des dérives de mon prédécesseur, sur le mode « Vas-y, sinon il va continuer sa politique de prestige. » J’ai accepté de faire ce choix de vie. Les Amiénois se sont déterminés sur notre projet et sur le rejet d’une équipe précédente. Ça sera d’ailleurs pareil pour nous en fin de mandat. Pour l’instant, nous sommes dans notre projet. Attendons au moins la mi-temps avant de juger.
• Des critiques se font pourtant déjà sentir dans votre propre équipe sur vos orientations…
J’accepte les avis différents. On discute. Et après on tranche en conseil. Mais quand on assume le pouvoir, il faut de temps en temps choisir la solidarité politique. Et se dire que l’on ne peut pas tout faire gratuitement. Tous les services au public ne doivent pas être assurés par des fonctionnaires là où le privé fait mieux. Je n’ai pas de position idéologique sur la question. Contrairement à ce que certains disent, je ne voulais pas évincer Vinci des parkings, par exemple. Pour preuve, nous les avons retenus pour la gestion du stationnement aérien.
• Vous n’envisagez donc pas d’opter pour une régie directe dans les parkings, où la crise s’éternise ?
Nous ne l’avons pas promis. D’ailleurs, si c’était si simple, toutes les villes le feraient. Nous avons simplement choisi la meilleure offre (de délégation de service publique). Notre boulot derrière, c’est de vérifier que le marché est respecté. Il n’y a aucune raison que la situation se prolonge, si tant est que les acteurs aient vraiment envie de se mettre autour d’une table. Or, la récupération politique autour n’y aide pas. Leur dire « Faites grève jusqu’à ce que vous deveniez fonctionnaires », ça ne marchera pas.
• En un an, comment avez-vous illustré votre ancrage à gauche ?
Par la mixité sociale dans le logement par exemple. Sur la ZAC Intercampus, nous nous destinons à 50 % de logements aidés. Nous en ferons 100 à Henriville avec le conseil général. Et sur la ZAC Cathédrale, où rien n’était prévu en la matière, je fais étudier la possibilité d’en ajouter.
• Sur les transports, où en est-on ?
Il nous faut remettre à plat tout le réseau. Et définir précisément les axes structurants à développer, où nous réaliserons des vrais parcs-relais en tête de ligne. Quand on parle d’une ligne zone industrielle-CHU sud, c’est bien. Mais faut-il passer par la gare ? Par l’avenue Foy ? Ou la route de Rouen ? En ce qui concerne les bus, j’ai demandé pourquoi on louait plutôt que d’acheter. La question n’avait jamais été posée. Or, ça coûte moins cher ! Du coup, nous allons mettre 43 nouveaux bus en circulation cette année (N.D.L.R. : 14 millions d’euros). Nous allons agir aussi sur les voiries, par des travaux à la gare et une voie réservée route d’Abbeville.
• Vu la conjoncture, Amiens peut-elle encore attirer l’emploi ?
Inutile de dire que je suis plus que jamais inquiet pour Goodyear. Mais notre passé industriel est aussi un atout. L’avenir est à l’économie de l’environnement, en lien avec les laboratoires de recherches d’Amiens. Nous allons par exemple accompagner la réalisation d’un banc d’essai ferroviaire porté par l’ESIEE, qui pourra attirer d’autres entreprises. Nous avons de multiples contacts avec les entreprises qui souhaitent notamment regrouper leurs sites sur Amiens, comme Igol sur le pôle Jules-Verne. Il s’agit de plusieurs dizaines de projets correspondant à plusieurs centaines de nouveaux emplois.
• Votre schéma de la démocratie locale semble complexe. Avez-vous construit une usine à gaz ?
Non. Les comités de quartiers en resteront une expression. Mais au-delà, les conseils d’habitants seront là pour réfléchir sur des thématiques plus larges. Et puis nous allons sortir prochainement un nouveau mensuel de débat (NDLR : Amiens forum le 7 avril).
Vous parlez de communication, on ne vous voit pas beaucoup accaparé par les badauds en ville.
Au contraire, c’est une vraie satisfaction. Les gens m’arrêtent. Je les déçois parfois quand je leur explique que je n’attribue pas les logements. Simplement, je ne suis pas en campagne électorale permanente. J’aime bien le contact, mais je ne saute pas sur les gens pour serrer des mains. C’est vrai, je ne suis pas homme de communication, mais je sais toute son importance pour susciter le débat. Et là aussi, il faut du temps pour la bâtir

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