24.08.2009

alliances

·                          PS : Aubry sous pression avant La Rochelle

 


Martine Aubry voulait se concentrer sur le projet socialiste avant d'aborder l'organisation de la campagne présidentielle. Crédits photo : AFP

À la veille de l'université d'été du parti, Vincent Peillon et Arnaud Montebourg ont imposé dans le débat la question des alliances et des primaires, que la première secrétaire voulait esquiver.

Dure rentrée pour Martine Aubry. À la veille de sa première université d'été en tant que chef du PS, ses opposants l'ont mise sous pression pour qu'elle se prononce sur les deux sujets qu'elle comptait justement esquiver à La Rochelle : le périmètre des alliances du parti et l'organisation de primaires ouvertes pour désigner le candidat de la gauche en 2012. «Le problème, c'est que tout le monde joue avec la même boîte de cubes mais que tout le monde ne les met pas au même endroit pour commencer le montage», explique Claude Bartolone, l'un des lieutenants de Martine Aubry à la direction du PS.

Les cubes ? Il y en a cinq : la remise du parti au travail, la construction du projet socialiste, la reprise de contacts avec la société civile, les primaires ouvertes et les alliances du PS. Tout le débat qui agite le PS en ce moment consiste à savoir dans quel ordre les assembler pour que la gauche puisse espérer l'emporter sur Nicolas Sarkozy en 2012. Martine Aubry estime avoir d'ores et déjà remis le PS au travail, notamment avec le contre-plan de relance de janvier. Elle comptait sur La Rochelle pour montrer un PS à nouveau en prise avec les chercheurs et les intellectuels pour enclencher la construction du projet. Ce n'est qu'ensuite qu'elle souhaitait se pencher sur les primaires et les alliances. «Quel est le moteur qui donnera une chance à ces primaires de réussir ?, demande Claude Bartolone. C'est bien le projet. Quant aux alliances, après le discours de Marielle de Sarnez à Marseille, il faut qu'une personnalité du MoDem s'exprime à la rentrée pour le confirmer. On ne peut pas avoir d'un côté Mercier qui entre au gouvernement et de l'autre ce type de propos.»

Mais en préemptant la rentrée officielle des socialistes vendredi à La Rochelle, Vincent Peillon a fait de la question des alliances la question prioritaire. D'autant qu'à Marseille, ce week-end, Marielle de Sarnez a fait basculer le MoDem a gauche. Applaudie debout par les militants du courant L'Espoir à gauche, la numéro deux du parti de François Bayrou l'a assuré : «Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous oppose». En l'occurrence, l'«ultrapersonnalisation du pouvoir en place, l'hégémonie et la partialité de Nicolas Sarkozy». Son discours assorti d'attaques contre les bonus des traders ou le comportement des banques ne pouvait qu'enchanter les socialistes. «Je t'avais dit que tu serais bien accueillie, tu en as la preuve. Il faut dire que tu as mis la barre à gauche. Ça va être difficile pour Robert», a commenté François Rebsamen, qui animait les débats, avant de passer la parole à l'ancien leader communiste Robert Hue. Du PC au MoDem en passant par les Verts, avec Daniel Cohn-Bendit, et le PRG, avec Christiane Taubira, la photo de famille réalisée par Vincent Peillon ce week-end à Marseille était en tout cas réussie. Si le courant qu'il anime défend également l'idée de primaires ouvertes à l'ensemble des électeurs de gauche, c'est en revanche Arnaud Montebourg qui a réussi à imposer le sujet au programme de La Rochelle.

Dimanche, à Frangy-en-Bresse, pour sa traditionnelle Fête de la rose, le député de Saône-et-Loire a distribué le rapport rédigé sur le sujet avec Olivier Ferrand, le président de la fondation Terra Nova. «Un brûlot dangereux, plaisante Montebourg, grinçant. Nous avons travaillé pendant quatre mois comme des chrétiens dans les catacombes, sous le pas de la légion romaine.» Mercredi, Ferrand compte lancer un «appel citoyen» en faveur du processus.

Benoît Hamon enfonce le clou

L'objectif est clair : mettre Martine Aubry au pied du mur. «Elle est sous la pression de sa majorité et de ses amis. Il faut qu'elle parle», demande Montebourg, qui menaçait il y a quelques jours de quitter le PS s'il n'obtenait pas gain de cause. «Un dirigeant politique a le droit, de temps en temps, de faire part de son découragement», explique-t-il, en reconnaissant qu'il «n'est pas très heureux» au PS aujourd'hui, faute de combats remportés. «Je suis secrétaire national à la rénovation, pas à la conservation.» Ses proches font part de son agacement. Entre Aubry et lui, les relations sont devenues difficiles.

Mais il n'est pas seul dans son combat. Invité de la Fête de la rose, le porte-parole Benoît Hamon enfonce le clou. Il est favorable à une primaire ouverte aux partis de gauche. «C'est le moyen de choisir un candidat qui soit un candidat sérieux contre Nicolas Sarkozy», explique l'ancien député européen. La présidentielle étant dans trois ans, «il ne faut pas que cela traîne trop» pour décider de l'organisation de la primaire. En aparté, il admet que pour faire avancer l'idée et convaincre les autres partis de gauche, au moins les Verts ou les radicaux, il faut «un peu de doigté et de diplomatie».

À entendre Hamon et Montebourg, ils ne seraient pas loin d'atteindre leur objectif. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s'est déclaré, samedi, favorable aux primaires, soulignent-ils. «Un consensus est en train d'émerger», assure Montebourg. Il ne lui reste plus qu'à convaincre François Hollande et Laurent Fabius, qui sont réservés ou hostiles, et surtout la première secrétaire, Martine Aubry. Ou alors la question continuera à la poursuivre.

·           ux ateliers d'été de son courant «L'espoir à gauche», l'eurodéputé socialiste est parvenu à réunir autour de lui des personnalités du MoDem, du PCF, des Verts et du PRG. Une façon de presser Martine Aubry à opérer un tel rassemblement pour les prochaines échéances électorales.

De très nombreux photographes pour immortaliser un instant inédit. Samedi après-midi, aux premiers ateliers d'été de «son» courant, «L'espoir à gauche», Vincent Peillon a réussi son pari. Dans les jardins du Pharo, à Marseille, l'eurodéputé socialiste est parvenu à rassembler Daniel Cohn-Bendit (Verts), Marielle de Sarnez et Jean-Luc Benhamias (MoDem), Robert Hue (PCF) et Christian Taubira (PRG). Petites boutades par ci, sourires généreux par là. Et tous bras dessus bras dessous, pour une grande «photo de famille progressiste». «Jetez-nous des grains de riz !», s'amuse Vincent Peillon, pas peu fier d'avoir gagné son coup en incluant le MoDem dans son ouvrage.

Puis à la tribune, le député européen multiplie les messages à l'intention de Martine Aubry. «A Marseille, un espoir est né», s'enthousiasme-t-il à la tribune, appelant à un grand «rassemblement socialiste, écologiste et démocratique». «A moins d'être sourd, aveugle et désespérément cynique, il s'agit d'un événement historique dans l'histoire de la gauche française», insiste-t-il, espérant dans une mise en garde à la première secrétaire du PS que «ce qui avait été refusé jusqu'à présent sera maintenant médité». «La responsabilité historique de notre génération est d'ouvrir le nouveau cycle politique dont nous avons besoin», conclut-il devant un amphithéâtre comble et enthousiaste de 1.500 personnes.

Sarnez convaincue

Une union de la gauche élargie à laquelle la vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez, a montré son adhésion. «Nous venons d'horizons divers mais si nous croyons qu'il y a de l'insupportable dans ce qui se fait aujourd'hui (...) alors ce qui nous rassemble est plus fort que ce nous divise», lance-t-elle. Standing ovation assurée. Fustigeant l'«ultrapersonnalisation du pouvoir», l'«hégémonie» et la «partialité» de Nicolas Sarkozy, le bras droit de François Bayrou enfonce le clou : «Tous ceux qui partagent ces convictions ont à faire ensemble. Ensemble. Pas les uns sans les autres. Et pas les uns contre les autres». «Les temps appellent des comportements nouveaux. Nous avons beaucoup à faire ensemble», termine-t-elle, parlant «au nom d'une famille politique qui a coupé ses amarres pour rester fidèle à ses valeurs».

Cohn-Bendit prudent


Crédit photo : AFP.

Plus distancié que ses collègues, Daniel Cohn-Bendit se montre prudent, estimant que «l'unité ne se décrète pas», mais plaidant malgré tout pour un «rassemblement écologiste, socialiste et démocratique». Avec une once de provocation, il lance un avertissement aux socialistes : «Si vous voulez un rassemblement, au bout duquel c'est vous qui décidez, et que [les partenaires] se retrouvent dans la chambre de bonne, alors le président en 2012 sera Sarkozy».

En juin, Martine Aubry avait indiqué vouloir des alliances à la carte aux régionales, et privilégier la stratégie du «si besoin», sous-entendant d'éventuelles alliances avec le MoDem au second tour, mais pas au premier. A une semaine de l'université d'été du PS à La Rochelle, la balle semble désormais dans le camp de la première secrétaire. Vincent Peillon, lui, compte maintenant s'atteler à l'organisation de «grands débats autour des questions centrales». Parmi elles, l'école, l'université, l'information ou la justice fiscale.

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