14.09.2009

vous avez dit magouille

Hold-uPS: suite #2

Voilà donc la suite du billet sur ce fameux livre. les étouffeurs ne l'ont pas lu, bientôt ils seront seuls, demandez à votre libraire: ça se vent sans trop de soucis ce truc. Ségolène n'aura nul besoin de déclaration solennelle : les lecteurs du livre la feront eux même. Ils sont militants, sympathisants et vont parler et discuter entre eux et avec d'autres.

Tout le monde le dira , il y a des fait nouveaux dans l'affaire de novembre 2008. Surtout sur le mode opératoire :

Caractère organisé : comité de ville à Lille, SMS, instructions par voie orale "bourrer les urnes"

Caractère prémédité : citations du genre "même si ça fait mauvais perdant"

Caractère méthodique : emploi d'un logiciel pour ajuster les corrections nécessaires avant publication, ici une simple feuille excel où il suffisait d'ajuster un ou deux variables pour voir l'effet sur le calcul complet.

Des accusations graves, page 16 : blocage des résultats du nord "dans le but de s'assurer que , même si la guadeloupe et la martinique votaient à 100% pour Royal, l'avance de martine ne permettait pas qu'on la rattrape". Ici c'est Claude Bartolone qui est visé.

Maintenant parlons stock de tricheurs potentiels.

Bouches du Rhône : 10 500 militants

Herault: 7300 militants

Pas de Calais : 15 000 militants. Édite ses propres cartes, fichiers de militants non vérifiés par Paris.

Nord : 11 600 militants.

Maintenant il faut regarder les fédérations en cause par ordre d'importance. Et comme l'ont remarqué les auteurs, personne n' a réussi à apporter de preuves de tricheries massives dans le camp royal, ni abadinte ni qui que ce soit. Ce cas de l'Hérault est cité pages 23, 24 du livre: Personne n'a jamais apporté d'éléments aux auteurs. On voit donc qu'un camp avait un stock de tricheurs potentiel de 17800 pour Royal et 26 600 pour Titine. Soit 50% de plus en faveur de la gagnante. Et dans ce calcul je n'ai pas pris en compte les militants de la fédération de la seine maritime, vous voyez donc que l'influence d'une triche éventuelle est plus fort dans un camp que dans l'autre.

Tout le monde vote, les premiers résultats arrivent dans ROSAM, 53% pour SR , Hollande informe tout le monde, puis "les fabiusiens contestent". Et oh miracle 2 heures plus tard arrivent les résultat du nord et de la seine maritime. Ils inversent le score, des sections de Lille passent de 60% de participation à 96% en 24 heures. Un tel mouvement ne se verra nulle par ailleurs: Le miracle s'est produit.

Donc quand vous lirez "ah oui, mais les bouches du Rhône", pensez aux effectifs des fédérations en question. Et avant qu'on me parle des Antilles, on citera pour ce cas là les courriers que les fédés locales ont envoyé, et resté sans réponses (p 19 à 21 ).

Venons en au procès fait au livre, qui serait l'objet d'un complot pour déstabiliser le PS. Voici ce que j'ai mis en commentaire sur le site du
PS de l'ile de ré .

Pour avoir écrit quelques ouvrages ( techniques je vous rassure), il faut savoir qu’un livre ça ne se fait pas en quelques jours et ça n’apparait pas dans les librairies en 15 jours sauf cas très rare (le + connu = Besson & askolo).

Faites un rétro planning :

  • parution 10 septembre

  • impression qqes jours avant, puis faut le temps de le porter dans les librairies: logistique de l’éditeur
e
  • épreuves finales des auteurs et bon a tirer : qqe jours avant.

  • rédaction de 180 pages avec vérification d’éléments ( notes de bas de pages toutes les 3 ou 4 pages, avec rappel des entretiens avec divers personnalités dont 50% sont identifiables tt de suite) : ça prend du temps: quelque semaines.


Que peux-t-on lire page 177: “propos recueillis le 24 juin 2009″. C’est la dernière date d’entretien qu’on trouve à la toute fin du bouquin.
Donc le début de l’écriture peut commencer : ils ont alors tous les éléments: notes, entretiens audio et documents refilés par les gens. Retenez donc: Fin juin.
Ensuite il y a donc eu 10, 20 ou 30 entretiens avec des socialistes et pas des lampistes (ex Cambadelis). Donc la direction du PS ne pouvait pas ignorer l’existence de ce livre et ce projet. Ça me semble évident, certains n’ont pas besoin de le lire, ils ont contribué à son existence.

En plus la peur de Titine a fuité dans la presse dès le début de la rédaction du livre. J'en ai parlé en
Mars.

Il aurait été logique qu'elle s'empare du problème de la fraude et fasse le ménage. Mais non, tout se monde là se tient. Aucun effort n'a été fait dans ce domaine. On prend les militants pour des bœufs. Et ce malgré l'affaire d'Hénin-Baumont qui aurait été une occasion en or pour lancer un processus de ménage.

Et on ne parle pas de bourrer les urnes physiquement, il suffit tout simplement d’ajuster les résultats dans une section avant envoi à la fédération, ou dans un bureau central “hors statuts”, appelons le “comité de ville” par exemple. Truc dont se demande l’utilité centralisatrice !

On m'a aussi répondu sur Twitter : les primaires seront plus propres. Argument de Razzie Hammadi qui a d'ailleurs été repris par Benoit Hamon (voir
rue89.com ) Ah oui, même si elles le sont, on garde donc les procédures foireuses pour élire l'appareil PS et donc permettre encore une fois des tas de choses. Comme par exemple un appareil qui résiste a la candidate désignée... à tord ou à raison.

10.09.2009

revue de presse

La trêve n'aura pas duré deux semaines... Les sourires affichés sur les visages socialistes, à l'université d'été de La Rochelle , le dernier week-end d'août, ne sont plus. Depuis quelques jours, déjà, les membres de la direction du PS montraient des signes de fébrilité : la sortie d'un livre, qui accable Martine Aubry et qui remet en cause la légitimité de son élection à la tête du parti, inquiétait Solférino. La publication de ses bonnes feuilles sur lepoint.fr, mardi, n'a fait que confirmer leurs doutes. Chiffres à l'appui, les journalistes Karim Rissouli et Antonin André démontrent comment le clan Aubry a volé la victoire du 21 novembre 2008.

Déjà, à l'époque, l'équipe de Ségolène Royal avait dénoncé ce système de tricherie organisée. Jean-Pierre Mignard, avocat proche de la présidente de la région Poitou-Charentes, avait rédigé un rapport - Une protestation électorale - détaillé ( lire l'intégralité du rapport ) : "De nombreuses irrégularités (...) pouvant s'apparenter à des fraudes ont été constatées dans le cadre de ces opérations de vote", y écrivait-il, avant de dresser un "inventaire des irrégularités altérant la sincérité du scrutin", citant les exemples de la fédération de Moselle, des Français de l'étranger, de plusieurs sections à Lille ou encore de la Fédération de la Guadeloupe. Dans leur livre, Karim Rissouli et Antonin André confirment ces soupçons, citant Martine Aubry lançant au royaliste François Rebsamen le 18 mars 2009 : "J'ai pas triché ! Fabius, d'accord, mais pas moi !"

Ségolène Royal a-t-elle intérêt à riposter ?

La riposte de Laurent Fabius ne s'est pas fait attendre. L'ancien Premier ministre dément évidemment toute fraude mercredi matin sur RTL . Il n'y a "rien de probant" pour affirmer qu'il y a eu tricherie, promet-il. Dans la foulée, le secrétaire national en charge de l'Économie et ancien proche de Ségolène Royal, Michel Sapin, juge au micro de RMC "un peu dommage que l'on retouille" de "vieilles histoires". Quant au porte-parole du PS, Benoît Hamon, qui a brigué la tête du PS avant de se ranger derrière Aubry, il dénonce un livre "mal informé" un "récit à charge contre le PS". Martine Aubry, elle, se contente d'un commentaire laconique : "J'ai entendu parler de ce livre. Il semblerait qu'il soit malveillant avec tous les socialistes", lâche-t-elle sur le perron de l'Élysée, à la sortie de son entretien avec Nicolas Sarkozy sur la taxe carbone . Quelques heures plus tôt, elle a raconté à quelques journalistes qu'elle ne comptait pas lire le livre, qu'elle attendait "le film", rapporte Le Monde .

Ségolène Royal ne se contentera pas d'un survol de ces pages affligeantes pour le PS. Elle va même le lire avec son "équipe". Celle qui a perdu la tête du PS à une centaine de voix indique sur France 2 qu'elle fera une "déclaration solennelle dans quelques jours" pour dire ce qu'elle compte faire. Interrogé par lepoint.fr sur l'opportunité de réclamer un nouveau vote, Guillaume Garot, rare fidèle de Ségolène Royal à ne pas l'avoir quittée depuis le congrès, est prudent : "Ségolène donnera sa réponse avant la fin de la semaine. Ce qui s'est passé est très grave. Cela foule au pied les principes démocratiques, mais nous ne voulons pas en rajouter aux guéguerres qui ont fait tant de mal au PS. Nous ne voulons certainement pas rouvrir la guerre du congrès de Reims." Ségolène Royal y a-t-elle seulement intérêt ? À l'approche des élections régionales, en campagne pour un nouveau mandant en Poitou-Charentes, elle semble à l'aise dans son costume de madone détachée des tambouilles du parti...

Le Point

st un livre en forme de boomerang pour le PS. Hold-ups, arnaques et trahisons, signé par les journalistes Antonin André (Europe 1) et Karim Rissouli (Canal +), qui retrace le chemin de croix du PS de l’épique congrès de Reims au revers électoral des européennes, revient surtout sur l’élection controversée de la première secrétaire du parti, en novembre 2008... Donnant des sueurs froides au clan Aubry, qui tente de minimiser. Et des couleurs à leur rivale malheureuse.

Ségolène Royal ne s’en cache pas, elle savoure. Et semble vouloir échelonner sa revance. Invitée sur France 2, ce mercredi matin, elle a annoncé son intention de faire «une déclaration solennelle dans quelques jours» afin de «dire en responsabilité ce que nous comptons faire». «Je n’ai pas encore lu la totalité du livre, précise-t-elle, je vais le faire avec mon équipe.»

«Vous bourrez les urnes»

Les bonnes feuilles, publiées en avant-première par lepoint.fr - qui décrit «une charge sévère contre Martine Aubry» -, annoncent déjà la couleur. Les auteurs, qui retracent notamment le déroulement rocambolesque du vote militant dans le fief lillois de d’Aubry, dégainent: «la victoire de Martine a été fabriquée de toutes pièces». Edifiante, la consigne d’un proche de la maire de Lille: «On ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes.» Le soir du second tour devant départager Royal et Aubry, «la chaîne cabinet du maire-comité de ville-fédération du Nord va se mettre en branle pour assurer l’élection de Martine Aubry, en étroite liaison avec [son] QG parisien», écrivent les deux journalistes: «Le casse du parti peut commencer.»

Selon eux, l’épisode de Lille «ne serait pas un cas isolé dans le Nord. Certaines voix, sous couvert d’anonymat, évaluent l’ampleur de la fraude à 1.000 votes en faveur d’Aubry», qui avait devancé Royal de... 102 petites voix.

«Copié-collé de choses déja dites»

Depuis 24 heures, l’entourage de la première secrétaire s’efforce de dégonfler les accusations. Aubry elle-même, citée par Le Monde, tentant la touche d’humour: «Je ne lirai pas ce livre. Je préfère attendre le film...»

Son conseiller politique, François Lamy, interrogé par l’AFP, ne voit dans l’ouvrage, qu’un «copié-collé de choses déja dites, déjà écrites» et «sans intérêt». Et appelle à tourner la page, alors que sa championne avait enfin repris la main, fin août à l’université d’été: «On est dans l’après-Rochelle. C’est la seule chose qui nous préoccupe.» Même un proche de François Hollande, Michel Sapin, secrétaire national du PS, juge, sur RMC, «un peu dommage que l’on retouille tout un tas de vieilles histoires qui étaient sorties au moment de cette mauvaise bataille».

Pas plus enclin à remettre le déroulé du scrutin de novembre sur le tapis, Fabius assure que «les choses sont derrière nous. Je le crois, mais ce n’est pas avec ce genre de propos qu’on va remettre la politique à la hauteur qu’elle devrait avoir», balaye, sur RTL, l’ex-Premier ministre, qui avait soutenu la candidature d’Aubry. Dégommant sur TV5 Monde, «un livre mal informé, qui s’arrange avec les témoignages des uns et des autres», le porte-parole Benoît Hamon pousse même le bouchon jusqu’à reprocher à Royal de vouloir «poursuivre dans des combats qui ressassent le passé».

«L'image déplorable des dirigeants actuels»

Pas question pourtant, pour la présidente de Poitou-Charentes de passer l'éponge: «On ne peut pas laisser passer cela pour les militants qui ont voté, pour l'opinion publique, pour les Français pour le principe même de la démocratie, pour la morale en politique.»

Son intention de consulter Robert Badinter pourrait faire frémir ses adversaires. Celui-ci avait proposé, après l'élection contestée, de «revoter dans les fédérations litigieuses», comme se fait fort de rappeler Royal. Sans illusions sur la tenue d'une nouvelle consultation: «je suis consciente, admet-elle, de la lassitude des militants et de l'image déplorable que cela donne des dirigeants actuels du PS.»

Mais à en croire l'eurodéputé Jean-Luc Mélenchon, l'édition 2008 ne serait pas une exception. Dans un billet - «le jour des tricheurs» - posté sur son blog, l'ex-socialiste décrit par le menu les «tricheries» dont il a été «personnellement témoin» lors de précédents congrès du PS. Au congrès de Brest de 1997, qui l'a opposé à François Hollande: «les procès verbaux étaient bidonnés de tout côté. Des sections qui n’avaient pas voté étaient censées avoir centralisé des résultats, certaines fédérations envoyaient successivement des procès verbaux différents», écrit-il, se souvenant d'avoir plus ou moins dealé le résultat annoncé avec l'ex-numéro un – qui n'a d'ailleurs pas tenu parole! -. Rebelote au Mans en 2005 où, selon lui, en une nuit de «protestations et dénonciations», la motion des nonistes qu'il défendait avec Fabius est passée de 17 à 21%...

Liberation

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·                          La sortie d'un livre réveille les rivalités au PS

Un ouvrage accuse Martine Aubry d'avoir, en 2008, volé la victoire à Ségolène Royal pour l'élection au poste de premier secrétaire. De quoi craindre un retour à l'ambiance délétère du Congrès de Reims.

Non, ils ne veulent pas rejouer le congrès de Reims… Mais quand même. Dix mois après l'affrontement, les socialistes pensaient avoir tourné la page. Ils en prennent 180 au­tres. Dans un livre paru au­jourd'hui, Hold-uPS, arnaques et trahisons, deux journalistes de Canal + et d'Europe 1, Karim Rissouli et Antonin André, rouvrent le dossier du vote contesté pour l'élection de Martine Aubry comme première secrétaire du PS. La maire de Lille avait été officiellement créditée de 102 voix d'avance sur sa rivale Ségolène Royal. Une victoire volée selon les auteurs qui décrivent un système de fraude méthodiquement organisé.

Depuis plusieurs mois, l'entourage d'Aubry s'inquiétait des révélations contenues dans le livre. Mercredi, la première secrétaire et ses lieutenants ont feint l'indifférence après la publication des bonnes feuilles, mercredi, sur le site du Point. «Je n'ai pas lu le livre », a déclaré Aubry, mercredi, devant quelques journalistes. Elle tente ensuite une plaisanterie : «Je ne le lirai pas, j'attends le film.» Sinon la ligne de défense est simple : ne pas réagir. «J'en ai vu d'autres. Je suis dans une logique de redresser le parti, je suis dans une logique de fond. Il faut rester sur cette ligne-là. Il faut prendre un peu de hauteur», dit-elle .

«L'honneur du PS est atteint»

Ses proches se chargent de dé­construire les accusations. Le porte-parole, Benoît Hamon, a ainsi dé­­­­­­­noncé, mercredi sur TV5, «un livre mal informé, qui s'arrange avec les té­moignages des uns et des autres pour construire un récit à charge contre le PS» . Mis en cause aussi, l'ancien premier ministre Laurent Fabius a assuré qu' «il n'y a pas d'éléments probants» dans l'ouvrage.

Rue de Solferino, on considère que le livre ne doit pas remettre en cause le «rassemblement» qui commence tout juste à s'opérer sous la direction de Martine Aubry. En outre, explique-t-on, les exemples de fraude à Lille cités dans le livre ont déjà été examinés à l'époque par la commission de récolement. Ils ont aussi fait l'objet d'une plainte, qui a été tranchée en faveur d'Aubry. Au cas où, on garde tout de même «dans les tiroirs» les dossiers litigieux sur les votes dans l'Hérault ou les Bouches-du-Rhône, en faveur de Royal. Mais les socialistes ne voudraient pas en arriver là. «Je trouve dommage que l'on retouille des sujets qui ne sont, pour aucun d'entre nous, nouveaux», déplore Michel Sapin, membre de la direction et proche de François Hollande.

Chez Ségolène Royal, on a beau jeu de s'offusquer des révélations du livre, qui ne visent que Martine Aubry et ses alliés. En lisant les extraits, «j'ai ressenti un choc en pensant aux dizaines de milliers de militants qui se sont fait voler leur vote. On savait que ça avait triché, mais pas avec cette ampleur ni avec ce système d'organisation», a déclaré Ségolène Royal sur France 2. Elle a promis une «déclaration solennelle» une fois qu'elle et ses équipes auront pris connaissance de l'intégralité de l'enquête. La guerre n'est pas rouverte, mais c'est un coup de semonce.

Le Figaro

extraits ....

Il est midi, ce vendredi 21 novembre (2008), quand le téléphone d'une secrétaire de section lilloise se met à sonner. A l'autre bout du fil, Guillaume Blanc, le conseiller politique de Martine Aubry à la mairie de Lille. Dans le Nord, comme dans le reste du pays, les bureaux de vote pour le second tour de l'élection du premier secrétaire ouvrent dans quelques heures. La discussion est brève. Il n'y a qu'un seul message à faire passer. Dans un premier temps, la jeune femme pense avoir mal entendu. Mais la consigne est claire: "On ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes." La veille, Ségolène Royal a créé la surprise en récoltant plus de 42% des voix lors du premier tour. (...) Mathématiquement, le duel s'annonce extrêmement serré et la panique s'empare de la maire de Lille et de ses proches. Plus question de tergiverser. Quelle que soit la méthode, ce soir, il faut barrer la route de -Ségolène Royal. (...)

Vendredi 21 novembre, soir du deuxième tour à Lille. C'est la fin de l'après-midi. Guillaume Blanc, jeune ingénieur de 26 ans, homme de confiance et conseiller politique de Martine Aubry, prend les choses en main. Derrière son air juvénile, l'homme est considéré comme un redoutable agent au service de la maire de Lille. On le surnomme "la Stasi", "parce qu'il vient toujours écouter la moindre prise de parole d'un responsable local du PS pour en faire rapport à Martine", témoigne un militant socialiste lillois. Depuis l'hôtel de ville, Guillaume Blanc adresse un SMS à tous les secrétaires de section. Il leur est ordonné de ne pas communiquer leurs résultats à la fédération - comme le prévoit pourtant le code électoral socialiste -, mais de les transmettre directement à ce qu'on appelle le "comité de ville". Un bureau de liaison au service de Martine Aubry, situé au premier étage du bâtiment qui abrite la fédération socialiste, et dirigé par un certain Patrick Kanner. Depuis son arrivée à la tête de la ville, le PS local est à la main de celle que l'on surnomme "la tsarine", chargé d'assurer le service après-vente de sa politique. Dans les faits, via "le comité", c'est donc le cabinet de Martine Aubry qui a la haute main sur la fédération du Nord. (...) Pargneaux (patron des socialistes du Nord, NDLR) à la fédération sera l'exécutant. C'est sans aucun accroc que la chaîne cabinet du maire-comité de ville-fédération du Nord va se mettre en branle pour assurer l'élection de Martine Aubry, en étroite liaison avec le QG parisien de la future première secrétaire, installé à l'Assemblée nationale. Le dispositif est en place. De Lille à Paris, les montres sont coordonnées. Le casse du parti peut commencer. A 23 heures, huit des dix secrétaires de section de la ville sont au rendez-vous dans le bureau de Patrick Kanner, pour lui remettre les procès-verbaux des résultats. Cet homme, en liaison avec Paris, est chargé de la "tambouille lilloise". Claude Bartolone, Christophe Borgel, François Lamy et Jean-Christophe Cambadélis, les quatre mousquetaires de Martine Aubry, sont installés dans des bureaux de l'Assemblée nationale. Leur consigne est claire: ne pas lâcher les résultats du Nord tant que ceux de toute la France ne sont pas remontés. A mesure que les chiffres tombent, ils sont rentrés dans un logiciel qui calcule automatiquement l'écart entre Royal et Aubry et fait varier les résultats "virtuels" du Nord afin qu'ils assurent la victoire à Martine Aubry. Claude Bartolone, plusieurs semaines après, reconnaîtra d'ailleurs avoir bloqué les résultats du Nord "dans le but de s'assurer que, même si la Guadeloupe et la Martinique votaient à 100% pour Royal, l'avance de Martine ne permettait pas qu'on la rattrape". En clair: les résultats du Nord sont gelés pour pouvoir être "ajustés" jusqu'au dernier moment afin d'assurer une avance suffisante à Martine Aubry.

23 heures : lorsque Gilles Pargneaux, le patron de la fédération du Nord, valide les résultats des sections de Lille, plusieurs d'entre eux ont été modifiés. Certains PV ont été carrément falsifiés dans le tableau récapitulatif de la fédération. Un exercice de "gonflette" organisé depuis Paris et évalué par un secrétaire de section qui préfère rester anonyme, à environ "300 voix sur Lille, bourrage d'urnes compris". Le soir même des résultats, une équipe de France 2 présente à la section de "Lille-Centre" filme l'annonce des résultats par le secrétaire de section: "Martine Aubry, 110 voix, Ségolène Royal, 27!" Sur le PV final rempli par la fédération du Nord, les 110 voix de Martine Aubry sont devenues... 130! Et c'est le même Gilles Pargneaux qui répond très tranquillement aux journalistes que le jeune secrétaire de section a probablement commis "une erreur d'écriture". Il aurait mal retranscrit le décompte des voix sur le papier qui lui servait d'aide-mémoire lors de la proclamation des résultats devant les caméras. L'autre exemple connu concerne la section du "Vieux-Lille", où un vote blanc est devenu un vote Aubry sur le tableau de la fédération du Nord. Ces deux "erreurs d'écriture" seront corrigées quelques jours plus tard en commission des récolements, sorte de tribunal des conflits électoraux interne au PS. Ces erreurs, ces fraudes accidentelles, servent en réalité de leurres. Elles sont données en pâture au grand public pour mieux masquer la triche organisée, qui a assuré la victoire à Martine Aubry. Des magouilles qui auraient dû rester cachées, enfouies dans les tiroirs de la fédération du Nord.

Mais des documents permettent aujourd'hui d'affirmer que la victoire de Martine Aubry a été fabriquée de toutes pièces. Ils sont sans appel. Premier exemple : la section de "Lille-Fives". Dans ce bureau, le score de Martine Aubry a été gonflé de 30 voix. Le mandataire de Ségolène Royal, après le décompte des voix en section, a pointé 58 bulletins pour Martine Aubry, 8 pour Ségolène Royal. Il se souvient parfaitement d'avoir apposé sa signature sur le PV de résultats faisant apparaître ce rapport de forces. Sur le tableau récapitulatif de la fédération, les 58 voix de Martine Aubry ont fait des petits : la maire de Lille est créditée de 88 voix! Une triche grossière planifiée sans trop de précaution. Le comité de ville et la mairie ont les pleins pouvoirs: alors pourquoi se cacher? En témoignent les taux de participation soviétiques qui bondissent entre le premier et le second tour, dans des proportions qui ne peuvent s'expliquer par la seule mobilisation de militants aubryistes subitement remobilisés entre le jeudi et le vendredi. A "Lille-Saint-Maurice", la participation passe de 64% au premier tour à 93,75% au second. A "Lille-Fives", de 62% à 93%. Et la palme revient à "Lille-Vauban", qui voit son taux de participation bondir de 35 points entre les deux tours, de 61% au premier à 96,5% au second! Des scores à faire saliver n'importe quel autocrate, d'autant naturellement que ces regains de mobilisation ne profitent qu'à une seule et unique candidate, Martine Aubry. Seules deux sections lilloises échappent à cette razzia : "Lille-Moulins", fief de Bernard Roman, un proche de François Hollande, et "Vieux-Lille"=", tenue par une proche de Pierre Moscovici.

Lille ne serait pas un cas isolé dans le Nord. Certaines voix, sous couvert d'anonymat, évaluent l'ampleur de la fraude à 1 000 votes en faveur d'Aubry. Les résultats "adaptés" du Nord finissent par tomber vers minuit. Ils sont les derniers à arriver Rue de Solferino. Minuit : les amis de Martine Aubry débouchent le champagne, le hold-up a fonctionné selon leurs plans. Jean-Christophe Cambadélis évalue alors "à 1500 voix" l'avance de Martine Aubry. Tout a marché comme prévu. A ce détail près que les pros de la tambouille ont fait une erreur sur le minutage.

A minuit à Paris, il est 19 heures aux Antilles. Les bureaux de vote dans ces îles, bastions royalistes, sont encore ouverts pour une heure. Soixante minutes pendant lesquelles tout peut encore basculer. Victorin Lurel, député et président de la région Guadeloupe, a passé une soirée tranquille la veille lors du premier tour. Mais ce soir-là, à 19 heures, heure locale, son téléphone est soudain pris d'incessantes convulsions. Christian Paul, député de la Nièvre proche de Martine Aubry, est le premier à l'appeler. "Salut Victorin, dis-moi, on veut être sûr que le vote va bien se dérouler. Tu vois ce que je veux dire?" Victorin Lurel n'en revient pas. "Qu'est-ce que tu veux dire? Qu'est-ce qui vous prend tout à coup?" La conversation tourne court. L'instant d'après, c'est François Rebsamen, pour Ségolène Royal, qui appelle. "Victorin, on peut encore gagner, on peut les rattraper, il faut faire voter. Passe des coups de fil, dis bien à tout le monde que c'est très serré." La Guadeloupe, c'est 2 330 militants socialistes. La Martinique, 374. Largement assez pour remonter les "1 500 voix" d'avance de Martine Aubry. La veille, Ségolène Royal avait recueilli 77,6% des voix, contre 19,8% pour Aubry et 1,9% pour Hamon, avec une participation à 62%. Une mobilisation accrue au second tour pourrait permettre à Ségolène Royal de refaire son retard. Et en l'occurrence, cette dernière heure de vote voit un afflux de militants dans les bureaux de vote de Guadeloupe. "Un votant toutes les douze secondes!" tonne Daniel Vaillant, responsable des élections au PS, qui soupçonne ouvertement la Guadeloupe d'avoir bourré les urnes. (...)



Le regain de mobilisation dans la dernière heure de vote joue en faveur de Ségolène Royal. Les proches de Martine Aubry voient avec angoisse l'écart entre les deux candidates se réduire à mesure que les sections antillaises envoient leurs résultats en métropole. Verdict: Royal arrive en tête avec 81,75% des voix en Guadeloupe et 87,33% en Martinique. Des scores impressionnants, mais qui ne suffisent pas à combler son retard. A 5 h 40 du matin, le résultat annoncé par la rue de Solferino donne la victoire à Martine Aubry avec 42 voix d'avance. La belle ouvrage des mécanos de la maire de Lille a tenu, malgré la contre-offensive des royalistes. Et pour cause, non seulement rien ne prouve une triche royaliste aux Antilles, mais la fraude a en réalité bénéficié... à Martine Aubry. C'est ce qu'affirme Victorin Lurel, "constats d'huissier à l'appui". Deux sections sont pointées du doigt. Deux sections dans lesquelles Martine Aubry est arrivée très nettement en tête. A "Anse-Bertrand", sur 48 inscrits, le PV de section attribue 36 voix à Martine Aubry et 1 voix à Ségolène Royal. Or le bureau d'Anse-Bertrand est resté fermé le jour du vote! (...) L'autre section litigieuse est celle de Pointe-à-Pitre: 190 inscrits. Sur les 173 votants, Aubry obtient 160 voix contre 13 à Royal. Cette fois, selon Victorin Lurel, "ils ont bourré les urnes. Plusieurs militants qui ne se sont pas déplacés ont pourtant été recensés, signature à l'appui, comme s'ils avaient voté". Des vérifications opérées par des huissiers établissent clairement la fraude. (...)

Le mercredi 18 mars 2009, à quelques jours de la convention nationale qui doit ratifier les listes socialistes aux européennes, Martine Aubry est proche de la syncope. Folle de rage, elle s'égosille dans un salon du restaurant Tante Marguerite, à deux pas de l'Assemblée nationale. Ce huis clos dans un des hauts lieux de la "gastronomie politique" oppose royalistes et aubryistes. Vincent Peillon, Jean-Noël Guérini, le puissant patron de la fédération des Bouches-du-Rhône, et François Rebsamen, le sénateur maire de Dijon, d'un côté. François Lamy, le plus proche conseiller, Jean-Marc Germain, le directeur de cabinet, et Martine Aubry en personne, de l'autre. Une heure durant, la première secrétaire et François Rebsamen se hurlent dessus. Fébrile, à la fois insupportée d'entendre les allégations de fraude et consciente de la vérité, Martine Aubry finit par se trahir. "Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi..." La première secrétaire fait allusion à son score écrasant obtenu dans la Seine-Maritime, fief de l'ancien Premier ministre.

Au lendemain du défilé du 1er-Mai, Jean-Michel Normand, le journaliste du quotidien du soir chargé de suivre l'actualité socialiste, évoque les "sifflets" essuyés "tout au long du défilé" par les dirigeants socialistes présents dans le cortège. Le compte rendu critique du journaliste provoque la colère de Martine Aubry. Le lundi 4 mai, réunion de crise à "Solfé". Seul et unique sujet au menu : les médias. Jean-Christophe Cambadélis est furieux contre l'article du Monde . (...) A l'issue de la réunion, et malgré les démentis des participants, Martine Aubry conseille à sa garde rapprochée de se montrer moins disponible pour les journalistes. Elle décide par ailleurs de se charger en personne du cas Le Monde. Fidèle à sa méthode, la première secrétaire convoque Rue de Solferino Françoise Fressoz, chef du service politique du quotidien. Martine Aubry réclame des explications sur la couverture "déséquilibrée" de l'actualité du PS. Plus surprenant encore, elle affirme avoir pris "comme une insulte personnelle que Jean-Michel Normand ne se soit pas déplacé à Toulouse pour rendre compte du meeting de lancement de la campagne des européennes du PS". Il se trouve que le journaliste était en vacances. La première secrétaire s'indigne enfin que " Le Monde n'ait pas fait sa une sur le meeting dans son édition du lendemain". Françoise Fressoz, une fois la stupéfaction passée, renvoie poliment Martine Aubry dans les cordes et met fin à l'entretien. Un climat de défiance prévaut à l'égard de la presse, d'autant plus mal compris par les journalistes que les socialistes entonnent régulièrement le couplet d'un Nicolas Sarkozy faisant pression sur les médias, jouant de l'intimidation et de la menace.

 

(Au plus fort de ses ennuis, il peut compter ses amis sur les doigts d'une main. Malek Boutih, David Assouline, Manuel Valls et surtout Vincent Peillon.)

"Au final, je regarde ce parti en général et je me dis : C'est quoi, cette maison? (...) Cette histoire a conforté ce que je pensais de mes rapports avec le PS. Je l'avais déjà ressenti au moment du congrès. Finalement, je suis un bâtard. Tant que le bâtard joue le rôle du fou du roi, ça va... Mais quand le fou du roi veut devenir le roi, on lui dit: T'es pas de la caste, t'es qu'un métèque." Il ne s'arrête plus. "C'est ce que j'ai -ressenti avec François et Ségolène. Je me suis dit : qu'est-ce que je fous là-dedans? Au fond, je suis juste bon à porter les valises." (...) Et puis, les attaques, la frustration et l'amertume se font plus précises. Plus ciblées. C'est Ségolène Royal qui va en faire les frais. Dray a été son plus fidèle soutien au moment de la primaire, il a tout fait pour qu'elle devienne candidate à la présidentielle, et aujourd'hui il se sent lâché, trahi, abandonné en rase campagne. "Elle a montré ce qu'elle était, cette bonne femme. La première chose qu'elle fait, c'est de téléphoner à mon assistante pour savoir si cette affaire la concerne! Elle flippe que j'aille raconter des choses. Mais si j'avais voulu, je l'aurais déjà fait et j'aurais vendu trois best-sellers. Mitterrand, lui, n'aurait jamais agi comme ça. Jamais. Je me souviens du jour où l'affaire Pelat a éclaté. C'était en février 1989. Mitterrand me dit: "Il a peut-être fait des bêtises, mais c'est mon ami... C'est mon ami... Quand il m'enlevait mes poux dans les camps de concentration, j'étais bien content qu'il soit là"." Ségolène Royal, qui s'imagine souvent en héritière de l'ancien président au panthéon des socialistes, ne sera pas très mitterrandienne dans cette affaire. Le lendemain de la perquisition, elle pousse même le vice jusqu'à faire envoyer un communiqué à la presse en s'étonnant que son nom soit mêlé à cette affaire. (...) Lâcheté indéfendable ou réaction logique quand on brigue toujours la fonction suprême? Julien Dray a tranché. "En 40, si j'avais porté l'étoile jaune, je ne sais pas où j'aurais été. Pas à Raspail, en tout cas, parce que je me retrouvais dans le wagon." Royal enverra tout de même un SMS à Julien Dray le 24 décembre : "J'espère que tu passes quand même un bon Noël en famille."

Ce lundi 9 mars, madame la présidente de la région Poitou-Charentes est attablée à une terrasse du port de La Rochelle. Plein soleil, lunettes sur le nez, elle prend son temps et profite des premières chaleurs du printemps. Le congrès est déjà loin, mais Ségolène Royal n'a rien oublié. Elle reste persuadée d'avoir été volée cette fameuse nuit du 21 au 22 novembre. "Il y a eu la fraude active et la fraude passive. On a empêché plein d'anciens militants à 20 euros de voter [ceux qui avaient assuré la victoire à Royal lors des primaires de 2006, NDA]. Ils ont pris le temps de nettoyer les listes en organisant un congrès si éloigné de la présidentielle." (...) En réalité, depuis l'empêchement de Reims, Royal est abandonnée par une grande partie des siens. (...) "Valls, Peillon, je leur ai tout donné. Je les ai même mis devant moi! Devant moi ! s'exclame Ségolène Royal, Et regardez Valls, il déraille! C'est la compétition des ego qui est relancée!" Et quand on évoque la volonté de Peillon d'être candidat en 2012, Royal balaie la question et fusille son ancien lieutenant: "Il n'arrive même pas à garder une circonscription." Puis elle ajoute, comme pour se rassurer: "Ils reviendront, ils reviendront. Vous verrez, Peillon, quand il aura vu ce que c'est de travailler avec Aubry et de demander la permission avant d'aller parler. Avec moi, ils sont totalement libres