09.09.2009

et si on refaisait le congres !

POLITIQUE - Entre autres détails plutôt sévères pour le parti...

Martine Aubry pensait avoir réussi à clore l'épisode du Congrès de Reims à La Rochelle, mais le livre de deux journalistes sur les coulisses du Parti socialiste risque bien de le rouvrir. Hold-ups, arnaques et trahisons, d'Antonin André et Karim Rissouli (Éditions du Moment), dont Le Point publie les bonnes feuilles, est une lourde charge contre le scrutin qui a vu la victoire de Martine Aubry.

«On ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes» aurait ainsi dit un proche d'Aubry à une secrétaire de section de Lille, le soir du vote des militants pour l'élection de la première secrétaire. Selon les auteurs, tous les résultats de la maire de Lille auraient d'abord été visés par le «comité de ville», présidé par un soutien d'Aubry, avant d'arriver à la fédération du Nord.

«En clair: les résultats du Nord sont gelés pour pouvoir être "ajustés" jusqu'au dernier moment afin d'assurer une avance suffisante à Martine Aubry», sur la consigne des soutiens d'Aubry à Paris, affirment les auteurs. Qui font également le bilan des diverses «erreurs d'écriture», qui ont émaillé les résultats dans le fief de Martine Aubry: hausses de 30% de la participation dans certaines sections, voix rajoutées, tout y passe... Certaines sources évaluent à «plus de 1.000» voix l'ampleur de la fraude dans le seul département du Nord.

«Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi»

Au courant de la manoeuvre, qui donnerait «1.500 voix d'avance à Martine Aubry», les partisans de Ségolène Royal mettent la pression sur les Antilles, fief de Ségolène Royal. «On peut encore gagner, on peut les rattraper, il faut faire voter. Passe des coups de fil, dis bien à tout le monde que c'est très serré», aurait dit François Rebsamen, maire de Dijon et lieutenant de Ségolène Royal, au député Victorin Lurel, homme fort de la Guadeloupe. Qui dit avoir fait constater par huissier des cas de fraudes en faveur de Martine Aubry. Mais finalement, à 5h40, au bout de cette nuit en enfer du 22 novembre 2008, les résultats donnent... 42 voix d'avance à Martine Aubry. «Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi...», aurait même lâché Martine Aubry dans les jours qui ont suivi.

Les passages du livre révélés par Le Point ne mentionnent cependant pas de fraudes chez les partisans de Ségolène Royal. Reste à savoir comment va réagir l'entourage de Martine Aubry à ces révélations, qui risquent de pousser les uns et les autres à refaire le match.
Emile Josselin

29.08.2009

boutiquiere???

Les socialistes sont de retour. Du moins à La Rochelle (Charente-Maritime), où ils sacrifient depuis vendredi à leur traditionnelle cérémonie de rentrée : l’université d’été du PS. Promesses de rénovation, militants brossés dans le sens du poil avec l’annonce d’une consultation interne, dirigeants plutôt économes de petites phrases… Le film d’une journée plutôt consensuelle.

9 h 45

Dans le TGV n° 8317 à destination de La Rochelle, Benoît Hamon, figure de l’aile gauche du PS, se dirige vers la voiture-bar. Plusieurs jeunes femmes se retournent sur son passage, et pas toutes socialistes. «J’ai juste dit à Martine : "Avec les primaires, tu as l’occasion de faire l’unité avec un message positif"», confie-t-il dans la file d’attente pour le café. Selon lui, les primaires règlent définitivement la question des alliances puisque François Bayrou n’y participera jamais : «Prôner les primaires et les alliances avec le Modem est complètement contradictoire, Bayrou n’y a aucun intérêt. Son arme est de réinstiller le poison de la division au sein de la gauche. Envoyer Sarnez à Marseille, ça fragilise le PS et ça fait partir le PCF dans les bras de Besancenot.»

14 heures

Ségolène Royal est plus écologiste que Nicolas Hulot, Cécile Duflot et même Al Gore. Et elle le prouve. D’abord sur le parvis de la salle de l’Encans, où la présidente du Poitou-Charentes, en petite robe noire, enfourche devant les caméras le «pélican», une moto électrique à trois roues fabriquée par Heuliez, entreprise sauvée in extremis de la faillite par son intervention au tribunal de commerce. «Pour l’achat des 5 000 premiers véhicules, la région offre un bonus de 2 000 euros ! Ici, à la région, on ne se contente pas de préparer le futur, on est dans le futur», assure-t-elle. Certes, mais quid des primaires ? «J’ai toujours pensé que le PS devait s’ouvrir, s’élargir. Je vois que les bonnes idées font leur chemin. Mais il faut que les décisions soient prises rapidement pour passer à autre chose.»

A la tribune, la présidente de Poitou-Charentes remercie «Martine» de lui avoir permis de montrer ses véhicules électriques. Et en profite pour faire son premier discours de campagne aux régionales, en taclant les écologistes qui veulent présenter des listes autonomes au premier tour : «Nous avons fait bien plus que le programme des Verts de 2004 !» Sauf qu’elle se lance dans une diatribe contre la taxe carbone, pourtant incluse dans le Pacte écologique qu’elle a signé en 2007, dénonçant «un impôt absurde, injuste».«De quel droit le gouvernement va-t-il assommer des familles qui n’ont même pas le libre choix de rouler propre», lance-t-elle un brin démago… et très applaudie. Embrayant sur Claude Allègre, la voilà qui stipendie «l’écologie de la punition». Enfin la Poitevine, telle Angelina Jolie, ambassadrice des Nations unies pour les réfugiés, rappelle qu’elle a été nommée «représentante mondiale aux Nations unies pour les coopérations décentralisées en énergies renouvelables».«J’en serai la porte-parole à Copenhague [au sommet sur le climat qui se tiendra à la fin de l’année, ndlr] !» Au premier rang, Martine Aubry semble ravie de voir sa rivale s’épanouir très loin de la rue de Solférino.

15 h 10

«Alors, on la veut, cette rénovation ? Et bien on va y aller !» Opération relégitimation pour Martine Aubry, qui succède à la tribune à son ex-rivale. Et promet aux militants un changement du PS «de A à Z. De C comme cumul des mandats jusqu’à P comme primaires». Succès garanti auprès des adhérents. D’autant que la première secrétaire a «décidé d’organiser une consultation le 1er octobre pour que les militants nous fixent le cap». Tous azimuts. Sur le non-cumul des mandats, donc, au grand ravissement des militants de base. Sur les primaires ouvertes, que la direction entend organiser au premier semestre 2011. Sur la «parité, la diversité et le renouvellement générationnel». Sur «des modalités de vote fiables» - au premier rang, Ségolène Royal lève les bras et applaudit ostensiblement… Sur la création d’une «commission d’éthique», aussi, chargée de «garantir un réel civisme interne et la solidarité entre socialistes». Autant de points sur lesquels les militants s’exprimeront via un questionnaire à choix multiples, suivi, à l’été 2010, par une réforme des statuts.

«Martine fait du Ségolène», commente un cadre. Ce qui n’a pas échappé aux amis de l’ex-prétendante à l’Elysée. Jean-Louis Bianco : «C’est bien que toute une série de choses que Ségolène a lancées pendant la campagne présidentielle et le congrès soient reprises.» Patrick Mennucci : «C’est quand même dommage que, au congrès, on n’ait pas réussi à se mettre d’accord sur ces points…» Lesquels devraient faire l’objet d’un plébiscite à l’albanaise, d’autant plus qu’ils demeurent particulièrement flous. L’occasion, pour la patronne du parti, de s’offrir à peu de frais une nouvelle santé après une année difficile. «Elle a réussi son coup», affirme François Kalfon, responsable des sondages. «Elle pose un acte d’autorité», ajoute Guillaume Bachelay, secrétaire national. Mais une surprise, au PS, n’est jamais à exclure. Un cadre met en garde : «J’espère que ça ne se jouera pas à 102 voix…» Référence à la différence de suffrages qui avait séparé Aubry de Royal pour le poste de première secrétaire.

18 heures

Des dizaines de militants s’agglutinent au premier étage. Mine réjouie, Arnaud Montebourg, qui anime un «atelier de la rénovation» sur les nouvelles pratiques militantes - primaires pour 2012 en tête - s’étonne : «La salle va être trop petite, on dirait.» Depuis sa sortie fracassante sur les primaires voilà dix jours, le député de Saône-et-Loire, qui assurait que son nouveau cheval de bataille serait le dernier au sein du PS, a vu son «moral remonter en flèche», en raison des conversions à la chaîne de responsables socialistes et de la validation du processus par Martine Aubry. Rendant hommage à «l’acte d’audace» de la première secrétaire, Montebourg lui dit : «Je suis ton homme pour conduire ce changement.» Et ce pour «faire briller en Ligue 1» un PS «excellent en Ligue 2», qui se contente de remporter des scrutins locaux. Il défend les primaires, «ce seul moyen de reprendre pied avec la société française»«partager avec des millions de Français ce choix pour le pouvoir». Visant un socle de 5 millions d’électeurs, il assure que les participants, après avoir désigné leur candidat à la présidentielle, «iront chercher les autres».«On aura fait un quart du chemin», parie Montebourg, qui jubile : «Passer de 200 000 à 20 millions d’électeurs, c’est compliqué, mais de 5 à 20 millions, là ça commence à être sérieux.»

18 h 20

La presse n’est pas la bienvenue à la séance de questions-réponses auxquels les jeunes du MJS convient traditionnellement la première secrétaire. «Pourquoi tu ne parles jamais dans les médias ?» lui demande un jeune homme.«Je ne veux rien me laisser imposer par la presse», répond Martine Aubry, pour qui «les journalistes ne sont pas des vaches sacrées», qu’elle accuse de «s’en tenir à l’écume des choses».«Quand est-ce qu’on va passer des paroles aux actes ?» en matière de renouvellement des listes, demande un jeune militant, visant les régionales de 2010. La «quasi-totalité» des présidents sortants seront reconduits, prévient Aubry, qui se donne néanmoins «trois ans» pour parvenir au non-cumul. Georges Frêche, président (ex-PS) de la région Languedoc-Roussillon, dont elle semble vouloir se débarrasser ? «Je ne suis pas sûr que je gagnerai, mais j’irai jusqu’au bout.» Une pique à Nicolas Sarkozy, «qui est un peu comme les algues vertes, vert à l’extérieur, mais très toxique en réalité», et la première secrétaire s’éclipse, non sans se voir offrir le dernier tee-shirt du MJS, double face. Devant : «Je suis candidat…» Derrière : «…à la rénovation de la gauche.»

18 h 30

Bertrand Delanoë, d’un pas lent. Pull violet sur les épaules, jean sombre, le maire de Paris arrive tranquillement dans l’amphithéâtre où 400 militants de sa motion baptisée «Clarté, courage et créativité» au congrès de Reims l’attendent. Un an après l’échec, c’est plutôt «courage, courage, courage», plaisante un de ses proches. «Ce qu’Aubry dit sur les alliances, c’est ce que j’ai fait à Paris avec le Modem. […] Pour les régionales, elle a raison de renvoyer la question à François Bayrou : le Modem ne peut pas s’allier tantôt avec la droite, tantôt avec la gauche.» Se voit-il candidat aux primaires pour la présidentielle ? «Je ne suis candidat à rien, je suis militant, maire de Paris.»Aurait-il dirigé le PS autrement s’il avait triomphé au congrès? «J’y pense. Mais j’aime la vie. Par exemple je n’aurai pas passé trois semaines de vacances excellentes à Bizerte. Premier secrétaire, j’aurais eu plus de soucis.»Il ne peut s’empêcher de taper son amie Martine Aubry : «Il y a peut-être des choses qui manquent au PS. Je pense à la cohérence entre une identité, une majorité et une stratégie.» Et il donne rendez-vous à ses militants «dans quelques mois ou quelques années».

20 heures

Petite réunion entre amis, ceux de Ségolène Royal, au Musée maritime. Devant ses supporteurs de Désirs d’avenir, Ségolène Royal, beaucoup plus acérée qu’à la tribune, se place une fois de plus à la pointe de l’innovation socialiste. «J’entends dire que le Modem est le bienvenu. Mais qu’est-ce que j’avais entendu après la présidentielle…» Et de se présenter en icône du non-cumul : «J’entends dire qu’on va mettre fin au cumul des mandats. Vous avez devant vous quelqu’un qui passe des paroles aux actes.» La moyenne d’âge de la salle est respectable. «Elle est au-dessus. Elle avait anticipé depuis longtemps», veut croire Marie-Jacques, 54 ans, qui ne porte pas la même affection politique à la camarade Martine Aubry. La sentence tombe : «Le problème, c’est qu’elle n’a pas de légitimité naturelle, pas de destin. Elle joue les boutiquières.»

28.08.2009

discours de Martine

Lire le discours de Martine Aubry

VIDÉO : Voir de discours de Ségolène Royal

Cher(e)s ami(e)s, Cher(e)s camarades,

Je suis heureuse de vous retrouver ici à la Rochelle pour l’Université d’été de notre Parti.

Oui je suis heureuse, d’aborder cette rentrée politique en famille au milieu des militants et des élus.

Permettez-moi, en votre nom à tous, de remercier avec chaleur l’ensemble des militants de la fédération de Charente-Maritime qui font de cet événement un succès, et en particulier bien sûr son premier fédéral, Olivier (Falorni). 

Merci aussi à toi cher Maxime, pour ton accueil. Maxime, il suffit de se promener dans ta ville, à laquelle tu as tant donné, où l’on se sent si bien, pour comprendre ce que veut dire une politique de gauche respectueuse des femmes et des hommes et de l’environnement.

Merci bien sûr à Ségolène d’être présente à nos côtés pour ouvrir notre université. Elle nous accueille aujourd’hui. Nous serons à ses côtés et à celui de tous les Présidents de Région pour cette année électorale. Ce sont les Régions, comme les Villes et les Départements qui combattent aujourd’hui la crise, qui préparent l’avenir en développant des projets écologiques et Ségolène en est un formidable exemple. Je salue notamment son action aux cotés d’Heuliez qui est symbolique de notre combat pour l’emploi, pour la sauvegarde et de développement d’une industrie d’avenir. Elle y a mis toute son énergie et sa combativité et on sait combien elles sont grandes.

Je veux saluer aussi Antoine (Détourné) et avec lui l’ensemble des militants du MJS. Le MJS est à l’avant-garde de nos combats collectifs, pour la jeunesse bien sûr, mais aussi sur les services publics, sur la santé, sur l’éducation. Dans les manifestations comme dans les initiatives, on ne peut pas rater le drapeau du MJS : il flotte toujours bien haut !

*

Nous tous ici nous partageons la même volonté : faire de nos rencontres de la Rochelle trois jours utiles pour les Français.

Utiles pour affronter la crise qui, quoi qu’en dise le gouvernement, est loin d’être finie. La crise est bien là en effet, pour les jeunes qui cherchent un emploi, les salariés qui se battent dans leur entreprise, les PME qui luttent pour leur survie, les ménages qui préparent la rentrée scolaire, les retraités dont les pensions n’augmentent pas. Nous leur devons à tous une indignation contre la politique actuelle, mais surtout des propositions pour une vie meilleure en demandant au Président de la République d’agir enfin. Les Français ne sont pas dupes : ministres en Sarkozye, professionnels de la méthode Coué, managers et traders – ceux qui s’empressent d’annoncer le retour à la normale sont ceux qui n’avaient pas vu arriver le choc global. Le monde a changé, pas leurs lunettes ni leurs recettes !

Un Parti Socialiste utile aux Français, c’est aussi un PS capable de proposer un autre projet de société. Les événements de cet été, les bonus en cascade dans les banques et les coups de menton à répétition de l’Elysée, sont une preuve de plus que le libéralisme financier n’est pas amendable, que c’est bien un nouveau modèle, juste, efficace et préparant l’avenir qu’il nous faut proposer. Ce projet doit tout à la fois être imaginatif et crédible, original et solide, inventif et réaliste. Le travail a bien commencé, et La Rochelle en sera le premier temps fort collectif. Dans la foulée, nous lancerons le tour de France du projet pour débattre avec les Français sur la société dans laquelle ils ont envie de vivre. Nous préparerons nos propositions pour un nouveau modèle de développement économique, social, écologique, mais aussi territorial, éducatif, républicain.

Un Parti socialiste utile aux Français, c’est un Parti socialiste ouvert aux forces de gauche et aux citoyens qui n’en peuvent plus de ces politiques injustes et inefficaces, de cette pratique du pouvoir autocratique du Président de la République, et qui n’accepte pas l’affaissement de la place de la France dans le monde.

Pour réussir cela, il faut un Parti socialiste fier de ses valeurs, enthousiaste à les faire partager et profondément rénové dans ses pratiques. Il nous faut maintenant sortir des discours et des réflexions pour passer aux actes.

*

J’ai fixé une feuille de route en m’adressant en juin à chaque militant : un parti combatif contre la politique de Nicolas Sarkozy, un Parti de transformation porteur d’un large projet de société, la construction d’une maison commune de la gauche, et la rénovation de notre Parti. L’ensemble de ces missions qui sont celles d’un grand Parti de gauche doivent être menées de pair. Au cours des dernières années, notre Parti est souvent apparu immobile, donc conservateur ; fermé sur lui-même, donc imperméable aux défis d’aujourd’hui ; divisé par des ambitions personnelles, donc bien loin des difficultés des Français. Les Français nous demandent, attendent avec impatience un Parti socialiste en mouvement et une pensée en mouvement. Je souhaite ardemment l’un et l’autre.

*

C’est dans cet esprit que nous avons conçu cette Université d’été. Centrée sur l’enjeu du moment : comprendre la crise et penser l’avenir, nos cinq grandes plénières y seront consacrées ; ouverte sur la société : avec des intellectuels de tous horizons (philosophes, sociologues, historiens, économistes, artistes, etc…), responsables syndicaux et associatifs. La moitié des intervenants sont des personnalités extérieures au Parti. Nous sommes profondément convaincus que, de ces regards croisés, sortiront des idées et une vision du monde fécondes. Leur présence montre d’ailleurs la volonté du monde intellectuel, syndical, associatif et de se réinvestir auprès de nous. Je veux tous les remercier en votre nom.

Et puis nous nous réjouissons que soient présents auprès de nous les dirigeants de la gauche. Nous avons voulu mettre la gauche à l’honneur avec des représentants dans chaque atelier et bien sûr la présence demain à nos deux grandes tables rondes de ses dirigeants, que je salue en votre nom. C’est en partant de l’analyse et des idées de progrès que nous voulons pour la France, que nous devons commencer. Le projet doit précéder les alliances. C’est incontournable. Faute de quoi, on confond refondation et combinaisons.

Je veux remercier très chaleureusement Emmanuel Maurel et toutes les équipes qui ont travaillé autour de lui pour cette édition qui allie l’exigence sur le fond, l’ouverture aux autres, de nombreuses innovations – je pense par exemple au festival du film politique-, mais aussi aux moments de convivialité avec notamment une soirée festive où nous nous retrouverons tous ensemble, militants et intervenants extérieurs.

*

Je n’ai pas souhaité m’exprimer avant la séquence de la Rochelle parce que c’est ici, au milieu de vous que je souhaite le faire. C’est une marque de respect pour la démocratie interne d’un grand parti comme le nôtre, pour les militants, les élus qui consacrent une grande partie de leur temps, de leur vie à se battre pour changer la vie des Français. Et puis je préfère –vous le savez- la pensée solide au raisonnement rapide, l’expression collective au chacun pour soi. La société médiatique a ses exigences, mais pour moi – on ne se refait pas-, le respect d’un Parti, de ceux qui en portent les valeurs, qui en font l’âme et la force, prime avant tout et primera toujours. 

Cette feuille de route, nous devons la mener avec détermination. Mes camarades, l’alternance se mérite. Nous devons être enthousiastes et non impatients ; convaincants et non arrogants. Les Français attendent du sérieux et non des coups d’éclat. C’est là l’honneur de la politique. Vous m’avez demandé de conduire notre Parti socialiste pour qu’il retrouve la confiance des Français car c’est la condition pour que les Français retrouvent confiance dans l’avenir. Et vous le savez, rien ne me fera dévier de cette mission, ni le tintamarre médiatique, ni les injonctions, ni le yoyo des sondages.

Je m’adresserai aux Français en votre nom dimanche à la suite de ces trois jours de travail. Je leur ferai part de nos propositions pour sortir de la crise, mais aussi de notre volonté de leur proposer une alternative. Mais cet après-midi, je veux vous parler à vous, les militants mais aussi les sympathisants du Parti que nous avons l’honneur de servir.

*

Et d’abord, mes chers camarades, soyez fiers de notre Parti. Rappelez-vous d’où nous venons, la force qui est celle de notre histoire, de nos combats…

Au moment où le néolibéralisme démontre l’absurdité de son système et son échec économique et social, soyons fiers de défendre ce dont le monde a besoin : la justice, l’égalité qui rime avec liberté, la fraternité, la laïcité, l’internationalisme. 

Et puis souvenez-vous de ce qui a entrainé votre engagement personnel. Dans les périodes d’hésitation, chacun doit se rappeler ce qui l’a fait franchir le pas pour devenir militant du Parti Socialiste. C’était un matin d’espoir ou un soir de colère. C’était dans tous les cas une volonté de justice, le refus des inégalités, un besoin de démocratie, et puis la volonté d’être utile, de changer la vie ou même seulement un bout de terrain auprès de chez soi, qui a conduit chacun d’entre nous au Parti Socialiste. Oui, souvenons-nous de ce jour où nous nous sommes engagés. Soyons en fiers et ravivons cette flamme. On en a besoin. Les Français nous attendent.

*

Alors oui, notre grand Parti, il faut qu’il bouge. La rénovation est une exigence de démocratie. Le socialisme, c’est la démocratie jusqu’au bout, dans la société, mais aussi en notre sein. Nous parlons depuis longtemps de rénovation. Nous en parlons surtout au moment des Congrès d’ailleurs. Il est temps maintenant de passer des discours aux décisions et aux actes.

Je le dis avec force, la rénovation de notre Parti ne peut à elle seule convaincre les Français de nous refaire confiance. Il nous faut un projet fort, mais nous le savons aussi : quelle que soit la qualité de nos propositions, notre crédibilité passe par d’autres pratiques politiques, par la construction d’un grand Parti ouvert sur la société et la gauche et qui sache se renouveler en permanence.

Retrouver nos valeurs en refondant nos idées et en rénovant notre Parti, voilà ce qu’il faut mener de pair. C’est pour lancer simultanément ces deux chantiers que j’ai souhaité m’exprimer ici à la Rochelle.

Alors, laissez-moi vous parler de rénovation. On dit ce terme éculé. Il l’est quand on en parle et ne la fait pas. Il devient exaltant lorsqu’il est porté par tout un Parti, fort de son histoire, de ses valeurs et ouvert à la société.

J’ai défendu avec beaucoup de camarades, dans la motion que j’ai signée au Congrès de Reims, le non cumul des mandats comme la désignation de notre candidat par des primaires ouvertes. Je les ai inscrits dans la lettre que j’ai adressée en Juin aux militants pour fixer notre feuille de route. De nombreux autres camarades les ont défendus aussi, et je crois comprendre que d’autres nous ont rejoints depuis.

Alors oui, cette fois ci, cette rénovation, nous allons la faire. De A à Z – ou plutôt de C comme cumul à P comme primaires !

Aujourd’hui, je ne fais pas de grandes promesses. Je propose des décisions, une démarche et un calendrier.

Je vous propose de tenir une Convention nationale extraordinaire de modification de nos statuts avant l’été 2010. J’ai entendu beaucoup de positions, souvent convergentes, parfois contradictoires, sur ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Il s’agit de l’avenir de notre Parti. C’est donc aux militants de trancher. Alors je souhaite leur donner la parole, vous donner la parole.

J’ai décidé d’organiser une consultation militante le 1er octobre pour que les militants nous fixent le cap. Nous tiendrons un Conseil National le 12 septembre pour la préparer. Ces orientations choisies, le travail s’engagera pour fixer les modalités concrètes et les modifications statutaires qui devront être votées avant l’été.

Je vois pour ma part cinq champs de réforme.

-Tout d’abord, le non-cumul des mandats. Nous savons que c’est une condition du renouvellement des générations et de l’ouverture de notre Parti vers la société. Nous ne pouvons pas en permanence vouloir notre Parti exemplaire et attendre des lois qui ne viennent pas, même lorsque nous sommes au pouvoir. Je souhaite que nos statuts avancent radicalement dans le non-cumul des mandats, que nous appliquerons au lendemain de notre Convention extraordinaire statutaire de l’été 2010. Je propose que nous demandions aux militants s’ils partagent cette volonté d’avancer drastiquement sur cette question. Ils devront nous dire s’ils souhaitent que nous travaillions sur le mandat unique des parlementaires et sur la limitation du nombre de mandats exercés simultanément ou successivement. J’y suis pour ma part favorable. Actons les principes puis travaillons ensemble les modalités.

- En second lieu, les primaires ouvertes. Chacun ayant dit sa vision des primaires, il est logique et – j’ai cru comprendre attendu – que je fasse part de ma propre analyse. Elle est commandée par l’intérêt général. Les primaires doivent être une opportunité pour nous, pas un problème entre nous. Sur ce sujet comme sur d’autres, il faut travailler dans la sérénité et le sérieux. 

Les primaires ouvertes doivent être une extraordinaire chance pour notre Parti, pour nous renouveler, pour nous ouvrir à la société et pour créer un vaste mouvement populaire. Pour y parvenir, il ne faut pas s’y engager tête baissée, mais avec une véritable cohérence politique. Penser avant de décider, c’est le principe de précaution en politique et mon rôle de le faire valoir. Nous refusons évidemment que les primaires se transforment en une compétition entre des réseaux de partisans pour tel ou tel candidat à l’élection présidentielle. 

Mais plus important encore, nous souhaitons qu’elles permettent d’agréger autour de nous toutes celles et ceux qui veulent nous aider à construire un autre projet de société, et qui se mobiliseront ensuite pour la changer avec nous. Nous voulons finalement accueillir tous ceux que l’on pourrait appeler les « activistes » du projet alternatif au système libéral. Et le Tour de France que nous allons engager dans quelques jours pourra en constituer le premier socle. Ce lien entre les primaires ouvertes et la préparation du projet est essentiel. Faute de l’avoir fait avec clarté, sans projet structurant, les primaires de l’Olivier en Italie, aussi exaltantes qu’elles aient pu être, n’ont pas permis le mouvement espéré et nous en mesurons malheureusement aujourd’hui les conséquences dans la faiblesse de la gauche italienne.

Ce mouvement autour des primaires avançant en parallèle de notre projet pourrait conduire au choix de notre candidat au premier semestre 2011. 

Ceci étant posé, il est temps d’avancer maintenant. Je souhaite, comme je l’ai défendu dans ma motion au Congrès à Reims, que nous organisions des primaires, ouvertes à toutes les femmes et hommes de gauche qui le souhaitent, pour désigner le candidat du Parti socialiste à la Présidentielle. Les militants s’exprimeront sur ce sujet dans la consultation du 1er octobre.

Doit-on, comme je l’entends défendre par certains, décider qu’il s’agira du candidat de toute la gauche ? Il est sans doute nécessaire d’en discuter avec les autres Partis. Mais je crois que cette décision relève d’une analyse commune et non pas de notre seule vision des choses. Nous disons que nous ne voulons pas être hégémoniques. Prouvons-le ! J’ajoute qu’il est bien difficile de savoir aujourd’hui si l’intérêt de la gauche sera de présenter un ou plusieurs candidats à l’élection de 2012 : la politique, c’est affaire de dynamique, non de simple arithmétique. Nous aurons à en discuter avec nos partenaires et nous devrons le décider ensemble.

- Troisième champ de la consultation militante, la parité, la diversité et le renouvellement générationnel. Un Parti fort est un Parti qui ressemble à la société qu’il représente. Nous devons ainsi organiser en notre sein les conditions de l’égalité réelle d’accès aux responsabilités. Il est grand temps tout d’abord d’inscrire dans nos statuts la parité intégrale dans toutes nos instances. Au-delà, je souhaite que soient créées les conditions d’assurer la diversité en notre sein, au sens le plus large du terme, c’est-à-dire visant l’accès aux responsabilités de militants issus de l’immigration, mais aussi d’ouvriers, d’agriculteurs, d’employés…, qui sont aujourd’hui sous représentés parmi les cadres et les élus de notre Parti. Il s’agit aussi – c’est pour moi un devoir historique – de préparer aujourd’hui une nouvelle génération à exercer demain les responsabilités.

- Nous avons également à trancher plusieurs réformes statutaires visant à mieux articuler le choix de nos orientations et de nos dirigeants politiques, à faciliter les adhésions et à favoriser des modalités de vote fiables.

- Dernier champ de rénovation, les règles d’éthique. Comment garantir un réel civisme interne et la solidarité entre socialistes à tous les niveaux ? Je propose que soit rédigée une charte d’éthique souvent annoncée, jamais mise en œuvre. Une commission présidée par une personnalité faisant autorité dans notre Parti pourrait être chargée de faire respecter ces règles communes.

*

Un Parti plus ouvert sur la société, renouvelé et forgé à l’image de la société, plus démocratique et plus efficace dans le fonctionnement de ses instances, et doté de règles d’éthique partagées et appliquées : voilà ce que je propose ; voilà ce que trancheront les militants par leur vote le 1er octobre.

*

Par ailleurs, nous devons engager cet immense travail et ce débat de manière ouverte en utilisant tous les moyens y compris internet. Je vous annonce que nous aurons bientôt à notre disposition notre réseau social. Il entre en phase de test et sera accessible mi-octobre pour les adhérents et fin novembre pour l’ensemble de nos sympathisants. Les uns comme les autres trouveront avec cet outil puissant et innovant une nouvelle manière, libre et coopérative, d’investir l’action politique (discuter, partager, échanger, s’organiser…). Son nom, CooPol, Coo, comme coopérative, coopération, bref collectif ; Pol, comme Politique, retour des valeurs, retour du débat, CooPol, comme un lieu de rencontre, de convivialité.

*

Un Parti rénové, mais aussi un Parti fer de lance du rassemblement de la gauche. Voilà pourquoi j’ai appelé de mes vœux une maison commune de la gauche. Ce terme laisse ouvert tous les chemins que nous voudrons emprunter ensemble.

Mais avec nos partenaires, nous devrons d’abord nous engager sur le projet, sur nos priorités communes avant de parler stratégie électorale.

Mais pour que la maison commune fonctionne, afin de créer ce que j’appellerais la gauche solidaire, il faut respecter trois règles d’or.

La première, c’est la clarté, et la clarté c’est le projet. Notre édifice serait bien fragile si nous commencions par monter les murs et poser le toit avant d’en avoir bâti les fondations. Il nous faut être porteurs ensemble d’un projet commun. C’est un travail exigeant qui nous attend pour proposer le modèle alternatif à cette économie financière libérale qui décidément n’est pas amendable. C’est pour amorcer concrètement ce travail, que nous avons invité nos partenaires de gauche à tous nos ateliers, j’ai par ailleurs proposé deux journées à nos partenaires, que nous pourrions préparer ensemble, l’une sur l’emploi dans ce contexte de rentrée sociale très difficile et l’autre en vue de préparer ensemble nos propositions environnementale pour Copenhague.

La deuxième règle d’or, c’est la conjugaison du droit à l’identité et du devoir de solidarité. En d’autres termes, c’est le respect de chacun. Ce respect, nous devrons nous l’appliquer à nous-mêmes et la demander à nos partenaires, dans la préparation de notre projet comme dans la conduite de nos campagnes électorales. Dans cet esprit, j’ai proposé, notamment à Cécile Duflot, une charte de bonne conduite pour les élections régionales. Quand on appartient à une majorité, on en défend le bilan, on en discute les actions et on en porte ensemble les projets.

La troisième règle d’or, c’est l’acceptation du pluralisme qu’a très bien défini l’ancien maire de Venise, Massimo Cacciari : « le pluralisme serait un malheur si chacune de ses composantes n’avait pas une hospitalité pour chacune des autres ».

C’est l’état d’esprit que je nous recommande, mes chers camarades, pour nous engager, avec la force de ce que nous sommes, dans la construction de cette maison commune.

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La maison commune est notre priorité. Et alors qu’en est-il du Modem, puisque ce sujet est sur la table, ce qui est naturel à l’approche d’élections ?

Rappelons tout d’abord que les militants ont tranché cette question lors du Congrès de Reims. Il est vrai qu’il a coulé depuis de l’eau sous les ponts, et que plus aujourd’hui encore qu’hier, François BAYROU revendique son anti-sarkozysme. Mais l’anti-sarkozysme ne fait pas un projet politique … Le rejet du pouvoir actuel, de sa confiscation des médias, de sa fascination pour l’argent, de sa détestation des corps intermédiaires et des contre-pouvoirs, est nécessaire à l’alternance, mais pas suffisant. Il nous faut savoir ce que l’on veut construire sur le plan économique et social.

Nous avons la conviction, plus que jamais, que c’est un vrai projet de gauche qui est nécessaire pour retrouver la confiance des Français en 2012. 

François BAYROU nous dit qu’il combattra l’UMP. Mme de SARNEZ nous explique que nous avons un adversaire commun. Cela suffit-il pour bâtir ensemble l’avenir ? Je ne crois pas. J’ai la profonde conviction que ce n’est pas à nous aujourd’hui de nous exprimer sur le MODEM tant que celui-ci n’a pas clarifié sa position. Nous devrions tous ensemble poser deux questions à M. BAYROU.

M. BAYROU,

-Vous nous dites vouloir combattre partout l’UMP. Cela va donc changer de vos alliances à la carte aux municipales de 2008. Dont acte. Encore faudra-il vérifier que c’est bien le cas partout. Mais il faut nous en dire plus, allez vous soutenir les candidats de la gauche aux élections régionales ?

- Nous savons contre quoi vous vous battez, mais que proposez-vous ? Etes vous prêts à nous rejoindre sur un projet économique, social et écologique ? 

Mes amis, ne soyons pas naïfs. Est-ce que chacun d’entre nous est bien sûr que les clins d’œil appuyés du Modem aujourd’hui n’ont pas pour seul objectif de nous diviser et de faire la courte échelle à François Bayrou pour 2012 ? Nous, en 2012, nous voulons un candidat de gauche.

La véritable modernité, celle qui conduit à la victoire, ce n’est pas la nouveauté dans les photos de famille, c’est la clarté dans les choix politiques. Chaque fois que les socialistes ont été confus, ils ont perdu.

Si des démocrates et humanistes souhaitent nous rejoindre, nous sommes ouverts, mais ils doivent le faire dans la clarté et c’est à François Bayrou de l’apporter si c’est sa conviction.

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Voilà, mes camarades, la feuille de route de notre Parti.

Nous avons une responsabilité historique. Faire que la gauche revienne au pouvoir en 2012. Non pas pour nous. Mais pour les français. 

Nous avons beaucoup entendu les socialistes parler aux socialistes et parler d’eux-mêmes. Il faut parler de la France, des Français, de ce que nous avons à leur proposer, de ce que nous voulons pour demain.

Pour engager la France dans l’après crise. Pour construire la France que nous aimons ! Voilà le véritable message de la Rochelle 2009.

Il nous reste moins de 1000 jours pour réussir. 

Alors soyons nous-mêmes, soyons fiers de l’être.

Et bonne Université d’été !