10.09.2009

extraits ....

Il est midi, ce vendredi 21 novembre (2008), quand le téléphone d'une secrétaire de section lilloise se met à sonner. A l'autre bout du fil, Guillaume Blanc, le conseiller politique de Martine Aubry à la mairie de Lille. Dans le Nord, comme dans le reste du pays, les bureaux de vote pour le second tour de l'élection du premier secrétaire ouvrent dans quelques heures. La discussion est brève. Il n'y a qu'un seul message à faire passer. Dans un premier temps, la jeune femme pense avoir mal entendu. Mais la consigne est claire: "On ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes." La veille, Ségolène Royal a créé la surprise en récoltant plus de 42% des voix lors du premier tour. (...) Mathématiquement, le duel s'annonce extrêmement serré et la panique s'empare de la maire de Lille et de ses proches. Plus question de tergiverser. Quelle que soit la méthode, ce soir, il faut barrer la route de -Ségolène Royal. (...)

Vendredi 21 novembre, soir du deuxième tour à Lille. C'est la fin de l'après-midi. Guillaume Blanc, jeune ingénieur de 26 ans, homme de confiance et conseiller politique de Martine Aubry, prend les choses en main. Derrière son air juvénile, l'homme est considéré comme un redoutable agent au service de la maire de Lille. On le surnomme "la Stasi", "parce qu'il vient toujours écouter la moindre prise de parole d'un responsable local du PS pour en faire rapport à Martine", témoigne un militant socialiste lillois. Depuis l'hôtel de ville, Guillaume Blanc adresse un SMS à tous les secrétaires de section. Il leur est ordonné de ne pas communiquer leurs résultats à la fédération - comme le prévoit pourtant le code électoral socialiste -, mais de les transmettre directement à ce qu'on appelle le "comité de ville". Un bureau de liaison au service de Martine Aubry, situé au premier étage du bâtiment qui abrite la fédération socialiste, et dirigé par un certain Patrick Kanner. Depuis son arrivée à la tête de la ville, le PS local est à la main de celle que l'on surnomme "la tsarine", chargé d'assurer le service après-vente de sa politique. Dans les faits, via "le comité", c'est donc le cabinet de Martine Aubry qui a la haute main sur la fédération du Nord. (...) Pargneaux (patron des socialistes du Nord, NDLR) à la fédération sera l'exécutant. C'est sans aucun accroc que la chaîne cabinet du maire-comité de ville-fédération du Nord va se mettre en branle pour assurer l'élection de Martine Aubry, en étroite liaison avec le QG parisien de la future première secrétaire, installé à l'Assemblée nationale. Le dispositif est en place. De Lille à Paris, les montres sont coordonnées. Le casse du parti peut commencer. A 23 heures, huit des dix secrétaires de section de la ville sont au rendez-vous dans le bureau de Patrick Kanner, pour lui remettre les procès-verbaux des résultats. Cet homme, en liaison avec Paris, est chargé de la "tambouille lilloise". Claude Bartolone, Christophe Borgel, François Lamy et Jean-Christophe Cambadélis, les quatre mousquetaires de Martine Aubry, sont installés dans des bureaux de l'Assemblée nationale. Leur consigne est claire: ne pas lâcher les résultats du Nord tant que ceux de toute la France ne sont pas remontés. A mesure que les chiffres tombent, ils sont rentrés dans un logiciel qui calcule automatiquement l'écart entre Royal et Aubry et fait varier les résultats "virtuels" du Nord afin qu'ils assurent la victoire à Martine Aubry. Claude Bartolone, plusieurs semaines après, reconnaîtra d'ailleurs avoir bloqué les résultats du Nord "dans le but de s'assurer que, même si la Guadeloupe et la Martinique votaient à 100% pour Royal, l'avance de Martine ne permettait pas qu'on la rattrape". En clair: les résultats du Nord sont gelés pour pouvoir être "ajustés" jusqu'au dernier moment afin d'assurer une avance suffisante à Martine Aubry.

23 heures : lorsque Gilles Pargneaux, le patron de la fédération du Nord, valide les résultats des sections de Lille, plusieurs d'entre eux ont été modifiés. Certains PV ont été carrément falsifiés dans le tableau récapitulatif de la fédération. Un exercice de "gonflette" organisé depuis Paris et évalué par un secrétaire de section qui préfère rester anonyme, à environ "300 voix sur Lille, bourrage d'urnes compris". Le soir même des résultats, une équipe de France 2 présente à la section de "Lille-Centre" filme l'annonce des résultats par le secrétaire de section: "Martine Aubry, 110 voix, Ségolène Royal, 27!" Sur le PV final rempli par la fédération du Nord, les 110 voix de Martine Aubry sont devenues... 130! Et c'est le même Gilles Pargneaux qui répond très tranquillement aux journalistes que le jeune secrétaire de section a probablement commis "une erreur d'écriture". Il aurait mal retranscrit le décompte des voix sur le papier qui lui servait d'aide-mémoire lors de la proclamation des résultats devant les caméras. L'autre exemple connu concerne la section du "Vieux-Lille", où un vote blanc est devenu un vote Aubry sur le tableau de la fédération du Nord. Ces deux "erreurs d'écriture" seront corrigées quelques jours plus tard en commission des récolements, sorte de tribunal des conflits électoraux interne au PS. Ces erreurs, ces fraudes accidentelles, servent en réalité de leurres. Elles sont données en pâture au grand public pour mieux masquer la triche organisée, qui a assuré la victoire à Martine Aubry. Des magouilles qui auraient dû rester cachées, enfouies dans les tiroirs de la fédération du Nord.

Mais des documents permettent aujourd'hui d'affirmer que la victoire de Martine Aubry a été fabriquée de toutes pièces. Ils sont sans appel. Premier exemple : la section de "Lille-Fives". Dans ce bureau, le score de Martine Aubry a été gonflé de 30 voix. Le mandataire de Ségolène Royal, après le décompte des voix en section, a pointé 58 bulletins pour Martine Aubry, 8 pour Ségolène Royal. Il se souvient parfaitement d'avoir apposé sa signature sur le PV de résultats faisant apparaître ce rapport de forces. Sur le tableau récapitulatif de la fédération, les 58 voix de Martine Aubry ont fait des petits : la maire de Lille est créditée de 88 voix! Une triche grossière planifiée sans trop de précaution. Le comité de ville et la mairie ont les pleins pouvoirs: alors pourquoi se cacher? En témoignent les taux de participation soviétiques qui bondissent entre le premier et le second tour, dans des proportions qui ne peuvent s'expliquer par la seule mobilisation de militants aubryistes subitement remobilisés entre le jeudi et le vendredi. A "Lille-Saint-Maurice", la participation passe de 64% au premier tour à 93,75% au second. A "Lille-Fives", de 62% à 93%. Et la palme revient à "Lille-Vauban", qui voit son taux de participation bondir de 35 points entre les deux tours, de 61% au premier à 96,5% au second! Des scores à faire saliver n'importe quel autocrate, d'autant naturellement que ces regains de mobilisation ne profitent qu'à une seule et unique candidate, Martine Aubry. Seules deux sections lilloises échappent à cette razzia : "Lille-Moulins", fief de Bernard Roman, un proche de François Hollande, et "Vieux-Lille"=", tenue par une proche de Pierre Moscovici.

Lille ne serait pas un cas isolé dans le Nord. Certaines voix, sous couvert d'anonymat, évaluent l'ampleur de la fraude à 1 000 votes en faveur d'Aubry. Les résultats "adaptés" du Nord finissent par tomber vers minuit. Ils sont les derniers à arriver Rue de Solferino. Minuit : les amis de Martine Aubry débouchent le champagne, le hold-up a fonctionné selon leurs plans. Jean-Christophe Cambadélis évalue alors "à 1500 voix" l'avance de Martine Aubry. Tout a marché comme prévu. A ce détail près que les pros de la tambouille ont fait une erreur sur le minutage.

A minuit à Paris, il est 19 heures aux Antilles. Les bureaux de vote dans ces îles, bastions royalistes, sont encore ouverts pour une heure. Soixante minutes pendant lesquelles tout peut encore basculer. Victorin Lurel, député et président de la région Guadeloupe, a passé une soirée tranquille la veille lors du premier tour. Mais ce soir-là, à 19 heures, heure locale, son téléphone est soudain pris d'incessantes convulsions. Christian Paul, député de la Nièvre proche de Martine Aubry, est le premier à l'appeler. "Salut Victorin, dis-moi, on veut être sûr que le vote va bien se dérouler. Tu vois ce que je veux dire?" Victorin Lurel n'en revient pas. "Qu'est-ce que tu veux dire? Qu'est-ce qui vous prend tout à coup?" La conversation tourne court. L'instant d'après, c'est François Rebsamen, pour Ségolène Royal, qui appelle. "Victorin, on peut encore gagner, on peut les rattraper, il faut faire voter. Passe des coups de fil, dis bien à tout le monde que c'est très serré." La Guadeloupe, c'est 2 330 militants socialistes. La Martinique, 374. Largement assez pour remonter les "1 500 voix" d'avance de Martine Aubry. La veille, Ségolène Royal avait recueilli 77,6% des voix, contre 19,8% pour Aubry et 1,9% pour Hamon, avec une participation à 62%. Une mobilisation accrue au second tour pourrait permettre à Ségolène Royal de refaire son retard. Et en l'occurrence, cette dernière heure de vote voit un afflux de militants dans les bureaux de vote de Guadeloupe. "Un votant toutes les douze secondes!" tonne Daniel Vaillant, responsable des élections au PS, qui soupçonne ouvertement la Guadeloupe d'avoir bourré les urnes. (...)



Le regain de mobilisation dans la dernière heure de vote joue en faveur de Ségolène Royal. Les proches de Martine Aubry voient avec angoisse l'écart entre les deux candidates se réduire à mesure que les sections antillaises envoient leurs résultats en métropole. Verdict: Royal arrive en tête avec 81,75% des voix en Guadeloupe et 87,33% en Martinique. Des scores impressionnants, mais qui ne suffisent pas à combler son retard. A 5 h 40 du matin, le résultat annoncé par la rue de Solferino donne la victoire à Martine Aubry avec 42 voix d'avance. La belle ouvrage des mécanos de la maire de Lille a tenu, malgré la contre-offensive des royalistes. Et pour cause, non seulement rien ne prouve une triche royaliste aux Antilles, mais la fraude a en réalité bénéficié... à Martine Aubry. C'est ce qu'affirme Victorin Lurel, "constats d'huissier à l'appui". Deux sections sont pointées du doigt. Deux sections dans lesquelles Martine Aubry est arrivée très nettement en tête. A "Anse-Bertrand", sur 48 inscrits, le PV de section attribue 36 voix à Martine Aubry et 1 voix à Ségolène Royal. Or le bureau d'Anse-Bertrand est resté fermé le jour du vote! (...) L'autre section litigieuse est celle de Pointe-à-Pitre: 190 inscrits. Sur les 173 votants, Aubry obtient 160 voix contre 13 à Royal. Cette fois, selon Victorin Lurel, "ils ont bourré les urnes. Plusieurs militants qui ne se sont pas déplacés ont pourtant été recensés, signature à l'appui, comme s'ils avaient voté". Des vérifications opérées par des huissiers établissent clairement la fraude. (...)

Le mercredi 18 mars 2009, à quelques jours de la convention nationale qui doit ratifier les listes socialistes aux européennes, Martine Aubry est proche de la syncope. Folle de rage, elle s'égosille dans un salon du restaurant Tante Marguerite, à deux pas de l'Assemblée nationale. Ce huis clos dans un des hauts lieux de la "gastronomie politique" oppose royalistes et aubryistes. Vincent Peillon, Jean-Noël Guérini, le puissant patron de la fédération des Bouches-du-Rhône, et François Rebsamen, le sénateur maire de Dijon, d'un côté. François Lamy, le plus proche conseiller, Jean-Marc Germain, le directeur de cabinet, et Martine Aubry en personne, de l'autre. Une heure durant, la première secrétaire et François Rebsamen se hurlent dessus. Fébrile, à la fois insupportée d'entendre les allégations de fraude et consciente de la vérité, Martine Aubry finit par se trahir. "Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi..." La première secrétaire fait allusion à son score écrasant obtenu dans la Seine-Maritime, fief de l'ancien Premier ministre.

Au lendemain du défilé du 1er-Mai, Jean-Michel Normand, le journaliste du quotidien du soir chargé de suivre l'actualité socialiste, évoque les "sifflets" essuyés "tout au long du défilé" par les dirigeants socialistes présents dans le cortège. Le compte rendu critique du journaliste provoque la colère de Martine Aubry. Le lundi 4 mai, réunion de crise à "Solfé". Seul et unique sujet au menu : les médias. Jean-Christophe Cambadélis est furieux contre l'article du Monde . (...) A l'issue de la réunion, et malgré les démentis des participants, Martine Aubry conseille à sa garde rapprochée de se montrer moins disponible pour les journalistes. Elle décide par ailleurs de se charger en personne du cas Le Monde. Fidèle à sa méthode, la première secrétaire convoque Rue de Solferino Françoise Fressoz, chef du service politique du quotidien. Martine Aubry réclame des explications sur la couverture "déséquilibrée" de l'actualité du PS. Plus surprenant encore, elle affirme avoir pris "comme une insulte personnelle que Jean-Michel Normand ne se soit pas déplacé à Toulouse pour rendre compte du meeting de lancement de la campagne des européennes du PS". Il se trouve que le journaliste était en vacances. La première secrétaire s'indigne enfin que " Le Monde n'ait pas fait sa une sur le meeting dans son édition du lendemain". Françoise Fressoz, une fois la stupéfaction passée, renvoie poliment Martine Aubry dans les cordes et met fin à l'entretien. Un climat de défiance prévaut à l'égard de la presse, d'autant plus mal compris par les journalistes que les socialistes entonnent régulièrement le couplet d'un Nicolas Sarkozy faisant pression sur les médias, jouant de l'intimidation et de la menace.

 

(Au plus fort de ses ennuis, il peut compter ses amis sur les doigts d'une main. Malek Boutih, David Assouline, Manuel Valls et surtout Vincent Peillon.)

"Au final, je regarde ce parti en général et je me dis : C'est quoi, cette maison? (...) Cette histoire a conforté ce que je pensais de mes rapports avec le PS. Je l'avais déjà ressenti au moment du congrès. Finalement, je suis un bâtard. Tant que le bâtard joue le rôle du fou du roi, ça va... Mais quand le fou du roi veut devenir le roi, on lui dit: T'es pas de la caste, t'es qu'un métèque." Il ne s'arrête plus. "C'est ce que j'ai -ressenti avec François et Ségolène. Je me suis dit : qu'est-ce que je fous là-dedans? Au fond, je suis juste bon à porter les valises." (...) Et puis, les attaques, la frustration et l'amertume se font plus précises. Plus ciblées. C'est Ségolène Royal qui va en faire les frais. Dray a été son plus fidèle soutien au moment de la primaire, il a tout fait pour qu'elle devienne candidate à la présidentielle, et aujourd'hui il se sent lâché, trahi, abandonné en rase campagne. "Elle a montré ce qu'elle était, cette bonne femme. La première chose qu'elle fait, c'est de téléphoner à mon assistante pour savoir si cette affaire la concerne! Elle flippe que j'aille raconter des choses. Mais si j'avais voulu, je l'aurais déjà fait et j'aurais vendu trois best-sellers. Mitterrand, lui, n'aurait jamais agi comme ça. Jamais. Je me souviens du jour où l'affaire Pelat a éclaté. C'était en février 1989. Mitterrand me dit: "Il a peut-être fait des bêtises, mais c'est mon ami... C'est mon ami... Quand il m'enlevait mes poux dans les camps de concentration, j'étais bien content qu'il soit là"." Ségolène Royal, qui s'imagine souvent en héritière de l'ancien président au panthéon des socialistes, ne sera pas très mitterrandienne dans cette affaire. Le lendemain de la perquisition, elle pousse même le vice jusqu'à faire envoyer un communiqué à la presse en s'étonnant que son nom soit mêlé à cette affaire. (...) Lâcheté indéfendable ou réaction logique quand on brigue toujours la fonction suprême? Julien Dray a tranché. "En 40, si j'avais porté l'étoile jaune, je ne sais pas où j'aurais été. Pas à Raspail, en tout cas, parce que je me retrouvais dans le wagon." Royal enverra tout de même un SMS à Julien Dray le 24 décembre : "J'espère que tu passes quand même un bon Noël en famille."

Ce lundi 9 mars, madame la présidente de la région Poitou-Charentes est attablée à une terrasse du port de La Rochelle. Plein soleil, lunettes sur le nez, elle prend son temps et profite des premières chaleurs du printemps. Le congrès est déjà loin, mais Ségolène Royal n'a rien oublié. Elle reste persuadée d'avoir été volée cette fameuse nuit du 21 au 22 novembre. "Il y a eu la fraude active et la fraude passive. On a empêché plein d'anciens militants à 20 euros de voter [ceux qui avaient assuré la victoire à Royal lors des primaires de 2006, NDA]. Ils ont pris le temps de nettoyer les listes en organisant un congrès si éloigné de la présidentielle." (...) En réalité, depuis l'empêchement de Reims, Royal est abandonnée par une grande partie des siens. (...) "Valls, Peillon, je leur ai tout donné. Je les ai même mis devant moi! Devant moi ! s'exclame Ségolène Royal, Et regardez Valls, il déraille! C'est la compétition des ego qui est relancée!" Et quand on évoque la volonté de Peillon d'être candidat en 2012, Royal balaie la question et fusille son ancien lieutenant: "Il n'arrive même pas à garder une circonscription." Puis elle ajoute, comme pour se rassurer: "Ils reviendront, ils reviendront. Vous verrez, Peillon, quand il aura vu ce que c'est de travailler avec Aubry et de demander la permission avant d'aller parler. Avec moi, ils sont totalement libres

09.09.2009

et si on refaisait le congres !

POLITIQUE - Entre autres détails plutôt sévères pour le parti...

Martine Aubry pensait avoir réussi à clore l'épisode du Congrès de Reims à La Rochelle, mais le livre de deux journalistes sur les coulisses du Parti socialiste risque bien de le rouvrir. Hold-ups, arnaques et trahisons, d'Antonin André et Karim Rissouli (Éditions du Moment), dont Le Point publie les bonnes feuilles, est une lourde charge contre le scrutin qui a vu la victoire de Martine Aubry.

«On ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes» aurait ainsi dit un proche d'Aubry à une secrétaire de section de Lille, le soir du vote des militants pour l'élection de la première secrétaire. Selon les auteurs, tous les résultats de la maire de Lille auraient d'abord été visés par le «comité de ville», présidé par un soutien d'Aubry, avant d'arriver à la fédération du Nord.

«En clair: les résultats du Nord sont gelés pour pouvoir être "ajustés" jusqu'au dernier moment afin d'assurer une avance suffisante à Martine Aubry», sur la consigne des soutiens d'Aubry à Paris, affirment les auteurs. Qui font également le bilan des diverses «erreurs d'écriture», qui ont émaillé les résultats dans le fief de Martine Aubry: hausses de 30% de la participation dans certaines sections, voix rajoutées, tout y passe... Certaines sources évaluent à «plus de 1.000» voix l'ampleur de la fraude dans le seul département du Nord.

«Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi»

Au courant de la manoeuvre, qui donnerait «1.500 voix d'avance à Martine Aubry», les partisans de Ségolène Royal mettent la pression sur les Antilles, fief de Ségolène Royal. «On peut encore gagner, on peut les rattraper, il faut faire voter. Passe des coups de fil, dis bien à tout le monde que c'est très serré», aurait dit François Rebsamen, maire de Dijon et lieutenant de Ségolène Royal, au député Victorin Lurel, homme fort de la Guadeloupe. Qui dit avoir fait constater par huissier des cas de fraudes en faveur de Martine Aubry. Mais finalement, à 5h40, au bout de cette nuit en enfer du 22 novembre 2008, les résultats donnent... 42 voix d'avance à Martine Aubry. «Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi...», aurait même lâché Martine Aubry dans les jours qui ont suivi.

Les passages du livre révélés par Le Point ne mentionnent cependant pas de fraudes chez les partisans de Ségolène Royal. Reste à savoir comment va réagir l'entourage de Martine Aubry à ces révélations, qui risquent de pousser les uns et les autres à refaire le match.
Emile Josselin

29.08.2009

boutiquiere???

Les socialistes sont de retour. Du moins à La Rochelle (Charente-Maritime), où ils sacrifient depuis vendredi à leur traditionnelle cérémonie de rentrée : l’université d’été du PS. Promesses de rénovation, militants brossés dans le sens du poil avec l’annonce d’une consultation interne, dirigeants plutôt économes de petites phrases… Le film d’une journée plutôt consensuelle.

9 h 45

Dans le TGV n° 8317 à destination de La Rochelle, Benoît Hamon, figure de l’aile gauche du PS, se dirige vers la voiture-bar. Plusieurs jeunes femmes se retournent sur son passage, et pas toutes socialistes. «J’ai juste dit à Martine : "Avec les primaires, tu as l’occasion de faire l’unité avec un message positif"», confie-t-il dans la file d’attente pour le café. Selon lui, les primaires règlent définitivement la question des alliances puisque François Bayrou n’y participera jamais : «Prôner les primaires et les alliances avec le Modem est complètement contradictoire, Bayrou n’y a aucun intérêt. Son arme est de réinstiller le poison de la division au sein de la gauche. Envoyer Sarnez à Marseille, ça fragilise le PS et ça fait partir le PCF dans les bras de Besancenot.»

14 heures

Ségolène Royal est plus écologiste que Nicolas Hulot, Cécile Duflot et même Al Gore. Et elle le prouve. D’abord sur le parvis de la salle de l’Encans, où la présidente du Poitou-Charentes, en petite robe noire, enfourche devant les caméras le «pélican», une moto électrique à trois roues fabriquée par Heuliez, entreprise sauvée in extremis de la faillite par son intervention au tribunal de commerce. «Pour l’achat des 5 000 premiers véhicules, la région offre un bonus de 2 000 euros ! Ici, à la région, on ne se contente pas de préparer le futur, on est dans le futur», assure-t-elle. Certes, mais quid des primaires ? «J’ai toujours pensé que le PS devait s’ouvrir, s’élargir. Je vois que les bonnes idées font leur chemin. Mais il faut que les décisions soient prises rapidement pour passer à autre chose.»

A la tribune, la présidente de Poitou-Charentes remercie «Martine» de lui avoir permis de montrer ses véhicules électriques. Et en profite pour faire son premier discours de campagne aux régionales, en taclant les écologistes qui veulent présenter des listes autonomes au premier tour : «Nous avons fait bien plus que le programme des Verts de 2004 !» Sauf qu’elle se lance dans une diatribe contre la taxe carbone, pourtant incluse dans le Pacte écologique qu’elle a signé en 2007, dénonçant «un impôt absurde, injuste».«De quel droit le gouvernement va-t-il assommer des familles qui n’ont même pas le libre choix de rouler propre», lance-t-elle un brin démago… et très applaudie. Embrayant sur Claude Allègre, la voilà qui stipendie «l’écologie de la punition». Enfin la Poitevine, telle Angelina Jolie, ambassadrice des Nations unies pour les réfugiés, rappelle qu’elle a été nommée «représentante mondiale aux Nations unies pour les coopérations décentralisées en énergies renouvelables».«J’en serai la porte-parole à Copenhague [au sommet sur le climat qui se tiendra à la fin de l’année, ndlr] !» Au premier rang, Martine Aubry semble ravie de voir sa rivale s’épanouir très loin de la rue de Solférino.

15 h 10

«Alors, on la veut, cette rénovation ? Et bien on va y aller !» Opération relégitimation pour Martine Aubry, qui succède à la tribune à son ex-rivale. Et promet aux militants un changement du PS «de A à Z. De C comme cumul des mandats jusqu’à P comme primaires». Succès garanti auprès des adhérents. D’autant que la première secrétaire a «décidé d’organiser une consultation le 1er octobre pour que les militants nous fixent le cap». Tous azimuts. Sur le non-cumul des mandats, donc, au grand ravissement des militants de base. Sur les primaires ouvertes, que la direction entend organiser au premier semestre 2011. Sur la «parité, la diversité et le renouvellement générationnel». Sur «des modalités de vote fiables» - au premier rang, Ségolène Royal lève les bras et applaudit ostensiblement… Sur la création d’une «commission d’éthique», aussi, chargée de «garantir un réel civisme interne et la solidarité entre socialistes». Autant de points sur lesquels les militants s’exprimeront via un questionnaire à choix multiples, suivi, à l’été 2010, par une réforme des statuts.

«Martine fait du Ségolène», commente un cadre. Ce qui n’a pas échappé aux amis de l’ex-prétendante à l’Elysée. Jean-Louis Bianco : «C’est bien que toute une série de choses que Ségolène a lancées pendant la campagne présidentielle et le congrès soient reprises.» Patrick Mennucci : «C’est quand même dommage que, au congrès, on n’ait pas réussi à se mettre d’accord sur ces points…» Lesquels devraient faire l’objet d’un plébiscite à l’albanaise, d’autant plus qu’ils demeurent particulièrement flous. L’occasion, pour la patronne du parti, de s’offrir à peu de frais une nouvelle santé après une année difficile. «Elle a réussi son coup», affirme François Kalfon, responsable des sondages. «Elle pose un acte d’autorité», ajoute Guillaume Bachelay, secrétaire national. Mais une surprise, au PS, n’est jamais à exclure. Un cadre met en garde : «J’espère que ça ne se jouera pas à 102 voix…» Référence à la différence de suffrages qui avait séparé Aubry de Royal pour le poste de première secrétaire.

18 heures

Des dizaines de militants s’agglutinent au premier étage. Mine réjouie, Arnaud Montebourg, qui anime un «atelier de la rénovation» sur les nouvelles pratiques militantes - primaires pour 2012 en tête - s’étonne : «La salle va être trop petite, on dirait.» Depuis sa sortie fracassante sur les primaires voilà dix jours, le député de Saône-et-Loire, qui assurait que son nouveau cheval de bataille serait le dernier au sein du PS, a vu son «moral remonter en flèche», en raison des conversions à la chaîne de responsables socialistes et de la validation du processus par Martine Aubry. Rendant hommage à «l’acte d’audace» de la première secrétaire, Montebourg lui dit : «Je suis ton homme pour conduire ce changement.» Et ce pour «faire briller en Ligue 1» un PS «excellent en Ligue 2», qui se contente de remporter des scrutins locaux. Il défend les primaires, «ce seul moyen de reprendre pied avec la société française»«partager avec des millions de Français ce choix pour le pouvoir». Visant un socle de 5 millions d’électeurs, il assure que les participants, après avoir désigné leur candidat à la présidentielle, «iront chercher les autres».«On aura fait un quart du chemin», parie Montebourg, qui jubile : «Passer de 200 000 à 20 millions d’électeurs, c’est compliqué, mais de 5 à 20 millions, là ça commence à être sérieux.»

18 h 20

La presse n’est pas la bienvenue à la séance de questions-réponses auxquels les jeunes du MJS convient traditionnellement la première secrétaire. «Pourquoi tu ne parles jamais dans les médias ?» lui demande un jeune homme.«Je ne veux rien me laisser imposer par la presse», répond Martine Aubry, pour qui «les journalistes ne sont pas des vaches sacrées», qu’elle accuse de «s’en tenir à l’écume des choses».«Quand est-ce qu’on va passer des paroles aux actes ?» en matière de renouvellement des listes, demande un jeune militant, visant les régionales de 2010. La «quasi-totalité» des présidents sortants seront reconduits, prévient Aubry, qui se donne néanmoins «trois ans» pour parvenir au non-cumul. Georges Frêche, président (ex-PS) de la région Languedoc-Roussillon, dont elle semble vouloir se débarrasser ? «Je ne suis pas sûr que je gagnerai, mais j’irai jusqu’au bout.» Une pique à Nicolas Sarkozy, «qui est un peu comme les algues vertes, vert à l’extérieur, mais très toxique en réalité», et la première secrétaire s’éclipse, non sans se voir offrir le dernier tee-shirt du MJS, double face. Devant : «Je suis candidat…» Derrière : «…à la rénovation de la gauche.»

18 h 30

Bertrand Delanoë, d’un pas lent. Pull violet sur les épaules, jean sombre, le maire de Paris arrive tranquillement dans l’amphithéâtre où 400 militants de sa motion baptisée «Clarté, courage et créativité» au congrès de Reims l’attendent. Un an après l’échec, c’est plutôt «courage, courage, courage», plaisante un de ses proches. «Ce qu’Aubry dit sur les alliances, c’est ce que j’ai fait à Paris avec le Modem. […] Pour les régionales, elle a raison de renvoyer la question à François Bayrou : le Modem ne peut pas s’allier tantôt avec la droite, tantôt avec la gauche.» Se voit-il candidat aux primaires pour la présidentielle ? «Je ne suis candidat à rien, je suis militant, maire de Paris.»Aurait-il dirigé le PS autrement s’il avait triomphé au congrès? «J’y pense. Mais j’aime la vie. Par exemple je n’aurai pas passé trois semaines de vacances excellentes à Bizerte. Premier secrétaire, j’aurais eu plus de soucis.»Il ne peut s’empêcher de taper son amie Martine Aubry : «Il y a peut-être des choses qui manquent au PS. Je pense à la cohérence entre une identité, une majorité et une stratégie.» Et il donne rendez-vous à ses militants «dans quelques mois ou quelques années».

20 heures

Petite réunion entre amis, ceux de Ségolène Royal, au Musée maritime. Devant ses supporteurs de Désirs d’avenir, Ségolène Royal, beaucoup plus acérée qu’à la tribune, se place une fois de plus à la pointe de l’innovation socialiste. «J’entends dire que le Modem est le bienvenu. Mais qu’est-ce que j’avais entendu après la présidentielle…» Et de se présenter en icône du non-cumul : «J’entends dire qu’on va mettre fin au cumul des mandats. Vous avez devant vous quelqu’un qui passe des paroles aux actes.» La moyenne d’âge de la salle est respectable. «Elle est au-dessus. Elle avait anticipé depuis longtemps», veut croire Marie-Jacques, 54 ans, qui ne porte pas la même affection politique à la camarade Martine Aubry. La sentence tombe : «Le problème, c’est qu’elle n’a pas de légitimité naturelle, pas de destin. Elle joue les boutiquières.»